Un jour dans la vie de Billy Lynn

Un jour dans la vie de Billy Lynn

Ce nouveau film de Ang Lee est à l’image de L’ODYSSÉE DE PI, où le cinéaste est en pleine expérimentation technique. Sauf que dans BILLY LYNN, il y a besoin également d’une dimension beaucoup plus tragique et d’une esthétique plus dynamique. Ce que fait, en partie, Ang Lee. Dans son récit politisé et quelque peu interpellant, il confronte deux espaces. C’est là que l’idée de paradoxe s’installe dans le film. A partir du moment où le cinéaste filme deux actions à deux endroits différents, il crée deux trames. L’une est surtout dramatique car elle veut une sorte d’immersion en pleine guerre. L’autre est davantage dans l’absurdité car il filme l’acte de guerre transformé en célébration / en spectacle. Sauf que les deux sont constamment connectés : sans une partie, l’autre n’aurait pas lieu d’être. Toutefois, les deux se contredisent à plusieurs reprises.

C’est le cas dans la narration, où Ang Lee crée un paradoxe temporel. Légèrement dans la provocation et la dénonciation, le film est souvent dans l’ironie de situation. Il met en miroir des événements de guerre (dans des espaces irakiens), des événements de célébration (dans des espaces américains) et des instants intimes (les retrouvailles familiales). Comme ce moment où Billy Lynn se souvient de traverser une rue irakienne à pied, alors qu’il est simplement en train de marcher dans les couloirs d’un stade. Chaque scène qui ressemble à ce montage est un paradoxe temporel, car Ang Lee ose créer une comparaison entre la vie en pleine guerre, et la vie de retour aux États-Unis. Il s’agit, en quelque sorte, de deux vies différentes mais vécues de manière similaire. Telle une transposition de l’esprit de violence, mais dans deux conditions distinctes, ponctuées par la personnalité tourmentée d’un fils / frère qui revient.

Ce serait presque deux films en un, que nous met en scène Ang Lee. Comme s’il racontait un événement de guerre, et qu’en parallèle, il contait la réalité alternative aux USA. C’est grâce à cet effet de miroir que vient le paradoxe de mise en scène, parce qu’il étudie des personnages (surtout un, Billy Lynn) dans des situations distinctes mais avec des trajectoires similaires. Celles qui mènent vers le trouble du comportement, de l’image et de l’identité. Telle ces phrases sublimes, lâchées en toute franchise : « je raconte aux gens ce qu’ils veulent entendre » et « c’est étrange, on honore le pire jour de ma vie ». Mais surtout, le grand paradoxe de mise en scène vient du rejet de la prétendue réalité, celle qui se déroule au pays natal, où l’absurdité règne. De l’autre côté, il y a la vraie réalité, où l’hymne national est salué en gros plan avec les larmes, où la violence est la seule connaissance du groupe de protagonistes, aspirés par la guerre.

UN JOUR DANS LA VIE DE BILLY LYNN est aussi un paradoxe technique et esthétique. Sur le niveau technique, je n’ai pas eu la chance de voir le film tel qu’il a été tourné, en 100 fps. Cependant, le film réussit le contrepoint esthétique à plusieurs reprises, dans la continuité de son paradoxe de mise en scène. Parce qu’il doit étudier ses personnages à différents endroits dans des situations renversées, Ang Lee met en miroir la bêtise du divertissement moderne (avec son concert flamboyant, sa conférence de presse farfelue, etc…) et la bêtise de la violence (l’angoisse, confrontation avec l’inconnu, le danger permanent, cette bande sonore qui alterne explosions et silences, etc…). Ce paradoxe esthétique peut être défini comme la construction de deux versions d’un même récit, comme si deux films de genres différents se répondaient, comme si l’un ne peut exister dans l’autre alors qu’ils sont opposés.

UN JOUR DANS LA VIE DE BILLY LYNN de Ang Lee
Casting : Joe Alwyn, Garrett Hedlund, Arturo Castro, Mason Lee, Astro, Beau Knapp, Ismael Cruz Cordova, Barney Harris, Vin Diesel, Steve Martin, Chris Tucker, Ben Platt, Kristen Stewart, Makenzie Leigh
Pays : États-Unis / Royaume Uni
Durée : 1h 53min
Sortie française : 1er Février 2017
Distributeur France : Sony Pictures France

4 / 5