Welcome to OnlikeAhhh Graham ! Pourquoi t’es parti ? Non, en fait, tu as eu raison, puisque c’est pour sortir cet album solo Happiness in Magazines. Et oui solo, car Graham Coxon, pour les plus jeunes, c’est l’ex-guitariste (et pas seulement) de Blur. Il n’était malheureusement présent sur le dernier album du groupe, Think Tank, que pour une seule chanson, mais quelle chanson ! Battery in your leg cloturait en beauté ce surperbe album. Bref, découvrons Graham Coxon dans son album presque tout seul, histoire de voir si l’âme de Blur s’oublie facilement.

Spectacular : entrée en la matière qui réveille. On ne peut s’empêcher de penser aux débuts de Blur, avec la voix de Damon Albarn en moins, mais quand même un petit air connu. Tout ça pour dire que c’est bon de se retrouver dès ce court morceau rock comme on l’aime.
No good time : mais non, c’est le pur hasard si le deuxième titre s’appelle No good time alors que sur Think Tank il s’appelle Out of time. Et là, on goûte de nouveau à la richesse musicale de Graham, qui nous gratifie de pop-rock (plus rock que pop) des plus classiques mais efficace.
Girl done gone : intro molassone pendant 1’26″ avant de donner enfin un rythme à ce titre plutôt rétro et calme. Puis à 2’35″ c’est un nouveau changement du plus bel effet, ce qui fait qu’une chanson moyenne devient finalement un peu plus intéressante. Bien joué.
Bittersweet bundle of misery : amusant ces changements de registre. Un petit côté Coffee and Tv (l’une de mes chansons préférées de Blur) pour cette sympathique ballade rock bien entraînante. Malheureusement elle manque un peu d’originalité.
All over me : titre très/trop classique cette fois. Du coup pas grand’chose à dire, là je suis resté dubitatif.
Freakin’ out : heureusement on change bien vite. Voilà un titre survolté d’une guitare électrique très en forme qui donne la pêche. Amusant aussi l’écho de la voix vers la fin, et puis vraiment ce refrain boostant.
People of the earth : un couplet crié à travers un mégaphone, pour cette chanson plutôt critique comme on s’en doute au titre. Graham tout comme Damon a de bonnes idées écologistes et politiques, ce que l’on ne peut reprocher à personne.
Hopeless friend : on arrive dans le meilleur de l’album, c’est-à-dire la fin. C’est finalement rare qu’un disque s’améliore plus on avance, c’est souvent le contraire ou alors c’est homogène : bon ou nul tout du long. Hopeless friend est un bon exercice de guitariste pour un titre riche et varié.
Are you ready : l’une des masterpieces de l’album, ce titre aux accents de western collerait très bien à une chevauchée dans le désert. Avec une bonne rupture et une bonne fin, tout est bon dans ce morceau.
Bottom bunk : encore un titre très blurien, pour la bonne raison qu’on reconnaît facilement la voix de Damon Albarn. Ah que c’est bon ! C’est aussi le moment de prendre conscience que Blur, c’est mieux que Coxon tout seul.
Don’t be a stranger : intro a cappela, et on retombe dans du Blur ! Sans rire, la ressemblance est frappante, on est contaminé ! Titre extrêmement riche et varié lui aussi, avec des choeurs bluriens, un refrain blurien, des riffs bluriens, et un long final en fondu.
Ribbons and leaves : pour conclure en beauté, voici le Battery in your leg de Graham Coxon. Un magnifique morceau tout doux et mélancolique, grandiose dans son redémarrage, profond dans sa complainte, puissant dans son ambiance, terriblement triste dans son final.
Le bilan sera sans appel : Blur c’est génial. Et oui, Graham Coxon en solo, ça vous donne envie de vous replonger dans les albums du groupe, de savourer les monstres 13 et Blur, de retrouver la nostalgie d’un Parklife et d’un Modern Life is Rubbish, pour finir par le plus actuel mais chargé Think Tank. Entre Damon et Graham, l’un est un génie, l’autre est un expert. Les deux réunis font des merveilles. Happiness in magazines est un très bon album pour les fans.

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Warner Bros avait passé quelques années à l’ombre après l’échec ( amplement justifié ) du Batman & Robin de Joel Schumacher. Les rumeurs les plus folles avaient courues sur la relance de la franchise : Darren Aronofsky, Clint Eastwood devaient tour à tour reprendre le Cape Crusader pour en faire des versions plus adultes. Fini le temps du grotesque et du cirque institué intelligemment par Burton ( très sombre ) mais maladroitement repris par Schumacher qui a transformé Batman en drag queen flashy au costume moule burnes. Bref, tout n’était pas à jeter dans Batman Forever, mais le quatrième avait ravagé Gotham devenu une cité baroque aux architectures irréalistes. Un fantasme finalement trop grand guignolesque pour rendre hommage à un héros finalement torturé et sombre. Burton y avait apposé sa patte, Christopher Nolan se contente de reprendre le personnage issu des comics dans une version sobre et élégante. Du Vingt et Unième siècle dans toute sa splendeur, en somme..
Batman Begins reprend donc tout à zéro. Bruce Wayne vit dans le traumatisme de ses parents assassinés, et cherche une rédemption dans l’accomplissement d’un devoir de mémoire qu’il doit à son père. En cela, Gotham City incarne toute sa vie ; splendeur des temps anciens, et décadence de la modernité. A une citée gangréné par la pègre et la corruption, le “fils de” décide de se consacrer à son rétablissement. Ce qui passe par un chemin de croix que le premier films de Nolan aura maladroitement décrit, entre façonnement d’un héros face à des adversaires extérieurs, et construction du mythe Batman. Avec le recul, si on peut reconnaître des faiblesses au script, c’est surtout l’occasion que se donne le réalisateur de se construire un prologue à son Batman. Un justicier obscur, roi de la nuit, qui pourchasse les criminels et les caïds de la ville pour expurger Gotham de sa vermine. Pas de superhéros ici, ni de superméchant. Juste les représentations du Bien et du Mal sous leur forme les plus communes, et un “Vigilante” qui se donne pour mission de nettoyer tout cela. Une charge personnelle pour Bruce, issue de son traumatisme, et qui incarne la seule façon pour lui d’anéantir ses propres démons : guérir la ville sera son salut.

En cela, on découvre un Batman moins grandiloquent, guidé par des règles très précises, et en constant équilibre sur le fil ténu de la justice. On découvre dès les premières minutes du Dark Knight ce rôle de gardien de Gotham. Pourchassant un Epouvantail devenu revendeur de drogues, le Batman est un mythe pour les citoyens de Gotham City ; tantôt légende, tantôt réel, il disparaît et réapparaît tel un fantôme. Régulant le crime, il lutte constamment contre la pègre et la mafia. Son combat n’étant pas aveugle, il se découvre un alter aego diurne en la personne d’Harvey Dent, le nouveau procureur de la ville ( appelé le “chevalier blanc” pour son combat contre la mafia ). Et pensant son rôle terminé, Bruce est prêt à rendre les armes. On quitte ici le mode superhéros pour se rapprocher des films de justiciers plus classique ; pas question de combattre pour la gloire ou la reconnaissance, Batman en deviendrait presque un fonctionnaire de la Justice, en semi retraite dès qu’un remplaçant potentiel se fait jour. Le deuxième film de Christopher Nolan exploite donc cette dualité, entre un vigilant nocturne et son futur remplaçant, au visage public, qu’un certain milliardaire va tout faire pour placer sur un piedestal afin de sauver la ville.. jusqu’à l’arrivée d’un certain Joker.
Le Joker n’est pas un bouffon de première catégorie. Les frères Nolan le replacent dans le même contexte comme un anarchiste ultime, véritablement sans foi ni loi. Comme le souligne Alfred, il n’y a pas ici de règles à respecter, ou de contre mesure assez efficace pour le freiner. La lutte que mène dès lors le Cape Crusader pour arrêter son arch nemesis sera sans fin. Et va même au delà ; comme le souligne le personnage sublimement interprété par feu Heath Ledger, Le Joker et Batman s’équilibrent. L’un cherche le chaos, l’autre la paix. Le premier sème la terreur et l’anarchie là où le deuxième tente justement de les anéantir. Blanc et Noir, Yin et Yang. Pas de question d’honneur ou d’argent ici, seul compte les faits. On ne saura d’ailleurs jamais vraiment qui, quoi, comment est le Joker. Finalement il n’est que le symbole une nouvelle fois de Gotham City, là où Batman est l’espoir d’un avenir meilleur. Ils ne sont pas en soi les solutions au problème de la ville, mais des éléments de sa possible résurrection. D’ailleurs Bruce Wayne mise tout sur son éventuel remplaçant, mais ce dernier se voit berner par les plans diaboliques du Joker et tombera du mauvais côté pour devenir un être aux ambitions et aux desseins ambigus ; Double Face.
The Dark Knight parle beaucoup d’espoir, de chance et de rédemption. Ses personnages portent le poids de leurs erreurs et de leurs gestes. Le film nous plonge au final dans un monde très réel, et dans un tournant très post 9-11 essaie de démontrer que l’avenir peut être meilleur. C’est d’ailleurs une pointe d’optimisme qui clôt la dernière grande séquence du film avant un final plus succinct sur Double Face. Une mise en scène entre deux groupes d’individus ( des citoyens lambdas et des prisonniers en transfert ) qui démontre un peu ironiquement que Gotham va vers un avenir plus rose.. Même si la scène est maladroite, l’idée est bien là. Et si le Dark Knight un peu amer voit le poids de son combat lui resté sur les épaules, c’est sans hésiter qu’il repart au combat. Encore plus sombre et torturé qu’avant, mais à part lui qui peut donc représenter l’espoir de Gotham??

The Dark Knight n’est pas un film parfait, loin de là, mais est un grand film dans tout ce qu’il représente. Si on peut y trouver bon nombres de petits défauts, toutes ses qualités les rattrapent. Épopée tortueuse nous entraînant dans les bas fonds d’un monde pourri jusqu’à l’os, le salut ne peut venir que d’un homme qui ne vit plus que pour apaiser son besoin de justice. Une quête jusqu’au boutiste, solitaire, qui l’amènera à se confronter à ses démons et ceux d’une ville sans règles ni limites qui s’incarne ici dans un personnage incarnant à lui seul le Chaos. Avec le risque de tomber au niveau du Joker, Batman pourra t-il continuer à rester en dehors des eaux troubles de Gotham?
A coup sûr le film de l’année!
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