The Honourable Woman : une série à honorer

The Honourable Woman : une série à honorer

Les saisons se suivent et ne se ressemblent pas ; si 2013 avait brillé par un été ensoleillé et un désert télévisuel, qu’en est-il de cette édition printemps/été 2014?

Jusqu’à très récemment, les éclaircies tant attendues n’ont pas eu lieu (Penny Dreadful pénible, Fargo mal fagotée, The Strain sans lueur…)… et voilà quelques coups de soleil : The Knick, Halt and Catch Fire et surtout The Honourable Woman.

Bref de métaphores météorologiques (logiques mais faciles), allons droit au but.

The Honourable Woman ou The Honorable Woman (question de point de vue) est la pépite de l’été à dévorer absolument. C’est à BBC TV et Sundance TV (déjà à l’origine de l’excellente Rectify) que l’on doit ce bijou.

The Honorable Woman

Une histoire convenable, simple… mais en apparence.

Sans prétention apparente, The Honorable Woman ne laisse pas augurer du prodige avec son pitch simple frôlant le « déjà-voue » comme dirait Afida Turner  :

« A la mort de son père, vendeur d’armes à feu, Nessa Stein (campée par Maggie Gyllenhaal) reprend l’affaire en mains. Alors qu’elle milite pour la réconciliation entre Israël et la Palestine, elle se retrouve prise dans un tourbillon d’ennuis. »

(source Allociné)

En changeant, le nom du personnage et/ou les pays concernés, on se retrouve avec un siècle de films en tout genre (espionnage, super-héros, comédie romantique française avec Marion « gnéhé vous êtes formidables »Cotillard…), de quoi laisser sceptique. Un sentiment faussé dès les premières minutes grâce à une scène d’ouverture frôlant la perfection ! The Honorable Woman s’ouvre sur un dîner dans un restaurant huppé. Une ouverture banale en apparence mais qui donne immédiatement ses lettres de noblesse à la série grâce à une mise en scène utilisant à merveille l’image et le son. Les plans dont la photographie est empreinte d’une nostalgie superbe (finissant de confirmer que photographe est un métier – n’en déplaise aux instagrammeurs ou à ceux officiant l’été sur la plage et dans les mariages) s’enchainent au rythme d’une voix off déroulant un intense monologue sur notre relation au secret ainsi que ses conséquences.

C’est tout d’ailleurs l’enjeu de la série : protéger ses secrets pour mieux se protéger  (à croire que Secret Story pourrait être un divertissement de qualité si le QI général de l’émission n’était pas égal à celui d’une moule asthmatique).

Le secret d’une série admirable

On pourrait croire que passer le pilote ou la scène d’ouverture, les belles promesses tiennent aussi longtemps qu’un rayon de soleil à Roubaix en août 2014. Bien au contraire, le réalisateur et créateur de la série, Hugo Blick, fait preuve d’une très grande maitrise (c’est d’ailleurs peut-être le seul défaut de cette série ; le spectateur a l’impression que le créateur dit : « ouah, regarde comme c’est génial ça… et t’as vu comme c’est fou ce que je fais ? »)

Le britannique, reconnu par la critique outre-manche pour ses différents projets, réussit un parfait jeu d’équilibre en jouant entre ombres et lumières, en multipliant le traitement d’époques, en alternant silences lourds et chants hébreux larmoyants (mais justes) pour créer une tension palpable, celle d’un monde au bord de l’implosion. Fait d’arme appréciable, The Honorable Woman évite la violence gratuite en préférant suggérer plutôt que de montrer – sauf cas de force majeure comme pour affirmer le propos ou le choc provoqué par telle ou telle action.

Cette mise en scène pointilleuse, qui parvient à éviter le maniérisme pompeux et mondain digne d’un disque de Vincent Delerme, est au service d’une histoire infiniment complexe. Scénariste également, Hugo Blick, évite les clichés et multiplie avec justesse les fausses pistes nous donnant encore plus à chaque épisode l’envie de découvrir le secret de chaque protagoniste (surtout celui de Nessa Stein), chaque secret étant une pièce du puzzle général.

Médaille d’honneur au casting

N’oublions pas les acteurs et actrices, à commencer par Maggie Gyllenhaal qui confirme tout le bien qu’on a pensé d’elle dans L’incroyable destin de Harold Crick, laissant penser que Christopher Nolan a du mal avec certains rôles féminins (et si Katie Holmes et Marion « je chouine » Cotillard n’étaient pas si mauvaises que ça ? lol) en jouant avec justesse une femme au bord de l’implosion, pris entre deux feux.

Mentions spéciales également à Stephan Rear, déjà vu dans Utopia ou encore dans V for Vendetta, qui joue un responsable du MI5 sur le départ à l’humour so british et à Andrew Buchnan, qui campe ici le frère de Maggy, un an après une prestation solide dans Broadchurch. Chaque acteur mériterait, en fait, d’être cité – rarement série n’a donné à voir un jeu aussi maitrisé en retenue de bout en bout.

The Honourable Woman - acteurs

 

1 seul regret tout de même : cette mini-série de 8 épisodes ne sera pas renouvelée selon la volonté même de son créateur. Il y aurait encore beaucoup à dire sur ce chef d’oeuvre mais c’est à vous de le découvrir. Allez, on vous laisse avec la bande-annonce :

5 / 5