Douce France, de Geoffrey Couanon

Douce France, de Geoffrey Couanon

La jeunesse et l’écologie, un sujet très en vogue. Non pas nécessairement dans le cinéma, mais dans la société de manière générale. DOUCE FRANCE suit trois lycéens de la banlieue parisienne : Jennyfer, Amina et Sami. Avec leur classe, il se lance dans une enquête sur un grand projet de parc de loisirs, qui implique d’urbaniser les terres agricoles proches de chez eux. Ce projet inclut un grand centre commercial et même une piste skiable, en pleine banlieue parisienne… Au cours de leur enquête, les trois lycéens font la rencontre d’habitants de leur quartier, de promoteurs immobiliers, et même d’élus politiques. Le documentaire donne une voix à cette jeunesse, représentée par ces trois lycéens, dans leur implication sur la question écologique. Comme lors des manifestations écologiques où l’on trouve beaucoup de jeunes, Jennyfer, Amina et Sami prennent le sujet à bras-le-corps, et le confrontent au fil de chaque échange et chaque nouvel élément. Jusqu’à même l’amener dans un cadre intime, lorsqu’il faut en parler avec ses parents, ou même questionner les modes de consommation et les lieux où acheter la nourriture. Dans ce parcours qu’est l’enquête, il y a un vrai récit d’apprentissage. Telle une initiation de la jeunesse à propos de l’espace commun, à propos des modes de consommation, à propos de la manière d’aborder la vie collective. Dans ce documentaire, la jeunesse devient citoyenne.

Une initiation car ces trois jeunes apprennent des points de vue économique, le travail à effectuer sur la terre, l’impact sociétal, les alternatives pour acheter autrement, etc. Le film fait un portrait social qui amène à penser un modèle futur, en écoutant chaque point de vue (qu’il soit pour ou contre), où les nuances sur un tel projet se confrontent aux désirs de chacun. À plusieurs reprises, les trois jeunes évoquent qu’il y a de bonnes idées dans le fond, mais que la forme n’est pas idéale. C’est alors que la parole prend toute son importance, car le parcours des trois lycéens n’est pas une lutte à part entière. Elle permet de montrer et de témoigner d’une certaine dépossession de la terre de ses habitants. Tout au long de leur enquête, il y a des esprits qui s’échauffent mais aussi des propositions d’alternatives. Cependant, le documentaire a tendance à ne rester qu’une succession d’échanges, une succession de témoignages. Les ellipses sont nombreuses, créant plusieurs petites vignettes, comme un exposé qui serait rendu par ces trois lycéens. Malgré tout, ces vignettes sont une vraie immersion dans l’enquête. Au-delà de la succession d’échanges, le documentaire retranscrit subtilement que l’engagement s’effectue dans le temps.

Comme le dit l’une des enseignantes dans le bus, il faut que les élèves regardent attentivement à l’extérieur, il faut qu’il regarde le paysage. Tout l’intérêt réside dans le déplacement dans les espaces. Il se pose donc la question : à quel niveau peuvent-ils agir sur leur territoire ? En apprenant à regarder, c’est une prise de conscience qui se développe. Le réalisateur n’hésite jamais à intégrer des plans d’ensemble sur le paysage. Comme si la caméra devait accompagner la prise de conscience et la perception de ces trois lycéens au cours de leur enquête. Sur le papier, le paysage dont il est question semble petit. Toutefois, grâce aux vignettes et à l’enquête des trois lycéens, le territoire devient universel et d’intérêt collectif. Ces trois lycéens arpentent des espaces qu’ils ne connaissent pas vraiment, le cadre les suit donc dans ces espaces nouveaux à leurs yeux. C’est donc un film qui regarde une jeunesse découvrir de nouveaux paysages. En apprenant tous les rouages économiques et agricoles de leur territoire, les lycéens s’approprient cet espace dans lequel ils habitent. L’une d’entre eux dira même « on ne voit rien, il n’y a même pas de tracteurs, il n’y a rien ». Le souci est que le film a du mal à créer des images au-delà de ses personnages. En accompagnant les trois lycéens, le cadre n’arrive pas à dépasser le simple constat de son propos.

Les trois lycéens sont presque dans la position du cinéaste, dans un élan de pure curiosité, tout en développant un point de vue personnel sur le propos. Chaque échange, chaque vignette, sont autant de moments qui fonctionne comme une alerte, comme la simple perception impuissante d’une situation révoltante. Parce que leur enquête peut se résumer à cela : échanger, constater, être révolté. Il suffit de voir que la fin du film n’est autre que quelques cartons, d’écrits blancs sur fond noir, purement informatifs et pédagogiques. Même si le film a déjà choisi son camp dès le début, et ne présente au final qu’un constat, il fait des trois lycéens les vrais narrateurs. En suivant ces trois jeunes, la caméra leur permet d’être ceux qui dirigent le regard. Grâce à cela, et toutes les nuances apportées par les vignettes, le documentaire témoigne de la transformation du paysage connu. DOUCE FRANCE capte comment le paysage transformé peut impacter tout une communauté. En allant simplement à la rencontre de plusieurs personnes différentes, en prenant conscience et découvrant de nouveaux paysages, et trois lycéens permettent d’ériger le paysage comme un personnage essentiel dans le cadre. Il ne faut pas s’imaginer trop grand, il est possible de rêver avec ce qui existe déjà.


DOUCE FRANCE ; Documentaire réalisé par Geoffrey Couanon ; Avec Jennyfer Bassinet, Amina Endji, Sami Miraoui ; France ; 1h36 ; Distribué par Jour2fête ; Sortie le 16 Juin 2021