Live report @ Rock in Evreux

Live report @ Rock in Evreux

On prend toujours plaisir à parler des choses plaisantes. Il faut dire que cette première édition du Rock in Evreux nous a mis en joie. Le festival a su attirer à lui près de 15 000 spectateurs et ce malgré un contexte politique difficile (nous vous invitons à lire la tribune de Thierry Auzoux-Lavallé, ancien président de l’association L’Abordage). L’esprit rock qui habite la cité d’Evreux depuis plus de 20 ans n’est pas étranger à ce succès, de même que les choix de programmation qui ont drainé un public très hétérogène.

Les véritables stars de la première soirée ont été sans conteste les sexagénaires du groupe de hard rock français TRUST mené par l’infatigable Bernie Bonvoisin depuis 1977. Leur mythe s’est construit autour du tubesque Antisocial qui a littéralement galvanisé les festivaliers nostalgiques. Trust est l’incarnation même de ce rock français qui transcende les générations. Un joli coup pour les organisateurs de cette première édition. Dans un registre un peu similaire, on note aussi la prestation des Wampas qui elle cependant tendait dangereusement vers le ringard et l’inaudible. Le Rock in Evreux se singularise par sa programmation éclectique d’artistes transgénérationnels et de contemporains en pleine ascension. C’est le cas de la jeune Jain qui était très attendue par les ébroïciens. De façon assez inexplicable, sa pop naïve et juvénile fait l’unanimité depuis la sortie de son album Zanaka fin 2015. Jain est toujours aussi énergique et solaire en dépit de ses deux années de tournée. La présence de Austra (dont on déplore les mauvais réglages de son), de Ásgeir et les pas de danse chaloupés de Samba de la Muerte et de Talisco ont donné des couleurs pop électro à cette soirée.

La deuxième journée nous a fait faire de grands écarts de style. On débutait (presque) avec le metal hardcore du quatuor Headcharger, dont la renommée dépasse largement les frontières de leur Normandie natale, pour finir en beauté avec la bête de scène Gojira. Avec ces deux là c’était pogo à l’apéro et au dîner. La performance scénique de Gojira restera dans les mémoires de ce festival et notamment leurs jets de flamme. On peut regretter toutefois qu’il n’y ait pas eu plus de morceaux extraits de leur nouvel album Magma. The Prodigy et Machine Gun Kelly ont aussi livré des prestations mémorables et obtenu l’adhésion du public massé devant eux. L’arrivée de l’avant-garde de la scène francophone a eu l’effet d’une respiration sans entacher la frénésie ambiante. La qualité de la pop mélancolique du québécois Peter Peter a dû en surprendre plus d’un. Tout de noir vêtus sous un soleil de plomb, les quatre musiciens ne se sont pas laissé démonter par les coups de maracas intempestifs des festivaliers, maracas qui leur ont été sciemment distribué sur le site… Quelques ajustements seront sans doute nécessaires. Les organisateurs du Rock in Evreux ont fait un pari risqué mais réussi !

Crédit photo : Benoit Cochet