Seule à mon mariage

Seule à mon mariage

Loin du misérabilisme du drame qui parle d’une famille séparée, et loin du misérabilisme sur une personne qui quitte son pays natal pour trouver de l’argent, SEULE À MON MARIAGE a beaucoup d’humanité, d’amour et de tendresse à offrir. La cinéaste belge Marta Bergman ne fait pas de la Belgique (le pays où la protagoniste va immigrer) le cœur de son film. Elle commence par introduire sa caméra dans le pays d’origine de Pamela (brillante Alina Serban, tout en finesse et en nuances émotionnelles), pour y installer une atmosphère austère et une sensation de manques. Alors la cinéaste a l’idée de changer Pamela d’espace, elle explore sa solution de détresse, celle qui semble être l’unique option pour subvenir aux besoins de sa petite fille. Pamela rencontre un étranger grâce à internet, et part le rejoindre en Belgique, pour s’installer définitivement avec lui. Ce voyage permet à la cinéaste de mettre en miroir deux espaces : celui d’une Roumanie qui vit dans la pauvreté, et celui d’une Belgique qui est dorée par l’argent.

D’un côté, Marta Bergman filme les immenses espaces vides de Roumanie, qu’il faut souvent traverser dans le froid. Elle filme les arbres privés de leurs couleurs à cause du froid, des murs abîmés à l’intérieur des maisons, le minimalisme des logements et de leurs constructions.Tout cela en captant un mouvement qui se répète, tous les jours, pour confier son enfant afin d’aller à la recherche d’argent. De l’autre côté, la cinéaste filme une Belgique où les rues sont serrées, où l’on voit des inconnus à travers une fenêtre en hauteur, où les appartements contiennent de nombreuses pièces, où les espaces sont éclairés artificiellement mais toujours lumineux. Mais Marta Bergman oppose tout de même deux états dans ces espaces : dans tous les espaces clos, comme dans les espaces ouverts, les mouvements sont différents et les rapports avec le matérialisme également. Les espaces en Roumanie sont davantage dans le ressenti, alors que les espaces en Belgique sont davantage dans le contact direct et très rapproché. Le mouvement est élargi dans les espaces en Roumanie, alors que le mouvement est plus serré et plus complexe dans les espaces en Belgique.

Mais Marta Bergman explore les deux espaces sans jamais chercher à les décrire dans une généralité, c’est par l’intimité des personnages que le cadre évoque un environnement spatial, tout en captant la découverte d’un autre univers par Pamela. Il y a quelque chose de primitif dans la mise en scène, où Pamela semble surgir d’une autre époque que celle présentée dans la Belgique contemporaine. Pamela découvre les technologies, les techniques, les relations, les fêtes et le mode de vie d’un univers riche, mais elle le découvre avec étonnement et plein d’envie (comme lorsqu’elle découvre la fonction d’un robinet qu’elle laisse couler). Pleine de volonté, de motivation et de détermination, Pamela cherche constamment à s’imprégner du mode de vie dans lequel elle arrive. La protagoniste, dans une dualité entre féminité et maternité, a une dimension très instinctive et pratique. Pour cela, SEULE À MON MARIAGE se dote d’un cadre qui s’attarde, prend son temps sur les attitudes des personnages, sur leurs échanges. Toutefois, le film a une narration assez brouillon, très elliptique sans repères et légèrement fourre-tout (la rencontre des parents, la mention à l’apprentissage de la langue locale, etc). La narration est construite comme une sorte d’étapes à franchir, mais en développant davantage leurs établissement plutôt que leur apport. Cependant, SEULE À MON MARIAGE reste beau grâce à son réalisme du temps qui passe, malgré les étapes. Marta Bergman y trouve tout de même un moyen de faire résonner plusieurs musiques différentes (du jazz à la couleur locale roumaine, jusqu’au metal où se danse un slow), comme un écho des sensations, où Pamela cherche les émotions dans chaque étape.


SEULE À MON MARIAGE
Réalisé par Marta Bergman
Scénario de Marta Bergman, Laurent Brandenbourger, Boris Lojkine, Katell Quillévéré
Avec Alina Serban, Tom Vermeir, Rebecca Anghel, Viorica Tudor, Marian Samu
Belgique
1h55
17 Avril 2019

3.5 / 5

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