Midway

Midway

Roland Emmerich nous a habitué à des explosions, des personnages très peu creusés, de la bouillie sonore, et des bides depuis la fin des années 1990. MIDWAY a encore des traces de tout cela, mais il y a une franche nostalgie et une certaine idée de mise en scène du film de guerre. Pas toujours intéressant, mais pas totalement désagréable.

Roland Emmerich n’est pas le cinéaste le plus visionnaire qui existe, ni le plus marquant, ni le plus intéressant pour tout dire. Cinéaste assurément attaché uniquement aux films de destructions et/ou aux films très patriotiques (vis-à-vis des États-Unis, alors que R.Emmerich est allemand), a surtout déçu et enchaîné les bides depuis la fin des années 1990. Toutefois, MIDWAY peut en surprendre plus d’un-e, par sa nostalgie du sensationnel et une manière de ne pas se prendre totalement au sérieux. Le nouveau film de Roland Emmerich n’est pas aussi « explosif » que ses précédents, et a vraiment d’autres petites choses à apporter. La plus grande surprise est de voir que le cinéaste ne filme pas toujours frontalement les explosions, qu’il arrive à les placer en arrière-plan pour y dégager une angoisse chez quelques personnages. Tout comme cette mère qui vient, en courant, chercher sa petite fille dans leur jardin pendant que des portes-avions explosent dans le second plan. Contrairement à de nombreux de ses précédents films, Roland Emmerich ne nous donne pas simplement à voir les explosions, mais bien de les voir par le prisme de plusieurs personnages.

Mais ne croyez pas que le cinéaste s’est soudainement transformé, ce n’est pas le cas. Son style reste encore très caricatural dans le rythme, très foutraque dans le récit, très pénible avec les innombrables ellipses, et très limité dans la forme. MIDWAY ne sera jamais classé dans les meilleurs films de guerre de l’Histoire du Cinéma, mais reste un film très honnête et pas désagréable à suivre. Comme avec l’intention d’introduire de multiples points de vue (américain et japonais) dans une narration tentaculaire, se nourrissant de nombreux personnages : intention vraiment louable, mais tellement édulcorée que le film ne gratte que la surface de ses personnages. MIDWAY possède le gros problème de plusieurs films d’époques : se focaliser sur les faits, sur le global, et ne pas essayer de le raconter par le prisme d’un récit intime. Si bien que la volonté de drame humain est très caricaturale et répétitive, surtout dans un film choral où les protagonistes sont là pour êtres des figures purement héroïques.

Très loin d’être un film abouti et très travaillé, MIDWAY peut être déconcertant avec ses effets numériques abondants et très visibles. Malgré cela, et malgré un détournement amusant de la loi de la gravité (pour remplir la part de spectaculaire dans le contrat), le film possède quelques aspects intéressants dans son esthétique. Les images rappellent la texture esthétique de films des années 1970, évoquant une époque où le divertissement rencontrait la pédagogie, mais surtout où l’image évoquait l’impertinence sauvage et le fantasme sacrificiel des guerriers. À côté de ces images, il y a une vraie saturation sonore qui traduit une sorte d’urgence et de déchaînement dans ce qui est raconté. Alors que dans ses précédents films le son était une bouillie de destructions, ici la saturation sonore est également composée de guerriers qui crient, qui s’engueulent, qui se précipitent, etc… Mais ce n’est surement pas ce pourquoi le film est le plus intéressant.

Roland Emmerich réussit à nous faire entrer dans les cockpits, à nous faire voir les explosions / les pertes humaines sous plusieurs angles bienvenus. Le cinéaste nous montre clairement une bataille de machines contre les machines. C’est peut-être là que l’absence de développement des personnages a un potentiel quelconque intérêt, et que la présence de plusieurs points de vue brouillons serait un argument contextuel. Le long-métrage évoque le temps où les films de guerre ne parlaient pas de personnages, mais où ils parlaient de machines. Il existe de nombreux films de guerre où il s’agit de mettre en scène un combat de machines, de solliciter leurs tailles, de les faire apparaître et disparaître, de filmer leur accumulation jusqu’à perdre tout horizon. Ce que filme assez bien Roland Emmerich dans MIDWAY, malheureusement pas suffisamment, est la peur du métal. Plusieurs plans subjectifs de personnages dans les avions montrent leur incertitude, leur leur détresse, leur appréhension face à des machines plus grosses. L’abondance du métal est ici comme une réminiscence de l’appel imminente de la mort qu’il faut se débarrasser. Dans ses images à la texture particulière, dans sa saturation sonore, dans son refus de développer des personnages, dans sa multiplication des points de vue, MIDWAY raconte finalement comment la guerre est surtout devenue progressivement la peur du métal et non plus la peur d’autrui.


MIDWAY
Réalisation Roland Emmerich
Scénario Wes Tooke
Casting Ed Skrein, Patrick Wilson, Woody Harrelson, Luke Evans, Aaron Eckhart, Mandy Moore, Dennis Quaid, Nick Jonas, Etsushi Toyokawa, Darren Criss, Alexander Ludwig, Tadanobu Asano
Pays États-Unis, Chine
Distribution Metropolitan FilmExport
Durée 2h19
Sortie 6 Novembre 2019