Festival International du Film d'Amiens 2019 : fin et palmarès

Festival International du Film d’Amiens 2019 : fin et palmarès

Le 39e Festival International du Film d’Amiens est à sa fin. À force d’assister à des projections, de passer des soirées à discuter de films et de Cinéma, le temps manque pour écrire au jour le jour. Mais tant mieux, il y aura donc davantage de contenu dans cet article. Je ne vais pas vous présenter les films vus dans un ordre chronologique, mais par leurs catégories. C’est également l’occasion, après quelques mots sur chaque film, de vous présenter le palmarès complet.

Compétition Long-Métrages de Fictions (sur 10 films)

UNE MÈRE INCROYABLE 
Ce n’est pas tout d’élaborer un film sur une expérience personnelle, d’en faire presque une autobiographie. Les « faits réels » et les scénarios ne sont pas des fins en soi, ne sont pas des garanties de films aboutis. Il y a aussi un travail de regard, d’esthétique à réaliser. Le film de Franco Lolli en est fort dépourvu, malheureusement. Le sujet est fabuleux, avec cette femme dont la vie s’écroule à devoir jongler entre sa situation de mère célibataire, sa mère malade et son travail. Cependant, le film est bien trop bavard, reposant ses enjeux, son ambiance, son ton et son regard selon les dialogues. Qu’il s’agisse de querelles, de moments de bonheur, de tristesse, etc… Franco Lolli fait tout passer par la parole. Pur film de scénario, le long-métrage mise tout sur l’accumulation de scènes bavardes, et possède une esthétique fortement anecdotique. La photographie n’a rien à proposer, le cadre n’est que témoin (peut-être un record de champs / contre-champs) et le montage est très mécanique. On ne retiendra pas d’images, mais un sujet. C’est dommage, quand il est question de Cinéma.

SORTILÈGE
Le film de Slim Ala Eddine commence telle une chronique, avec ce soldat qui déserte après la fin de sa permission. Nous suivons sa fuite, sa traque, pendant toute une heure, dans de multiples espaces différents. Une errance où le protagoniste est comme emporté par les espaces, passant d’espace en espace avec toujours le même danger du hors-champ et l’illusion d’une paisibilité. Puis, après un plan-séquence fascinant (dans sa photographie angoissante, dans son cadre impuissant, dans son atmosphère tragique), le film entame un second récit. Une ellipse inconnue a lieu, et Slim Ala Eddine nous entraîne désormais dans un conte magique, presque fantastique, où toute l’esthétique est redéfinit. La photographie prend un tournant mystique et presque surréaliste, tandis que le cadre explore l’ambiguïté. Mais il y a des points communs entre les deux parties : le cadre pousse constamment à s’interroger sur la fonction de l’image, sur le regard porté envers des éléments de mise en scène. Tout le mystère se construit dans la composition des espaces avec le mouvement du cadre. L’image devenant alors une sorte de projection d’un imaginaire, obtenu par le détachement du documentaire (1ère partie) vers la fiction pure (2e partie).

Coups de cœur / Avant-Premières

LA COMMUNION
Voilà une œuvre qui ne peut pas laisser de marbre, laisser indifférent. Le film de Jan Komasa a de fortes portées, tant il explore la foi (question de spiritualité), la violence (via le pardon et la rédemption) et la communauté (politique, amour, haine, intégration, argent, …). Plusieurs choses à dire sur ce surprenant et bouleversant film polonais. Tout d’abord, le faux silence frappe nos regards : le cadre laisse planer une ambiance dérangeante, troublée & troublante, angoissante en montrant que le silence est rempli de pensées et de violence. Pour cela, Jan Komasa travaille beaucoup le regard (porté et reçu), où chaque instant peut faire basculer les attitudes. Le faux silence permet également d’explorer des secrets intérieurs / individuels, à chaque fois dans des tempos mesurés par personnage. Malgré un arc romantique si prévisible et assez inutile, le film est tout aussi passionnant par son cadre que par son esthétique fataliste où la vie semble être arrêtée dans le deuil.

Claire Simon invitée

LE VILLAGE (suite) 
Pour compléter ce qui a déjà été écrit sur la série de Claire Simon, nous pouvons parler de nouveaux regards portés dans les épisodes 6 à 10. Alors que le bâtiment nommé L’Imaginaire (rassemblant Tënk, les Etats Généraux du Documentaire, DocMonde, Ardèches Images) est sur le point d’accueillir ses occupant-e-s, Claire Simon filme cette manière que la diffusion & la création à Lussas rassemble tous les gens. Avec de plus en plus de réunions, de débats, de désaccords, la communauté qu’explore Claire Simon raconte plusieurs histoires en une seule. Alors que les premiers épisodes parlaient ouvertement d’idées, d’imaginaire, la seconde partie est fortement axée sur les récits personnels. Ou plutôt sur le rapport de chacun-e avec leur travail, leur vision des projets, comment les axes décidés les affectent. Le collectif prend toutes ses couleurs, comme le vin qui commence à arriver dans les bouteilles et à prendre forme. Claire Simon montre progressivement comment les intentions de création & diffusion proviennent d’histoires personnelles, comment chacun-e veut écrire cette histoire au long terme. Toujours entre le local et le mondial, Claire Simon filme également le début de la transmission : entre les nouvelles recrues, les étudiant-e-s en documentaire, ceux qui aident dans les vignes, …, la cinéaste réussit à capter comment les imaginaires à Lussas deviennent des aimants, et comment cela devient l’histoire de plusieurs générations. C’était beau, touchant et passionnant.

Nicolas Philibert invité

LA VILLE LOUVRE
Nicolas Philibert fait partie des cinéastes de documentaires qui s’effacent complètement lors du tournage. Jamais dans l’intervention, ni dans l’échange, ni dans la provocation de situations, le cinéaste filme ce qui se déroule sous ses yeux, dans la plus grande modestie et distance intellectuelle. Il laisse les spectateur-rice-s l’accompagner, grâce au medium cinéma, dans son aventure d’exploration. Évidemment, ce documentaire sur les coulisses du musée du Louvre n’est jamais un catalogue des métiers qui s’y trouvent. Le film montre surtout des êtres humains dans leur dévouement, leur passion et leur rapport aux œuvres et à l’art de manière générale. Nicolas Philibert s’intéresse au social, car il ne filme pas l’art (il ne filme pas le musée et les œuvres) mais il filme le travail – du début d’une mission à son résultat. Nicolas Philibert filme le Louvre par ses coulisses, nous fait voir sa face cachée, comme s’il filmait un théâtre depuis les coulisses.


Quelques remarques :
Contrairement à l’article précédent, certaines modifications sont à noter. Tout d’abord, il n’y a pas d’interview de Nicolas Philibert, celle-ci ayant été annulée (pas de regrets, le cinéaste devait prendre un train, et il n’est pas dans l’actualité des sorties). De plus, nous n’avons pas pu assister au film de clôture JE NE RÊVE QUE DE VOUS par Laurent Heynemann, étant bien trop occupés à voir les deux derniers épisodes de la série LE VILLAGE de Claire Simon. Puis, l’interview d’Atiq Rahimi sera publiée prochainement, lorsqu’un problème technique sera résolu.


Voici le Palmarès complet de cette 39e édition :

  • Grand Prix long-métrage de fiction : TU MOURRAS À 20 ANS d’Amjad Abu Alala ;
  • Grand Prix long-métrage documentaire : POÈTES DU CIEL d’Emilio Maillé ;
  • Grand Prix court-métrage : BROTHERHOOD de Meryam Joopeur ;
  • Prix Spécial long-métrage de fiction : MADE IN BANGLADESH de Rubaiyat Hossain ;
  • Mention Spéciale long-métrage de fiction : UNE MÈRE INCROYABLE de Franco Lolli ;
  • Mention Spéciale long-métrage documentaire : DELPHINE ET CAROLE, INSOUMUSES de Callisto McNulty ;
  • Mention Spéciale court-métrage : LES PASTÈQUES DU CHEIKH de Kaouther Ben Hania ;
  • Prix Documentaire sur Grand Écran : TALKING ABOUT TREES de Suhaib Gasmelbari ;
  • Prix Étudiant long-métrage de fiction : BALLOON de Pema Tseden ;
  • Prix Étudiant long-métrage documentaire : POÈTES DU CIEL d’Emilio Maillé ;
  • Prix du Jury Jeune court-métrage : BROTHERHOOD de Meryam Joopeur ;
  • Prix du Public : MADE IN BANGLADESH de Rubaiyat Hossain.

Nous remercions le Festival du Film d’Amiens pour son accueil et son organisation. Nous remercions également Justine Muller, attachée de presse, qui nous a permis de couvrir ce festival et sa joyeuse présence à nos côtés pour toutes les opportunités à saisir.

C’est donc fini pour le 39e Festival International du Film d’Amiens.
Nous vous donnons rendez-vous en Décembre pour la 11e édition de Les Arcs Film Festival !

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