Steve Jobs

Steve Jobs

L’anglais Danny Boyle (TRAINSPOTTING, 28 JOURS PLUS TARD, 127 HEURES…) adapte un scénario signé de l’américain Aaron Sorkin (THE NEWSROOM, THE SOCIAL NETWORK), revenant sur le cofondateur d’Apple, Steve Jobs. Loin du biopic plat précédent (JOBS avec Ashton Kutcher), cet essai en 3 actes affirme des ambitions bien plus cinématographiques. Sorkin tourne autour du CEO charismatique à travers 3 keynotes (présentation de produits), 3 moments-clés de la vie de Jobs pour recréer autour de lui le théâtre de sa vie, des personnes importantes aux enjeux de fond. Un film sur-mesure pour Boyle, jamais fatigué de ré-inventer son cinéma et qui trouve ici un terrain de jeu idéal.

On pourrait rapprocher STEVE JOBS d’un film de 2015, BIRDMAN. Entre scène et écran, les deux films (les deux exercices ?) faufilent leurs caméras dans des décors fermés, théâtre ou forum. Les deux gravitent autour d’une figure importante, d’un groupe de seconds rôles (les impeccables Kate Winslet, Katherine Waterston, Seth Rogen, Jeff Daniels…) autour desquels le héros pivote, danse. En leader tourmenté, Michael Fassbender s’empare de l’esprit de Jobs sans tenter d’en faire un simple copier-coller. Imposant comme toujours, sa performance s’intègre parfaitement (et avec un naturel sidérant) dans la mécanique dessinée par un Sorkin très inspiré.

Le scénariste bavard signe ici un script impressionnant (basé sur la biographie de Walter Isaacson), véritable construction en 3 actes : 1984 et la présentation du Macintosh, le lancement de NeXT Computer (lorsque Jobs a été débarqué d’Apple) et de l’iMac en 1998 à son retour aux commandes. En replaçant mécaniquement autour de ces keynotes toutes les figures de la vie de Jobs, Sorkin déguise la réalité, tourne autour d’une des figures majeures de la fin du dernier siècle avec quelques fantasmes. Tragédie moderne, STEVE JOBS est un huis-clos n’offrant que quelques respirations calculées comme des pauses entre deux joutes verbales. Virevoltantes, ces deux heures de cinéma passent à toute allure.

Dommage que le film n’ait pas rencontré son public. Le cinéma hollywoodien offre parfois à ses auteurs de vrais moments d’expression, qu’ils saisissent en proposant quelque chose d’atypique. Il faudra du temps pour convenir que nous avons ici une des rares propositions de création à l’écran.

5 / 5

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