On a beau aimer Graham Coxon, son parcours au sein de Blur, sa vie, son oeuvre, force est de constater que dans sa carrière solo il y aura un « avant » et un « après » Happiness In Magazines , son précédent album. Il nous revient désormais avec Love travels at illegal speeds , un titre plutôt niais mais il est vrai que ce n’est pas par ses talents littéraire que Graham nous a précédemment marqué. On lui pardonnera donc beaucoup de choses, sauf sa musique, évidemment…
Le démarrage est réussi avec ce Standing On My Own Again de belle facture, qui n’a pas pour ambition de dérouter le public de Graham puisqu’on le retrouve dans ce qu’il sait faire de meilleur : de gros riffs de guitare, une batterie engageante et une voix criarde. C’est d’ailleurs exactement la même recette qu’il reprend sur I Can’t Look At Your Skin, forcément avec moins d’entrain pour l’auditeur. Là où le doute s’installe, c’est quand Don’t Let Your Man Know comporte encore cette terrible guitare électrique entendue des dizaines de fois ; heureusement le morceau possède de quoi donner l’impression de renouveau, car trois titres du même acabit auraient pu faire froncer les sourcils…
Et puis le voilà, Just A State Of Mind, posé comme un doux et grand titre « blurien » pardon, « coxonien » plutôt, car l’artiste a beau amener avec lui tous ses instruments préférés de son ex-groupe, on ne s’y fait toujours pas. Mais qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse, et c’est donc allongé dans un champ, sur une plage, ou tout simplement sur son lit que l’on savoure ce morceau.
Autre bonne surprise, ce You & I assez original notamment dans sa diction, et nous avons même droit à des « la la lala lala » plutôt rares. Et puis c’est Gimme Some Love qui arrive avec ses gros sabots ; ou pourrait croire à un titre de début d’album tant les ingrédients sont connus, mais Graham nous offre un rythme plus soutenu et un refrain plus relevé que la normale, qui s’en plaindrait ?
I Don’t Wanna Go Out est tout aussi enragé (c’est la basse qui y joue beaucoup) et possède un superbe redémarrage à la 3e minute. Don’t Believe Anything I Say doit ensuite baisser le ton ; rien de bien dérangeant, mais ces deux chansons ont le désavantage d’être l’une après l’autre. C’est donc vers Tell It Like It Is que l’on se tourne pour y trouver un second souffle : ce n’est pas encore ça, mais il y a du mieux.
Flights To The Sea (Lovely Rain), plus douce, avec une jolie flûte sur sa fin, passe également sans marquer les esprits. What’s He Got ? transforme finalement le coup de fatigue en véritable passage à vide, et c’est dommage alors que l’on approche de la fin de l’album. Du coup, You Always Let Me Down ne part pas avec une ambiance favorable, ce qui lui nuit énormément.
Mais fort heureusement, comme un dernier sursaut d’orgueil, Graham sort See A Better Day, et c’est l’une des meilleures chansons du disque. On aurait presque pu dire « Mais oui c’est vrai ! », car ce n’est pas la première fois que la surprise intervient, que ce soit avec Graham ou avec Blur d’ailleurs.
On ne terminera donc pas l’écoute de Love travels at illegal speeds sur une note négative, et c’est tant mieux. Le regret viendra donc du constat que cet album possède les mêmes qualités et les mêmes défauts que son prédécesseur. Un léger passage à vide dans la seconde moitié du disque entame l’attention de l’auditeur mais finalement, sur le long terme, compte tenu du nombre importants de titres qui se démarquent, on en vient à ne pas tenir rigueur de cette baisse de rythme outre-mesure. Love travels at illegal speeds hisse Graham Coxon un cran au-dessus.
4 / 5