Conversation avec Emily Beecham

Emily Beecham est l’actrice principal du film indépendant britannique DAPHNE. Elle nous a fait le plaisir de se rendre disponible pour une interview téléphonique, en plein tournage de la saison 3 de la série américaine INTO THE BADLANDS. Le film DAPHNE, de Peter Mackie Burns dont c’est le premier long-métrage, sort sur nos écrans français le 2 Mai 2018. La critique est ici.

Le film était présenté à Dinard, comment fut cette expérience ?
Emily Beecham :
C’était beau et chaleureux, j’adore Dinard. Et la nourriture, j’aime la nourriture à Dinard. Le film est produit par Le Bureau, une société franco-britannique. Il y avait une partie du groupe français, y compris Bertrand Faivre. Nous avons passé un bon moment à Dinard.

Qu’est-ce qui vous a plus dans le projet du film ?
E.B :
Daphne est une protagoniste peu commune. Je ne pense pas avoir lu de rôles féminins comme celui-ci auparavant. Et parce qu’elle porte tout le film, c’est une grande opportunité pour amener le rôle où on le souhaite. Puis de faire son voyage soit plus intéressant.

Daphne est de chaque scène, de chaque plan.
E.B :
Oui, c’est ce que Peter Mackie Burns avait déjà fait dans un précédent film, un court-métrage. Le court-métrage avait un personnage assez similaire, mais l’histoire n’était pas aussi développée que pour Daphne. Le récit d’origine était une jeune femme nommée Lucy vivant à Londres et étant très portée sur l’alcool [ndlr : il s’agit de HAPPY BIRTHDAY TO ME, 2014]. Puis, Le Bureau a vu le court-métrage, et pensaient que l’on pouvait ajouter davantage au personnage. Nous pensions tous que c’est une protagoniste très intéressante. Je pense que c’est un personnage qui représente beaucoup de gens, mais qui n’est pas souvent sur grand écran, surtout pour un personnage féminin. C’était vraiment passionnant.

Daphne est un personnage très complexe.
E.B :
Je voulais jouer un rôle comme elle, depuis longtemps. Daphne est un personnage vraiment différent de ce que j’ai pu faire dans le passé. C’était une telle chance de jouer ce rôle. Comme les scénarios que je lis en ce moment, qui sont vraiment très bons. Ce genre de film arrive de plus en plus, et c’est très intéressant. Il y a de nouveaux cinéastes remarquables qui arrivent. Et faire partie de tout ceci n’est qu’un bonus.

Comment avez-vous travaillé le personnage ? Aviez-vous notamment une part de liberté ?
E.B :
Assez, oui. Avant de tourner le film, j’ai beaucoup vu Peter Mackie Burns. On s’est énormément parlé de Daphne, notamment à propos de ses sentiments, ses émotions et ses opinions. Parce qu’elle a beaucoup d’opinions. On a aussi parlé de ses relations, de ce qu’elle lit. On sentait que l’on savait qui elle était. Daphne est en partie basée sur une amie de Peter Mackie Burns qui est décédée. Le reste est de l’ajout fictionnel. On avait donc une connection très particulier et tellement réel envers elle. Cela a rendu le tournage plus facile. Et elle n’est devenue un chef de cuisine que deux mois avant que l’on tourne. Mais cela n’était pas dérangeant, car le personnage est resté le même, sa personnalité n’a pas changé. Peter Mackie Burns aimait que l’on joue de manières différentes, il aimait que l’on joue différemment que ce qu’il attendait.

Le film est entre la fiction et le documentaire. Était-ce important de se coller autant à la réalité ?
E.B :
Notamment avec les décors. Je pense que, avec un tel personnage, c’est important que le spectateur puisse se lier / connecter à ce qu’il voit et aux expériences racontées. Puis, je trouve que Londres est peinte d’une manière très réelle. Ca permet une réelle connection avec l’environnement, comme le fait Daphne. Elle est très indépendante, à déambuler autant, telle une méduse. Elle se déconnecte très vite des personnes autour d’elle, dans une vite aussi dure que Londres. Mais quand elle se met à créer un lien, le film est très honnête. Je pense que Daphne est comme ça parce que l’environnement a beaucoup d’influence. On a eu beaucoup de retours de spectateurs nous disant que Daphne les rappelle quelqu’un qu’ils connaissent (une soeur, un ami, eux-mêmes, des petits-enfants). Puis il y a d’autres spectateurs qui l’ont trouvé assez offensive, et d’autres qui se sont pris d’empathie. J’ai toujours beaucoup aimé Daphne, dans son indépendance. Elle est vulnérable et imparfaite, je trouve ça génial.

Il y a comme une forme d’immersion dans les yeux et la tête de Daphne.
E.B :
Je suis d’accord. C’est pourquoi le film est très particulier. Dans tous les films de Peter Mackie Burns, ce sont des protagonistes féminins. Il a un style et une personnalité très distinctes dans ses films, comme il l’est également, parce qu’il est (je crois) très assidu. Il prend des décisions selon ce qu’il pense qui est mieux et très honnête pour ses personnages. Il ne pense pas à ce qui pourrait faire rire ou pleurer. Il pense d’abord aux personnages, à ce qui est bon pour eux. Ses films sont très inhabituels et parfois incomfortables (dans le bon sens). Il a une grande sensibilité pour cela. Je pense que la collaboration avec Le Bureau est bonne, parce qu’ils cherchent de nouveaux cinéastes. Ils ont fait de belles choses récemment avec Andrew Haigh [qui sort LA ROUTE SAUVAGE et a réalisé 45 ANS]. Ils travaillent aussi avec une nouvelle cinéaste que je trouve très intéressante, qui je pense a un très grand avenir.

Vous tournez actuellement dans la saison 3 de INTO THE BADLANDS. D’autres projets à venir ?
E.B :
Oui [d’un ton épuisé], ce sont les deux dernières semaines de huit mois de tournage. J’ai été vite très occupée, avec le tournage et la sortie du film. Et nous avons eu plusieurs nominations. Puis je vais être dans un film se déroulant à Londres, filmé à Londres, et réalisé par Jullian Jarold qui a fait RETOUR A BRIDESHEAD et KINKY BOOTS. Le projet est très intéressant, j’ai hâte de commencer.

A quel point la diversité des rôles et des projets est-elle importante pour vous ?
E.B :
Je pense que la diversité est une bonne chose. Mais je cherche surtout des rôles intéressants et inhabituels, puis l’occasion de travailler avec des auteurs et réalisateurs aux styles particuliers. Je cherche des projets où je peux insérer de moi-même, être très impliquée dans le processus créatif.

Quelle est la différence entre jouer pour la télévision et jouer pour le cinéma ?
E.B :
Ca dépend de qui est aux commandes, de l’écriture et du style. Je pense que c’est assez similaire, entre la télévision et le cinéma. Chaque expérience est différente, même si mon expérience à la télévision m’a prouvé que c’est plus intense. Ce qui se ressent aussi dans les films indépendants, où je pense que l’on tourne avec plus de liberté. Les choix peuvent y être plus socio-réalistes, ce qui est intéressant. On peut aussi y être plus créatif, parce qu’avec la télévision, il y a tellement de personnes impliquées (aussi bien sur le tournage que dans la production), que les décisions sont parfois moins grandes.

Je vous ai découverte dans la série THE VILLAGE. Aura t-on la chance, un jour, de voir une saison 3 pour la série ?
E.B : Non, malheureusement. Je pense que la série était très sombre, on a eu des retours qui disaient qu’elle était un peu trop dépressive. Ils l’ont donc arrêté, surement pour cela. Puis l’une des réalisatrices, Antonia Bird, est décédée. On ne pouvait alors pas continuer sans elle.

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