Interview : Paul Higgins pour Sauvages

Interview : Paul Higgins pour Sauvages

Lors du 7e Festival de Cinéma Européen des Arcs (12 au 19 Décembre 2015), j’ai pu rencontrer l’acteur britannique Paul Higgins. Il présentait le long-métrage « SAUVAGES » en compétition.

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Teddy DEVISME : Comment êtes-vous arrivé sur ce projet ?

Paul HIGGINS : Je ne sais pas qui m’a suggéré pour le projet, mais le réalisateur Tom Geens et la productrice Zorana Piggott ont proposé de me rencontrer. Ils m’ont demandé de jouer l’une des scènes sans dialogues dans un studio. Ils ont apprécié et m’ont offert le rôle. Puis c’est devenu calme, silencieux pendant une longue période. Il y a eu des problèmes d’argent qui n’arrivait pas. Avant que l’argent n’arrive d’autre part, et ils m’ont demandé de revenir sur le projet. Ils m’ont engagé à ce moment là.

Teddy DEVISME : Comment vous, les comédiens, vous êtes vous intégrés au décor ?

Paul HIGGINS : C’est compliqué de répondre. Nos costumes sont de la même couleur que le décor naturel. Notamment sur le marron, qui est très présent. Il n’y avait pas réellement de vêtements propres, surtout qu’on a passé beaucoup de temps dans ce trou sous la terre. On était comme des créatures de la forêt, tels des animaux.

Teddy DEVISME : Dans le cinéma britannique, il y a justement ce rapport entre les comédiens, les costumes et le décor, qui revient souvent.

Paul HIGGINS : Je ne sais pas, je ne m’en suis pas rendu compte. Mais pour moi, je ne m’occupe pas trop des costumes. Je préfère laisser cela à la personne de l’équipe qui s’en charge. C’est surement pour cela que les costumes sont si bien, parce que je n’interviens pas dans les décisions. Cette personne est l’experte, et je crois durement en ce travail. Parce que si je choisis, je prendrais de toute évidence un costume dans lequel je suis confortable. Et une autre personne ne choisirai pas la même chose. Ne pas être à l’origine du choix m’oblige à rentrer dans la peau de mon personnage, et d’être en accord avec le film.

Teddy DEVISME : Le bois est très important dans le film. Quand on oppose le traumatisme incarné par Kate Dickie et l’évolution sociale de votre personnage, le bois peut-il être considéré comme un abîme ou comme une libération ?

Paul HIGGINS : C’est très différent entre les deux personnages. Pour John, mon personnage, le bois est une étape nécessaire avant le retour à la vie, le retour à la civilisation. Il doit apprendre à vivre et à chasser dans ce bois, et il est chez lui dans la forêt, bien qu’il ne désire pas y être. Pour elle, il n’y a pas d’autre avenir que le bois. Je pense que cela représente la mort pour elle. Je suppose donc que c’est la vie pour John, parce que comme beaucoup de choses dans la vie, il ne l’a peut-être pas choisi ou voulu, mais il doit passer par là.IN THE LOOP Nicola Dove

Teddy DEVISME : La direction des comédiens comportait-elle de la spontanéité et/ou de l’improvisation ?

Paul HIGGINS :: Il y avait une certaine improvisation, Tom Geens nous évoquait qu’on avait pas besoin de dire exactement le texte du scénario, ce qui est bien. Et on ne se rend pas compte avant d’y être vraiment (dans le bois). Il est possible de le reconstruire dans un studio mais quand on y est, il y a l’impression de ce qui fonctionne et ce qui paraît vrai, et on s’aperçoit de ce qui ne fonctionne pas. On a débuté dans un studio mais ça n’allait pas, alors on est parti dans un décor réel. Puis, on regarde autour de soi, on joue la scène dans un bois réel, et on peut agir de façon naturelle.

Teddy DEVISME : Est-ce que certaines blessures étaient réelles ?

Paul HIGGINS : Non, pas vraiment. Mais je me suis réellement tordu la cheville, après trois jours de tournage. Nous sommes donc retournés deux mois au Royaume-Uni pour soigner ma cheville. Ensuite, nous sommes repartis en France. Mais dans le film, je ne me souviens quels étaient les effets fabriqués.

Teddy DEVISME : Les rapports entre les personnages alternent régulièrement entre la chaleur humaine et la crainte d’autrui. Comment avez-vous perçu ces deux approches lors du tournage ?

Paul HIGGINS : La relation entre mon personnage est sa femme est chaleureuse. La relation entre mon personnage et André, le fermier (joué par Jérôme Kircher) est compliquée : John a peur de lui et ensuite ça devient de plus en plus chaleureux, jusqu’à ce qu’il ait à nouveau peur de lui.

Teddy DEVISME : Peut-on dire que le long-métrage est davantage poétique, dans le sens d’une fable humaine, ou qu’il contient également un côté surnaturel ?

Paul HIGGINS : C’est une bonne question. Pour un comédien, ça doit seulement être réaliste. Le public peut penser et voir ce qu’il veut. Je pense que pour mon personnage John, tout est réel. Peut-être que pour sa femme Karen (jouée par Kate Dickie), elle effectue des rituels et pense que leur fils est présent. Pour John, il est définitivement parti. Pour les cadeaux, Karen les conçoit et John les prend par amour pour elle, c’est un geste affectif pour son épouse.

Teddy DEVISME : Il y a un vrai mariage des tons et des genres dans le film : le mélodrame et le thriller, par exemple. Comment percevez-vous l’ambiance générale ?

Paul HIGGINS : Je pense que c’est juste un drame. Pas tellement un thriller. La seule question serait : pourquoi sont-ils là ? Pourquoi vivent-ils dans le bois ? Et on veut trouver la réponse, mais je pense qu’il s’agit juste d’un drame.

Teddy DEVISME : Mais, comment voyez-vous la situation entre les personnages français et les personnages anglais, qui sont tels des étrangers ?

Paul HIGGINS : Je pense que c’est très important pour Karen qu’ils restent isolés tous les deux. Du coup, John essaie de la protéger du monde extérieur, de la civilisation. Donc n’importe qui autour est un ennemi : peu importe quelles sont leurs intentions, ils ne veulent pas être vus et découverts. Dans ce sens, tous les autres sont hostiles.

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Teddy DEVISME : Comme la phrase que Karen répète par trois fois à John : « Did someone see you ? » (est-ce que quelqu’un t’a vu?).

Paul HIGGINS : Oui. Elle est vraiment effrayée que n’importe qui les voit. Et quand il ramène les médicaments, elle se dit qu’il a surement dû parler à une personne. Il a forcément interagis avec le monde extérieur, et elle en est apeurée. Il y a beaucoup de paranoïa.

Teddy DEVISME : Y a t-il une dimension romanesque voulue, notamment dans le scénario où le peu de mots est tout de même fort et à grande résonance ?

Paul HIGGINS : Non, au contraire. Quand j’ai lu le scénario pour la première fois, j’étais inquiet qu’il n’y est pas tellement de dialogues. Je trouvais qu’il n’y avait pas assez de matière. Je pensais que rien ne se déroulait, surtout quand le film se concentre longtemps sur John et Karen seuls.

Teddy DEVISME : Avez-vous eu cette impression que le peu de dialogues amène de la force aux mots ?

Paul HIGGINS : Oui, exactement comme avec la musique pendant le film. Durant quinze minutes, il n’y a aucune musique. Et quand elle apparaît (il imite un son dramatique), on est assez surpris. Donc comme avec la musique, quand il y a un dialogue, on l’entend vraiment et on se concentre dessus.

Teddy DEVISME : Quels sont vos projets futurs ?

Paul HIGGINS : Je vais jouer une pièce intitulée « BLACKBIRD » à Glasgow en 2016, par David Harrower. C’est une pièce fantastique, qui ne doit pas avoir été jouée en France, mais qui a tourné partout dans le monde. Puis j’écris un scénario pour un show à la télévision, intitulé « THE CHOIR » (en français, un choeur).

Teddy DEVISME : « UTOPIA » va t-elle revenir un jour ?

Paul HIGGINS : Je ne crois pas… David Fincher devait en faire un remake aux USA, mais même ceci ne se fera pas. Ca n’a jamais été commencé ou écrit. Je crois qu’il a acheté les droits, mais j’ai entendu que ça n’arrivera pas. Je trouve que c’était une mauvaise idée, parce que la série est déjà en anglais et est géniale. Alors pourquoi ne pas simplement la diffuser ? Les américains la comprendraient facilement.

Teddy DEVISME : Je vous remercie pour le temps accordé. Je vous souhaite de belles choses au théâtre, puis pour le film et le show que vous écrivez.

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Interview réalisée le Vendredi 18 Novembre, aux Arcs 1950, à l’occasion du 7e Festival de Cinéma Européen des Arcs.

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