How to talk to girls at parties

How to talk to girls at parties

Ce n’est pas la première fois que John Cameron Mitchell intègre l’esprit punk dans un film, il l’avait déjà effectué avec son tout premier HEDWIG AND THE ANGRY INCH sur une fille transgenre en tournée avec son groupe de punk-rock. La première chose qui frappe dans ce film, est le geste esthétique du cinéaste. Très coloré, aussi bien à la photographie que jusque dans les costumes, HOW TO TALK TO GIRLS AT PARTIES exprime une envie très forte de cinéma sensoriel. John Cameron Mitchell ouvre grandement les portes de l’imaginaire et du désir. Comme cette fabuleuse scène d’ouverture, très proche du mouvement d’Alex Sharp, pleine d’énergie et de joie envers son état d’esprit. Un état d’esprit qui l’amène donc vers une salle en sous-sol, puis vers une maison abandonnée, puis vers des pièces où des actes étranges se produisent. Le film déploie la fantasmagorie de son jeune protagoniste, pour la mettre au service du fantastique et de la romance.

Mais ce n’est pas qu’un mélange entre le fantastique et le romance, HOW TO TALK TO GIRLS AT PARTIES a aussi sa part de film musical et de dramaturgie pure (vis-à-vis de la jeunesse, des conditions de vie des années 1970 à Londres. Bien que le cinéaste démontre explicitement être davantage intéressé par le côté fantastique et romantique (ce final mélo-pathos est de trop), il montre aussi quelques fulgurances du côté social. Passionné par la musique, John Cameron Mitchell l’utilise comme arme face à l’absurdité (incarnée par les aliens). Sauf que l’ambiance punk devient progressivement un objet de fascination et de quête. Le film semble vouloir aborder un schéma traditionnel : le passage d’une vie morne, en souffrance, vers une libération traduite par le mouvement punk. Mais en explorant que trop rarement la manière d’être punk – la première scène de concert étant fascinante par son évolution progressive vers le chaos –, le film devient un exercice de style dans le fantastique. La dramaturgie est alors coincée entre deux arcs narratifs : le regard sur la jeunesse et le récit fantastique. John Cameron Mitchell densifie petit à petit son fantastique, jusqu’à se sentir obligé de le résoudre par des raccourcis et même de la dérision.

Le premier acte est donc bien plus intéressant et maîtrisé que le second. Celui où un adolescent punk fait découvrir son mode de vie à une étrangère à cet esprit. Il n’y avait peut-être pas besoin de développer autant l’aspect fantastique, quand une scène (paraissant anodine) de petit-déjeuner – dans une maison londonienne traditionnelle des années 1970 – prouve que l’authenticité est parfois plus vibrante quand deux opposés se rencontrent. Alors que le second acte, qui débute quand la découverte de Zan prend fin, se concentre principalement et s’enlise dans le fantastique, le premier acte est plus élaboré. Tout simplement parce que le premier acte possède une ambiance propre, installée dès la scène d’ouverture. Alors que le second acte hésite continuellement entre la romance, le fantastique et la comédie (Matt Lucas et Tom Brooke, bien qu’ils soient des acteurs géniaux, ne sont pas là pour rien). Avec un cadre posé et près de ses personnages, le premier acte est davantage encré dans une réalité sociale, dans un univers en marge. Alors que le second acte efface tout le hors-champ, balaye tous les maux qui sont à l’origine du punk, pour se focaliser sur le montage fou d’un fantastique déchaîné et excentrique.

Toutefois, John Cameron Mitchell sait développer ses personnages adolescents dans tout ce mélange. Il a un regard tendre pour cette jeunesse qui se cherche. HOW TO TALK TO GIRLS AT PARTIES définit, dès le début, son ambition d’explorer une jeune génération qui est à la recherche d’aventure. Qu’on ne se trompe pas, les aliens sont moins la métaphore d’un monde adulte oppressant, qu’ils sont l’intention d’esthétiser au maximum le film. Si Zan était une vraie américaine en voyage, sans aucun alien, avec la même esthétique (et ces terribles costumes en moins), le film aurait eu plus d’impact. Le cinéaste arrive tout de même à capter la sauvagerie, la fougue et les rêves d’une génération déchaînée. Par un cadre toujours bien rempli de corps ou de détails, par des mouvements de caméra telles des hallucinations, HOW TO TALK TO GIRLS AT PARTIES propose réellement un goût épicé de la jeunesse, une détonation dans un environnement moribond et austère.

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HOW TO TALK TO GIRLS AT PARTIES
Réalisé par
John Cameron Mitchell
Scénario de Philippa Goslett, John Cameron Mitchell
Avec Elle Fanning, Alex Sharp, Ethan Lawrence, Abraham Lewis, Nicole Kidman, Ruth Wilson, Matt Lucas, Tom Brooke, Alice Sanders, Joey Ansah, Stephen Campbell Moore, Edward Petherbridge, Joanna Scanlan, Hebe Beardsall
Pays : Royaume-Uni, États-Unis
Durée : 1 h 42
Sortie française : 20 Juin 2018

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