MovieSwap : comment Vodkaster s'est moqué du crowdfunding
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MovieSwap : comment Vodkaster s’est moqué du crowdfunding

On y a cru, et peut-être que vous aussi. Pire encore, on a fait un article pour promouvoir la campagne de financement participatif de MovieSwap, « l’échange de films en ligne par Vodkaster« . Pensez donc : le lancement à l’international d’une plateforme où l’on fait numériser ses DVD pour les mettre à disposition d’une communauté, super idée !

Et un véritable engouement sur Kickstarter : un objectif de 35 000 € atteint rapidement et même largement dépassé, plus de 87 000 € au compteur à la veille de la fin de la campagne, qui vient purement d’être annulée.

Que s’est-il passé ? C’est simple : Vodkaster s’est servi du crowdfunding comme une étude de marché gratuite. Bien loin des valeurs du financement participatif, où un projet voir le jour grâce à la mobilisation financière de contributeurs qui se rassemblent pour atteindre l’objectif fixé, ici tout n’était que test pour estimer le nombre de clients du futur service. Sans doute aurait-il fallu mieux décrypter la toute dernière ligne de la description de la campagne Kickstarter :

Financially speaking, MovieSwap is already backed by investors that can support a quick growth and help to power up the project… But it needs first a large and enthusiastic movement from thousands of viewers from all over the world to kick it. That’s your job, folks!

Autrement dit, ce n’est pas la somme de 35 000 € qui aurait donné naissance à un MovieSwap international, mais plutôt le nombre de backers prêts à devenir clients du service. Il faut comprendre que les quelques dizaines de milliers d’euros réunis par le petit peuple de cinéphiles, n’était qu’une goutte d’eau par rapport aux millions réellement nécessaires à l’aboutissement du projet. Vous avez cru que 35 000 € était une somme suffisante ? Vous avez perdu.

On le sait maintenant que l’annonce de la fermeture a été faite, le vrai indicateur chiffré qui était scruté, c’était le nombre de contributeurs (backers). Et il fallait qu’ils soient 10 000. En-dessous de ce seuil (la réalité c’est un peu moins de 5 000 contributeurs) les vrais investisseurs de Vodkaster (ceux qui ont l’argent en masse, pas vous avec vos économies et votre envie de soutenir un projet, bande de hippies) ne suivent pas l’aventure. Pas assez de clients potentiels qui se sont manifestés, donc pas assez de rentabilité, fin du jeu.

Au-delà de l’échec de MovieSwap, c’est surtout la philosophie du crowdfunding qui est — une nouvelle fois — égratignée par cette affaire. Sur les plateformes comme Kickstarter, Ulule, KissKissbankBank et autres, de plus en plus de projets ne jouent pas franc jeu avec le public sur leurs intentions. Voilà pourquoi se développent rapidement des systèmes de pré-collecte (pour jauger de l’intérêt), pré-commandes ou encore equity crowdfunding (financement participatif par investissement). Il aurait d’ailleurs sûrement été plus honnête de la part de Vodkaster, d’aller directement vers ces systèmes, en toute transparence.

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