Mechanical Souls : quand la réalité virtuelle s’affirme à Sundance (New Frontier)

Mechanical Souls : quand la réalité virtuelle s’affirme à Sundance (New Frontier)

Le festival de Sundance débute dans quelques jours, et sa section New Frontier (dédiée aux formats innovants que sont les nouvelles réalités virtuelles, augmentées & mixtes) est déjà la vitrine principale d’une année charnière pour l’écriture immersive. Parmi les projets sélectionnés, MECHANICAL SOULS de Gaëlle Mourre (site officiel) est une expérience interactive où l’écriture, mais aussi le machine-learning et un moteur narratif en temps réel, propose une histoire en 3 chapitres au parcours personnalisée.

Avec une installation présentée en exclusivité à New Frontier, cette co-production Digital Rise (France) et Serendipity Films Ltd. (Taïwan) envisage le storytelling immersif comme une possibilité pour le public de vivre une expérience unique et réellement personnalisée. Rencontre avec son producteur, François Klein.

Mechanical Souls : aux origines

François Klein – J’ai eu l’occasion de travailler sur différentes expériences en réalité virtuelle pour DVgroup (ALICE THE VR PLAY, THE REAL THING, …) avant de créer Digital Rise. Pour chaque nouveau projet, je m’attache avant tout à l’histoire, à ce que veulent raconter les auteurs. En rencontrant Gaëlle & L.P.Lee, nous avons très vite été séduit par l’idée du film interactif portant une réflexion humaniste sur les androïdes. Ce traitement m’intéressait particulièrement pour toutes les réflexions que ces machines soulève actuellement. Nous avons alors accompagner ce duo issu de la littérature et du cinéma vers des nouveaux formats d’image que nous maîtrisons. Après quelques semaines de travail collaboratif, elles nous ont proposé une première version de scénario qui a tout de suite confirmé que la réalité virtuelle était le format le plus pertinent pour ce sujet.

Sur la production & le financement

François Klein – Pour financer une telle oeuvre, nous allons tout de suite chercher des financements au niveau mondial. La VR est encore un marché protéiforme, pas totalement industrialisé, qui demande à aller trouver des ressources un peu partout. Surtout, nous ne produisons pas pour un territoire en particulier ; notre audience est internationale. Avec MECHANICAL SOULS, nous abordons des thématiques universelles qui parlent à tous : la liberté individuelle, l’émancipation des femmes, la pression sociale et culturelle, modernité et tradition, etc.

Dès le départ, Gaëlle Mourre et L.P.Lee avaient situé l’histoire en Asie, un territoir marqué par des traditions très ancrée au niveau local tout en bénéficiant d’une avancée vers la modernité impressionnante. Lors de la production, nous avons choisi d’y tourner l’action principale pour que les décors, l’environnement soient plus authentiques et permettent à Gaëlle d’exprimer toute sa vision créativité. Nous avons eu la chance de rencontrer notre co-productrice taïwanaise Estela Valdivieso Chen (Serendipity Films Ltd) au festival New Images (Paris) au printemps 2018, qui avait déjà une expérience de la production VR (YOUR SPIRITUAL TEMPLE SUCKS). Cette collaboration nous a permis de trouver à Taïwan les ressources techniques et artistiques nécessaires pour la production du film ainsi qu’un soutien financier du Kaohsiung Film Archive, à travers le VR Film Lab de leur festival de cinéma. C’était aussi pour eux l’occasion de créer un lien vers la France et l’international en accueillant des auteurs franco-anglaises et anglo-coréennes portées par une production française. C’est le reflet du monde d’aujourd’hui !

Les différents festivals VR aident beaucoup la production. Chaque projet nous oblige à nous ré-inventer, à trouver de nouveaux réseaux de financement, avec beaucoup de concurrence. Chaque événement ou festival est un lieu de rencontres avec d’autres professionnels et amis du secteur, comme lors de la Mostra de Venise où nous avions pitché Mechanical souls. Mais pour y arriver, on est souvent obligé de passer par des prototypes, des essais, pour convaincre d’éventuels supports financiers et leur proposer une immersion inédite.

Sur le format : le film 360

François Klein – Les outils à notre disposition aujourd’hui nous permettent d’aller plus loin en terme d’interactivité. Quand Gaëlle m’a proposé son projet, il s’agissait de produire une série en 360 relief interactive avec une histoire pilotée par un moteur narratif, basée sur de l’analyse en temps réel du comportement de l’utilisateur et filmé en 8K natif. Techniquement, c’est un sacré challenge que l’on a réussi à relever ! En soi, le film 360 ne me fait pas peur. Même si on peut penser que c’est déjà un peu dépassé, face à l’engouement pour les oeuvre en room scale ou des productions en vidéogrammétrie par exemple, je crois toujours à son avenir.

En réalité on commence à peine à maîtriser certains processus de base du film 360, profitons-en pour exploiter / explorer le format ! Il y a là des possibilités narratives et visuels nombreuses, sans empêcher la montée en gamme des autres productions (animation, room scale, temps réel…). A Digital Rise, on adapte la technique selon le sujet. Sur MECHANICAL SOULS, on ne voulait pas en “mettre plein la vue” mais emmener le public vers une histoire qui a des arguments, de l’émotion, et à laquelle on puisse s’identifier. Nous tenions à respecter ce cahier des charges en premier lieu, sans prendre le risque de refaire un nouveau prototype technologique.

Ici, nous avons une vraie oeuvre réalisée par une auteure avec un vrai regard, une sensibilité. C’était notre responsabilité de producteurs de l’accompagner dans son univers narratif, avec sa lumière propre, ses décors, ses comédiens.

A propos de Sundance 2019

François Klein – Pour présenter le projet en festival, et particulièrement à New Frontier, le challenge supplémentaire était d’imaginer la diffusion de MECHANICAL SOULS dans une installation immersive. Le film a été produit en association avec DVgroup. Nous nous sommes alors inspiré de leurs oeuvres de théâtre immersif (ALICE, THE HORRIFICALLY VIRTUAL REALITY). Sans égaler leurs expériences, nous avons imaginé un dispositif physique, minimaliste et cohérent avec des comédiens pour immerger rapidement le spectateur dans notre univers. Dès qu’il entre dans l’espace de l’expérience, il entre déjà dans l’histoire avant même d’avoir le casque. Et c’est passionnant de proposer tout cela, de mélanger toutes ces technologies dans une approche créative simple mais maîtrisée.

Avec MECHANICAL SOULS, et en imaginant sa présentation physique au public, ce qui m’intéresse c’est l’expérience sociale. Quoiqu’il arrive, chaque spectateur a un début et une fin identique, mais le reste est libre (même aidé par l’intelligence narrative du film). Le film propose plusieurs perspectives sur l’histoire, ce qui doit inciter le spectateur à revoir l’épisode, pour y explorer tous les thèmes. C’est pour moi quelque chose d’important en 2019 : comment faire de la VR une expérience d’interaction sociale. Je ne parle pas de “social VR”, mais de proposer un vrai lien d’échange entre les spectateurs pour que la réalité virtuelle ne soit plus perçue comme un gadget tech, mais un média amenant à discuter, à favoriser l’échange autour des oeuvres.

L’autre challenge de 2019, c’est l’industrialisation du contenu. Le développement technologique et l’innovation continuent, bien sûr. On maîtrise désormais la grammaire, l’image, la mise en scène du support. Le matériel existe. Il faut qu’on trouve les ressources, et surtout des modèles économiques dynamiques pour mieux nous accompagner dans la production et alimenter le marché régulièrement. Il faut des contenus de qualité que le public apprécie pour souhaiter revenir régulièrement dans la VR. Aujourd’hui, on n’a qu’une dizaine d’expériences par an qui valent le coup, et c’est largement insuffisant pour faire grandir l’industrie.

Plus d’infos sur Sundance New Frontier 2019 (lien).

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