Les Arcs Film Festival 2020 : Jour 2

Les Arcs Film Festival 2020 : Jour 2

Lendemain de jour d’ouverture. Pourtant, quand le réveil sonne, l’appartement n’a pas la forme d’un petit chalet dans les hauteurs d’une montagne. Par incidence, il n’y a pas le plaisir matinal des traditionnels petits-déjeuners au Manoir Savoie, où produits à volonté et convivialité entre festivaliers règnent. Dommage, il faut faire avec les produits qu’il y a chez soi en plein confinement. La nostalgie monte petit à petit, mais l’honneur est sauf. Même si Les Arcs Film Festival est en édition Hors Piste, l’esprit des Arcs est bien présent. Les films sont disponibles, les vidéos du festival tournent sur les réseaux sociaux, et les rencontres sont toujours prévues. Manque plus que les soirées aux Belles Pintes ou à O’Chaud, mais comme les bars et discothèques sont aussi fermées, ce n’est pas trop grave. Le plus important n’est pas le petit-déjeuner au Manoir Savoie avec ce pain bien chaud, mais de pouvoir continuer à voir des films, et de se connecter à l’intervention des invité-e-s du festival. Puis, si vous le désirez, comme lorsque le festival a lieu physiquement, les discussions sont à créer de toutes pièces. Mais ce ne devrait pas être difficile, vu la passion qui anime toutes les personnes qui ont montré leur intérêt pour cette édition hors-norme. Surtout que la compétition a bien commencé !

Les films vus

PREPARATIONS TO BE TOGETHER FOR AN UNKNOWN PERIOD OF TIME, Lili Horvat

Après avoir commencé avec AFTER LOVE venu de Grande-Bretagne, nous avons vu PREPARATIONS TO BE TOGETHER FOR AN UNKNOWN PERIOD OF TIME de Lili Horvat, en provenance de Hongrie. Le film raconte l’histoire de Marta, une neurochirurgienne qui tombe amoureuse, au point qu’elle décide de quitter les États-Unis pour retourner à Budapest. Elle quitte sa brillante carrière pour commencer une nouvelle vie avec cet homme. Sauf que lorsqu’elle le retrouve, celui-ci prétend ne pas la connaître et ne l’avoir jamais rencontré. Le film prend alors la forme d’une quête : celle d’une image (le souvenir) et d’une idée (le supposé désir). C’est alors que Lili Horvat invite les sentiments et la vie privée dans l’espace professionnel, comme une nouvelle ligne qui se trace au fur et à mesure que la quête continue. Une vie mise en pause le temps de cette quête, comme si Marta vivrait en apesanteur. La cinéaste trace ces nouvelles lignes à chaque fois que sa protagoniste est confrontée à ce désir : toujours dans le contre-champ des situations, Marta est comme constamment éloignée de son désir. Il s’agit d’un entre-deux, entre l’hésitation de persévérer et la passion produite par le désir. Un entre-deux où la réalité professionnelle est captivante à l’image. Cependant, lorsque qu’il s’agit de filmer l’hésitation ou le désir, la même froideur s’applique que lorsque l’espace professionnel est envahi par les sentiments. La pulsion est bien trop statique, il y a un manque de saveur dans l’imagerie de cette apesanteur. Comme si Lili Horvat est toujours en train de temporiser, pour faire durer l’hésitation et les sensations, comme si elle mettait un frein permanent lorsque le désir est sur le point d’éclore.

THE WHALER BOY, Philipp Yuryev

Nous avons enchaîné avec THE WHALER BOY de Philipp Yuryev, tout droit venu de Russie. Le film raconte l’histoire de Leshka, jeune homme vivant dans un village isolé du détroit de Béring, du côté russe. Comme la plupart des hommes de son village, il est chasseur de baleines. Lorsque internet arrive dans le village, il découvre un site où des filles se donnent en spectacle (parfois dénudées) devant leur caméra. Il tombe sous le charme de l’une d’entre elles, sans jamais échanger avec elle. Il est pourtant déterminé à la retrouver dans le monde réel, en effectuant un grand voyage au cœur des États-Unis. Dès le début, Philipp Yuryev montre un paysage très austère, comme figé dans le temps et qui n’a pas changé avec les époques. La seule source d’imaginaire va provenir de l’ordinateur dont se sert Leshka, avec lequel il se connecte chaque jour pour observer la jeune femme qu’il aime. Cet outil devient alors le reflet d’une fascination nouvelle, d’un attrait pour le monde extérieur, mais aussi l’écho de la sensation d’être prisonnier de ce paysage austère. Bien plus que cela, même, car l’écran d’ordinateur fonctionne comme une curiosité de Leshka vers un mode de vie qui lui est totalement inconnu, tout comme la caméra fonctionne comme une curiosité du cinéaste vers l’univers dans lequel vit Leshka. Une belle mise en abîme construite comme une chronique : celle d’un univers en disparition, qui a quelque chose d’anachronique et crépusculaire. Toutefois, l’imagerie de Philipp Yuryev n’est pas sombre embrasse avec passion les étendues au paysage. Bien qu’austère, ce paysage a quelque chose d’onirique, déjà par son anachronisme mais également parce qu’il semble dévorer la vitalité des corps qui y habitent. Comme si Leshka, via cet écran d’ordinateur, cherche une fenêtre d’évasion, pour s’éloigner d’un état qui peut être considéré comme primitif. Le hors-champ et l’écran d’ordinateur sont à la fois le rêve et le danger, là où la naïveté face à l’inconnu crée la poésie de l’imaginaire.

GAZA MON AMOUR, Arab & Tarzan Nasser

Enfin, après avoir découvert deux autres films de la compétition, nous nous sommes lancés sur GAZA MON AMOUR de Arab Nasser & Tarzan Nasser, dans la section Playtime. Quatre ans après DÉGRADÉ (2016), les frères Nasser reviennent avec une nouvelle comédie dramatique. Là où leur premier long-métrage était un éventail de portraits sociaux, ils se concentrent dans GAZA MON AMOUR sur un seul protagoniste, tout en gardant cet esprit d’un portrait solaire mais complexe. Il y a quelque chose du néoréalisme italien dans ce film. GAZA MON AMOUR est avant tout une chronique du quotidien, qui accompagne Issa et Siham dans leurs aventures de la vie intime entre vie privée et profession. Telle une promenade dans une partie de la vie des personnages, lorsque ceux-ci se rapprochent affectueusement. A l’intérieur de cette peinture et à travers le quotidien des protagonistes, il s’agit de poser un regard sur la condition sociale de la vie à Gaza. Il y a une approche qui peut faire penser à un documentaire, mais il y a surtout un faux naturalisme qui accentue les couleurs des décors, pour créer une ambiance aussi irréelle qu’absurde. Ce geste n’est pas innocent dès lors que les frères Nasser choisissent de sortir, par moments, du cadre intime pour s’aventurer dans un espace politique. Avec l’intrigue absurde de la statue antique, ils développement toute une imagerie et une mise en scène où l’espace politique vient déborder sur l’espace intime, surtout sous une forme d’oppression. Un film tendre qui paraît inoffensif, mais qui est une fable où la fiction permet l’épanouissement intime des personnages. Le film est prévu pour sortir en 2021 dans les salles françaises.

Trois films découverts en cette deuxième journée de festivals, et plein de belles choses sont encore à venir. Ceci est une certitude. En attendant, il faut aller se reposer pour revenir en pleine forme devant les prochains visionnages. Même s’il n’y a pas l’occasion de se retrouver autour d’un verre aux Belles Pintes ou à O’Chaud, le partage de ce beau festival est toujours présent. Alors, tant que le cinéma peut être vécu, continuons de le partager et de lutter pour qu’il revienne vite dans nos salles obscures. D’ici demain, nous vous souhaitons une bonne journée devant la sélection des Arcs Film Festival.