La Route du Rock édition 2017 : "ça s'annonce bien"

La Route du Rock édition 2017 : "ça s'annonce bien"

On pourra vous le dire : personne ne se prive pour aller à Saint-Malo en août assister au festival La Route du Rock. François Floret (directeur général) et Alban Coutoux (programmateur et directeur artistique) font le point sur cette collection été 2017 qui démarre ce jeudi 17 août.

Alban (à gauche), François (à droite), un verre vide avec une paille (au milieu).

En 2017, avec un festival désormais ancré dans le paysage événementiel estival, quels sont les éléments qui font de La Route du Rock un passage aussi apprécié par les artistes ?

Alban : C’est vrai que le festival est assez identifié, et désormais les agents savent vraiment où ils placent leurs artistes, eux-mêmes savent où ils mettent les pieds. C’est souvent bien sûr une négociation budgétaire, mais les agents sont sensibles à l’attention donnée à la place de l’artiste, au fait qu’ils ne vont pas jouer avec n’importe qui. Et justement cette cohérence sur la programmation est quelque chose qui est vraiment appréciée. Des artistes sont revenus plusieurs années, comme The National, Grizzly Bear, Interpol aussi cette année, et ils ont gardé une belle image du festival.

François : Notre âge fait que les agents savent que leurs artistes vont être chouchoutés, qu’il y a une logique « de famille » que l’on ne retrouve pas forcément sur d’autres événements, et d’ailleurs les nouveaux groupes qui viennent sont agréablement surpris de se retrouver avec des artistes de leur culture. Cela leur fait souvent une vraie pause dans leur tournée. Par exemple, Sonic Youth sont restés quelques temps après leur performance, on les a vus drapés dans le logo du festival qui est aussi le leur d’ailleurs ; comme une boucle qui est bouclée. Ce genre de moment, complètement à part dans une économie [de la musique] qui est assez gerbante, c’est du bonheur.

« Cette année, on a quasiment tous les artistes que l’on voulait. Ça s’annonce bien. »

Y a-t-il des artistes qui vous ont échappé cette année ?

Alban : Forcément, il y a des choses que l’on a essayé, qui n’ont pas fonctionné.

François : Comment souvent, chaque édition apporte son lot de refus, mais cette année on a une programmation qui se rapproche vraiment de ce que l’on voulait voir. Ça s’est enchaîné au niveau des confirmations, on se regardait et on n’y croyait pas. D’habitude il y a toujours des raisons diverses qui font que cela coince, mais là à part un ou deux, on a quasiment tous les artistes dispos que l’on voulait voir.

Le succès de La Route du Rock, c’est aussi de savoir s’adapter ? Avec des festivals qui ferment régulièrement, comment tenir le cap ?

François : Beaucoup de travaux ont été effectués, la clé c’est de répondre aux attentes des festivaliers, qui nous sont fidèles. Il n’y aura pas de travaux avant un bon moment maintenant, sauf si le Fort finit par appartenir à l’agglomération de Saint-Malo. Pour l’instant il appartient toujours à une commune de 2000 habitants, il n’y a pas de moyens pour l’entretenir ou le développer, c’est compliqué, il n’y a pas de cohésion. Les projets que l’on propose sont parfois vus comme des intrusions. On reste tous les ans des envahisseurs pour la commune de Saint-Père, et l’année prochaine on pourrait très bien être ailleurs. Et dans l’état actuel des choses, ce serait même très souhaitable…

Alban : Nos différences font notre force. La programmation qui ne ressemble pas à celle du voisin, un public fidèle et qui sait apprécier les groupes, notre petitesse qui permet d’absorber les chocs et nous donne de la souplesse. L’année dernière était une très mauvaise année, on a réduit la voilure, les budgets, et c’était bon.

« L’année dernière, on a vu l’échec arriver deux mois à l’avance. »

François : On savait qu’on allait prendre cher. On a réduit le site, donc les coûts. On a une équipe terrain dont certains sont là depuis le début, c’est aussi leur festival, chaque année on leur demande des efforts et ils le font car ils savent qu’on est des « punks » dans la galaxie des festivals et ils veulent en être. Ils ont envie que ça dure. Le soutien du public fidèle et les échos médiatiques sont hallucinants par rapport à notre taille. Nous sommes une petite association, nous travaillons encore « à l’artisanale », avec des contraintes autant artistiques — si ce n’est plus — que budgétaires.

Justement, au niveau budgétaire, comment se passe la gestion des partenaires ? Partout ailleurs dans la majorité des festivals, on voit des scènes sponsorisées par des marques, des stands partenaires qui fleurissent. À la Route du Rock cela demeure « scène du fort » et « scène des remparts », et les partenaires sont plutôt encadrés. Un choix délibéré ?

François : On n’a pas de public à vendre. On a eu de mauvaises expériences. On a tenté de raisonner de précédents partenaires en les prévenant qu’ils ne devaient pas faire ce qu’ils faisaient ailleurs, en prenant un peu les gens pour des cons, en les infantilisant, etc. Chez nous, les partenaires rendent un service, font quelque chose de positif, qui doit aller dans le sens du festival. Pas un truc avec des jeux débiles. Deux ou trois s’y sont risqués malgré tout, ça a été une catastrophe, ils se sont fait insulter par notre public. On les avait prévenus. On a perdu 30 000 balles depuis mais bon, tant pis. À un moment il faut être cohérent.

On parle beaucoup de la fidélité du public de la Route du Rock. Qui dit fidélité dit public qui vieillit : comment on continue d’attirer les jeunes ?

François : On leur demande de faire des bébés. 🙂 Mais vraiment, on sent bien qu’il y a un renouvèlement, avec papa, maman, qui viennent avec leurs ados. On n’est pas super inquiets car la jeune génération est plus curieuse, elle a beaucoup plus accès à la musique que nous en avions, donc elle prend plus de risques que nous pouvions en prendre. Par exemple Mac Demarco attire vraiment les jeunes avec sa coolitude. Les jeunes d’aujourd’hui ne sont plus bloqués par le matraquage des radios.

Alban : Même du côté des groupes, il y a cette correspondance entre anciens et nouveaux. Jesus and Mary Chain, leur premier album est sorti en 1985, et là on a un petit groupe qui s’appelle Forth, qui vient de Californie et qui fait du shoegazing, qui a été forcément influencé par Jesus and Mary Chain.

Et vous, votre façon de découvrir de la musique, elle se fait comment ? 

Alban : principalement de l’écoute d’albums. On se déplace assez peu, pour des raisons de budget, mais les choses vont aussi très très vite. C’est d’ailleurs pour cela que l’on a lancé la collection hiver du festival il y a dix ans : attendre un an un groupe que tu découvres en septembre, sans aucune garantie qu’il sera disponible en août prochain, ce n’était plus possible. Et sinon c’est du relationnel avec les agents, les labels…

François : … et les médias, du web essentiellement. Arte Concert par exemple, je regarde régulièrement. En plus ce sont nos potes de Sombrero qui filment pour eux comme ils filment pour nous, donc on aime bien leur qualité d’image. Je regarde des choses qui restent en Europe le plus souvent, mais c’est génial cet accès aux concerts de nos jours, même si ce n’est pas la même chose que de se déplacer, évidemment.

Alban : Saint-Malo, la mer, l’ambiance… Il y a cette espèce de rendez-vous un peu immanquable pour ces personnes qui ne se voient pas le reste de l’année, les fans de rock.

laroutedurock.com

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