La Route du Rock 2014 : un succès incontestable

La Route du Rock 2014 : un succès incontestable

Avec 26.500 entrées au compteur, la collection été 2014 de La Route du Rock a de quoi afficher un large sourire de satisfaction, et même de soulagement. Tout n’a pas forcément démarré sous les meilleurs auspices au Fort Saint-Père, avec une journée du jeudi 14 août marquée par un lessivage en beauté du terrain qui allait donner le ton. Et faire le tri. Compte-rendu musicalo-météo.

Ils sont venus ils sont tous là, pour une journée où, sur le papier, la scène des Remparts fait une sérieuse concurrence à la scène principale. Car y voir s’enchaîner Angel Olsen, Real Estate et The Fat White Family a de quoi en faire saliver plus d’un. Notons d’ailleurs que les deux derniers groupes se seront faits remarquer d’une bien vilaine manière par leur côté difficilement gérable dans l’organisation des interviews. Pourtant ils auront bien rempli leur devoir sur scène, satisfaisant largement les connaisseurs ayant fait le déplacement. Mention spéciale à Angel Olsen qui a parfaitement donné le vrai coup d’envoi de la soirée, ou à Martin Courtney (chanteur de Real Estate) descendu en fin de concert pour taper la discute et prendre des photos avec des fans restés.

Martin Courtney à la Route du Rock 2014

Plus la soirée passe et plus les langues se délient (forcément) jusqu’à remonter des échos en provenance… des parkings. A en croire certains, c’est là que tout se passe, obligation d’aller vérifier sur place (de parking donc). Et c’est un joyeux bordel qui s’y déroule, avec des voitures embourbées qui parviennent difficilement à s’extirper sans le soutien de bénévoles et festivaliers qui s’entraident au rythme du désormais célèbre « tu démarres en deuxième, tu accélères doucement et tu ne t’arrêtes plus » (chose impossible quand il n’y a qu’une seule issue pour circuler et que d’autres voitures devant son également bloquées).

De quoi finalement mettre à mal l’ultime prestation de la soirée, celle de Darkside, se déroulant sous des averses continues qui ne laissaient guère plus que des fans debouts (et des âmes égarées, ou hagardes, voire les deux). Ces zombies se font la promesse que demain ils ne passeront pas à côté de l’événement. Car en plus, la météo sera désormais très clémente.

C’est donc revigorée par un soleil généreux que La Route du Rock s’est ensuite déroulée. Il faut dire que la page Facebook du festival a su exacerber les mentalités en signant son meilleur post de tous les temps :

Allez vous perdre dans les commentaires si vous l’osez. Car le hater n’en a jamais assez. Non content d’avoir été prévenu (et rincé) dès le premier jour, il s’attendait probablement à de la moquette en velours pour la suite. Non mon gars ; ce n’est pas parce qu’il ne pleut plus que la boue disparaît comme par magie, et malgré des efforts évidents (pompage, tapissage de foin…) le sol marécageux était toujours présent (les travaux d’évacuation sont prévus pour novembre 2014, mais le doute subsiste). En fait, les conditions étaient presque idéales pour que résonne dans tout le fort le Cut The Grass de Cheatahs, une très bonne surprise que ce groupe londonien programmé un poil tôt (18h30) du coup. Une joie renouvelée immédiatement par le charisme d’Anna Calvi sur la scène du Fort, éblouissante avec notamment des solos de guitare ahurissants (le concert est à retrouver intégralement sur Arte Concert ici).

Ensuite, c’est un peu le passage à vide marquant de cette Route du Rock 2014 pour moi. Les énervés Protomartyr n’étant pas ma tasse de thé, je savais déjà que le moment serait dispensable. Mais en revanche, c’est beaucoup plus dur de confesser une réelle déception concernant « l’enchaînement magique », celui qui a probablement fait écouler la majeure partie des 14.000 places de la journée, à savoir SlowdivePortishead. Alors que la nuit tombe, que la faim se fait sentir, les deux formations ralentissent un peu trop l’ambiance, à grand renfort d’envolées parfois trop proche de la berceuse. Point de salut, ni pour Machine Gun, ni même pour Glory Box. Et en réalité, le clou de la soirée viendra plus tard. Après les ravages des canadiens de Metz (décidément très bons), c’est Liars qui prend les cartes en main. Alors que leur dernier album Mess sonne un peu brouillon sur platine, il prend une autre dimension sur scène et réveille le fort. Il laisse la place (façon de parler, après une longue attente en fait…) au grand spectacle préparé par Moderat, un show aussi visuel que sonore achève merveilleusement la journée. Bim.

Le samedi, alors que le terrain semble vraiment s’améliorer (ou les esprits), les haters sont toujours là. A se demander s’ils ne reviennent pas chaque jour simplement pour critiquer l’organisation, les voici qui laissent entendre que les artistes n’ont aucun souci de boue, bien installés dans les loges avec des équipements dont les festivaliers sont privés. Une affirmation bien hasardeuse, qui impose vérification. C’est donc tel un ninja (bon ok, simplement muni d’un précieux bracelet n°7) que j’accède au fameux espace réservé aux artistes. Premier constat : le flipper et la borne d’arcade sont toujours là, c’est rassurant de retrouver ses repères. Alors certes, l’espace artistes possède ses petits aménagements évidents : des toilettes en nombre, des douches, des cochonneries (nachos, cacahuètes, bonbons et autres saveurs junk) à l’entrée du bâtiment, un canapé et un écran pour suivre le festival au sec, et une table de massage. Ouaip.

Mais le sol est identique à ce que connaissent les festivaliers, à l’exception d’un passage aménagé en caissons de bois. En fait, le terrain est même pire derrière la scène, là où la logistique est établie. S’il y avait bien une catégorie de personnes qui pouvait se plaindre, c’était sans conteste les secours de La Route du Rock, entourés d’un marécage et dont on ne pourra que saluer la mission (franchement, aller apporter de l’aide à un festivalier proche du déchet en commençant par un « mud race », ça vous donne envie ?). Tout le monde est bien logé à la même enseigne concernant le terrain, la vérité est rétablie auprès de nos haters.

Tu vois ça ? Bah c'est rien du tout, limite c'est sec.

Tu vois ça ? Bah c’est rien du tout, limite c’est sec.

De quoi profiter sans réserve des pépites de la dernière soirée. Un Mac Demarco hyper-proche de public (jusqu’à sauter dedans), un Baxter Dury qui dévoile quasiment tout son prochain album sur scène, et… une grosse pause au moment de Temples et Cheveu. L’organisme lâche, et je sens déjà que je ne pourrais pas tenir comme l’année dernière jusqu’à l’éblouissant final qu’avait lâché Disclosure. Pourtant, Jamie XX assure en vrai pro dès son entrée sur scène, mais c’est en plein set que je m’éclipse (tel un ninja… enfin vous voyez, un ninja aux jambes très lourdes parce que les pieds sont lestés de boue séchée). La cruelle sanction d’avoir enchaîné interviews (à venir), concerts, recueils de témoignages et investigations (je vous passe les anecdotes sur Bernard Floret, le frère de François dont on ne parle jamais, qui donne chaque année un coup de main). La Route du Rock se mérite, et elle ne laisse jamais indemne. C’est bien pour ça qu’on l’aime.