The Affair : l’art de la manière

The Affair : l’art de la manière

Il arrive un jour où l’effroyable arrive : nous finissons par ressembler à nos parents… L’instant où nous le réalisons c’est lorsque pour la première fois, nous nous mettons à répéter la même phrase qui nous mettait tant hors de nous lorsque bêtement on leur montrait le dernier film du moment : « On l’a déjà vu cent fois ! C’était mieux à notre époque… les auteurs d’aujourd’hui n’ont plus d’idée et ne font que copier ». Cette litanie imbuvable que notre mère avait du entendre également des milliers de fois à l’époque des yéyé par son père, lui-même persécuté par son père, le très franc Sergent Julien qui n’avait pas perdu sa langue au combat, à l’inverse de son œil. Un classique en somme de la première guerre.

The affair

On serait bien tenter de plaquer à The Affair le même jugement assassin – à vous de juger :

Un homme marié tombe amoureux d’une femme mariée.

Cette relation va détruire leur vie.

Enième variation d’une histoire amoureuse, un soupçon puritain, d’un couple adultère.

Ce serait oublier, l’espace d’un instant, que toute histoire d’amour, des planches à l’écran, est toujours ce récit dont on connaît le début et probablement la fin (soit heureuse soit malheureuse). On oublie que c’est l’entre-deux qui est le plus intéressant, et comme dirait mon vieil ami Shakespeare : c’est bien là l’embarras.

Prenez donc Romeo et Juliette, ce n’est qu’une variation de Tristan et Iseult tout comme le hipster n’est qu’une résurgence du hippie des années 70, la lsd en moins, le Kooples en plus.

The Affair procède de la même mécanique. Sauf qu’ici, c’est moins le récit que l’art de raconter les choses qui importe. Voici une histoire simple sublimée par une narration frôlant le génie et qui rendrait accro n’importe quel série sceptique. On ressort du premier épisode en ayant une folle envie de binge watching… une envie qui devient une frustration proche de celle d’un membre du gouvernement devant l’incapacité de faire une énième boulette ; il n’y a que 4 épisodes disponibles pour l’instant.

Un mot sur le reste :

D’abord, les acteurs sont brillants et jouent parfaitement leur (double) rôle. Ici encore, il faut voir la série pour apprécier leur performance à la limite de la schizophrénie.

Ensuite la mise en scène… elle a ce petit côté contemplatif avec ses aspects très Spike Lee de la 25ème heure où le metteur en scène insiste sur un objet en revenant plusieurs fois dessus ou en floutant le reste. On est en plein dans une série cinématographique, n’en déplaise aux organisateurs des Emmy Awards. Mention spéciale à la photo.

Voilà, on ne vous en raconte pas plus car cela serait vous spoiler et encore une fois l’histoire en elle-même importe peu. On vous donne rendez-vous à la fin de l’année car The Affair sera probablement l’une des 10 séries de l’année au côté de Game of Thrones, de True Detective et malheureusement de Fargo.

4.5 / 5

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