Festival International du Film d'Amiens 2019 : ouverture

Festival International du Film d’Amiens 2019 : ouverture

Le Festival International du Film d’Amiens s’est ouvert ce Vendredi 15 Novembre 2019, pour sa 39e édition. Avec une affiche signée par l’artiste Pilar Albarracin, le festival propose un regard multiple dans sa programmation. Au programme, il y a évidemment de la compétition. Comme depuis 2017, le festival se distingue en trois compétitions : long-métrages de fiction (au nombre de 10), long-métrages documentaires (au nombre de 6) et court-métrages (au nombre de 11), tous venus des quatre coins du monde. Mais ce n’est pas tout, car le Festival d’Amiens fait également la part belle au cinéma de patrimoine. Découvrir ou redécouvrir des films, de plusieurs pays différents, avec plusieurs ambitions et intentions diverses, dans une variété exigente sur le propos comme sur la qualité esthétique.

Au programme de cette 39e édition, outre les trois compétitions : le cinéma Espagnol à travers plusieurs thèmes (Luis Bunuel et son surréalisme, le mythe de Carmen à travers le cinéma mondial, l’avant-garde espagnole, des femmes cinéastes, et une nuit du fantastique) ; un regard autour du travail sur son épanouissement et son désenchantement ; l’Afrique Caraïbes d’hier et d’aujourd’hui ; des films pour le Jeune Public ; des invités qu’on ne présente plus en les personnes de Jean-Jacques Annaud, Claire Simon et Nicolas Philibert ; un hommage à Michel Legrand. Sans oublier quelques séances d’avant-première ! Une programmation riche, qui pourra satisfaire différentes personnes à la recherche d’expériences, découvertes et sensations cinématographiques différentes.

Mais bien avant de découvrir tout cela, il y a eu une cérémonie d’ouverture. Après tout le bavardage de présentation agrémenté de quelques clips sur le grand écran, le festival a ouvert la série de projections avec une avant-première : LA FIÈVRE, long-métrage brésilien de Maya Werneck Da-Rin. Un film qui observe le quotidien de Justino, un amérindien travaillant comme agent de sécurité dans un port. Entre son travail, un mystère, il doit aussi faire face au futur départ de sa fille, qui se prépare à partir étudier la médecine dans la capitale brésilienne.

Le film est assez troublant, car il ne faut absolument pas s’attendre à une structure narrative traditionnelle, à un schéma cinématographique habituel. LA FIÈVRE est ce genre de film qui fait sortir le/la spectateur-rice de sa zone de confort. Ce qui est agréable, car le cinéma consiste à voir et découvrir de nouvelles manières de conter et mettre en image des idées et des propos. Dans ce film, Maya Werneck Da-Rin travaille notamment sur le temps, grâce à des plans séquences en cadre fixe (le film comporte peu de mouvements de caméra), permettant d’appréhender le regard autrement. Il s’agit d’observer un personnage qui observe lui-même. Le temps définit ici le regard. 

En travaillant le temps ainsi, Maya Werneck Da-Rin casse la frontière entre la fiction et le documentaire. Il devient progressivement impossible de déterminer le réalisme du fictionnel pur, tant le cadre et le temps fonctionnent sur l’incertitude de l’atmosphère et la vérité de l’intimité. Cependant, tous ces gestes intéressants auraient pu tenir sur un court-métrage. LA FIÈVRE souffre terriblement de sa durée, de son montage et de son obsession pour l’observation. On pourrait même parler d’une obsession tout autre, où dans chaque plan et chaque instant de mise en scène, Maya Werneck Da-Rin sait pertinemment qu’elle dirige un film très spécial, en marge de schémas classiques. La cinéaste est tellement consciente de son geste particulier, qu’elle le pousse à l’extrême. Son montage manque cruellement de variation dans le rythme, où chaque séquence se ressemble esthétiquement. Le film donne l’impression de revenir constamment sur une même boucle, entre le cadre professionnel et la sphère intime. Il y a donc beaucoup de redondance et d’enchaînements pas très logiques : le film passe facilement et brutalement d’intérieurs en extérieurs, de jour à la nuit, en un cut à chaque fois. Si bien que l’esthétique du film est très monotone, revenant constamment sur une forme d’exacerbation photographique de l’observation.

Mais LA FIÈVRE était une avant-première, qui manque pourtant d’énergie pour une ouverture, mais les membres du jury n’ont pas à s’en soucier car le film n’est pas en compétition. En parlant de jury, il faut énoncer qui va décerner des prix cette année. Pour le jury long-métrages de fiction : la chanteuse et activiste humanitaire Khadja Nin (présidente du jury), l’écrivain Akli Tadjer, le journaliste Amobé Mévégué, la productrice Charline de Lépine, la cinéaste et productrice Isabel Raventos. Pour le jury long-métrages documentaires : l’officier des art et des lettres Françoise Pams, le chef d’orchestre Jean-Claude Casadesus, la chargée du développement de Documentaire sur grand écran Laurence Conan, la conservatrice de bibliothèques Martine Grelle. Pour le jury court-métrages : le directeur des chaînes Ciné+ Bruno Deloye, le cinéaste et scénariste Jean-Loup Hubert, le directeur de Meroe Global Vincent Garrigues. Bon courage à tous les membres des jurys pour les choix à faire, la semaine ne fait que commencer ! Restez donc à l’affût pour de prochains articles.

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