Dinard Film Festival 2019 : bilan, compétition et palmarès

Dinard Film Festival 2019 : bilan, compétition et palmarès

Le Dinard Film Festival a donc fêté ses 30 ans. Riche en films (6 en compétition long-métrages, 16 avant-premières, etc), le festival avait de quoi combler les curieux-ses et les passionné-e-s de cinéma britannique. De nombreux invité-e-s étaient présents, dont le grand cinéaste Mike Leigh, l’actrice Emily Beecham récompensée à Cannes, Phil Davis, le retour du cinéaste Adrian Shergold, la jeune actrice Freya Mavor, pour ne citer qu’eux/elles. L’atout principal est l’ambiance, qui était à nouveau agréable et au rendez-vous. Entre les séances complètes, les nombreux applaudissements, les longues files d’attentes, il fallait se lever de bonheur pour assister à toutes les projections souhaitées. Après des journées remplies d’images dans la tête, il était à nouveau très sympathique de se poser tranquillement au bar du Palais, où concerts et DJ Sets nous divertissaient avant d’aller trouver le sommeil pour une courte durée.

Le Dinard Film Festival, c’est une ambiance, c’est une ambition, c’est une promesse, et c’est une convivialité. En peu de jours, le festival vous permet de découvrir des cinéastes britanniques émergents, des avant-premières à découvrir avec une grande curiosité, et des invité-e-s de prestiges. Pendant quelques jours à Dinard, la chaleur humaine et l’amitié franco-britannique s’invitent au cœur d’une fête cinématographique. Une fête où le cinéma est pluriel : comédies, drames, films d’époque, films politiques, adaptations, biopics, etc…

Qu’en est-il de la compétition, des six films en concurrence pour décrocher le Hitchcock d’Or ? Voici quelques mots sur les quatre films en compétition que nous avons pu voir.

ONLY YOU (Harry Wootliff)

Une romance pas vraiment comme les autres. Le récit et la narration ont toutes les composantes de la romance traditionnelle, mais le film se distingue par ce qu’il manque pour aboutir à une romance idéale. Parce que ONLY YOU détériore petit à petit l’idée de la romance parfaite, car il y a constamment un manque. C’est surtout l’absence d’un bébé qui affecte la romance, et le développement du couple. Alors que Jake est dans la vingtaine et cherche l’idéal dans son couple, Elena est plus complexe et ne cherche pas à toujours atteindre des objectifs précis. Cependant, le film montre que la romance se constitue avec le duo, et non pas séparément. Ainsi, ils grandissent, évoluent et souffrent ensemble. Leur relation sentimentale est à l’image de leur relation sexuelle : d’abord sexy et douce, ensuite devenant assez étrange, pour finir par un acte désespéré et automatique pour combler le manque. Les deux protagonistes en viennent à manquer un enfant qui n’existe pourtant pas. Comme si leur amour est incomplet, avec des réminiscences dans les espaces (aussi bien domestique qu’extérieurs), dans le contact avec leurs amis, etc. Harry Wootliff montre aussi une évolution de l’espace domestique, où les corps finissent par s’engouffrer et se figer sur le canapé, dans le lit, etc. Comme si le manque d’un enfant ne leur permet plus d’être connecté avec leur espace domestique. Et même si le film n’évite pas certaines facilités du mélodrame, Harry Wootliff réussit à entretenir la flamme de l’espoir amoureux au sein du couple, montrant que le manque n’est pas une fatalité dans le bonheur.

THE KEEPER (Marcus H. Rosenmüller)

Ceci n’est pas un biopic très classique, car il y a une grande volonté de créer autre chose, de parler d’autre chose que l’histoire vraie. Au-delà de parler du prisonnier de guerre allemand devenu gardien de but de football en Angleterre, THE KEEPER est un film pluriel. Il parle aussi bien de tolérance, d’avoir une seconde chance, d’absurdité de la guerre et d’amour interdit. Malgré le côté old-school de la narration pour la partie romance, le film la perçoit comme une possible guérison d’une fracture passée. La démagogie serait de dire que le film a un côté « faites l’amour, pas la guerre », mais c’est clairement davantage que cela. Car Marcus H. Rosenmüller, qui était autrefois footballeur (les scènes de matchs de football sont d’une maîtrise et d’une précision incroyables), met en scène une forme de brutalité et de souffrance physique. Les esprits sont perturbés, mais les corps sont constamment mis sous pression. THE KEEPER, c’est évoquer une possibilité de rêve (l’amour, reconstruction d’une vie) pour réparer l’horreur. En cela, le cinéaste élabore une esthétique très correcte, suffisante, sans aucun artifice, qui fait le portrait de la dramaturgie dans sa sincérité. Le cadre ne cherche pas à créer une forme, mais la photographie nous fait progressivement entrer dans une nouvelle société et un nouveau monde. THE KEEPER montre comment la passion d’une culture commune peut amener à mettre de côté la rage, la haine et les rancoeurs.

THE LAST TREE (Shola Amoo)

Le cinéma social n’est pas une chose aisée, même le cinéma britannique nous a fait ses preuves depuis très longtemps. Dans THE LAST TREE, il est clair que Shola Amoo se nourrit de nombreux films sociaux qu’il a pu voir depuis un long moment. Malgré certaines fulgurances intéressantes, le fond et la forme du film n’ont absolument rien de nouveau et n’apportent rien au cinéma social. THE LAST TREE se fond dans la multitude de films sociaux qui existent dans le cinéma britannique. C’est un film qui n’arrive pas à décoller, à trouver une issue en dehors des chemins tout tracés du cinéma social qui regardent une communauté suffoquer. Malgré une sensation de sauvagerie qui s’empare des espaces et de la photographie, Shola Amoo insiste constamment sur la cruauté de l’environnement avec aucune solution hors-champ. Le cinéaste entre de plein pied dans le cinéma social où les espaces sont abîmés, secs, où le cadre n’hésite pas à souligner la pauvreté et la violence permanentes. Cependant, il n’y a aucune nuance malgré quelque idées esthétiques. Quelques arrières-plans flous, quelques instants à la caméra portée en gros plan, quelques plan-séquences ne suffisent pas. Dans le montage, THE LAST TREE est trop concentré sur le propos social, et en vient à souvent être hésitant sur une intention impressionniste du mouvement. Le film se donne des airs, d’être à la fois important (alors qu’il répète des sujets déjà traités maintes fois) et d’être créatif. C’est un cri de rage pertinent, mais qui s’oubliera rapidement.

VS. (Ed Lilly)

Que l’on aime ou pas le rap, que l’on aime ou pas le concept des battles, ce film peut plaire comme ne pas plaire à tout le monde. Car VS est un film de confrontation, et pas du tout un film sur la musique. La confrontation se traduit par l’utilisation de la parole. Ed Lilly utilise les mots, les dialogues, les monologues à la fois comme un moyen de libérer un trouble intime, mais aussi comme catalyseur des souffrances infligées, puis comme arme de combat. Le film contient très peu de contacts physiques, s’appuyant plutôt sur le pouvoir des mots et de la constitution de la parole. Parce que le rap énoncé dans le film se constitue de rimes, telle une poésie qui décrit une rivalité, une obsession et un trouble. Mais surtout, les mots permettent au montage de ne pas être trop didactique sur la narration linéaire du récit du protagoniste. Les mots permettent à la fois de mêler la souffrance des passés des personnages, leur présent si complexe et fait d’errance, avec l’incertitude de leurs avenirs respectifs. Au-delà de la parole, VS n’a pas beaucoup de choses à proposer dans son esthétique, la caméra d’Ed Lilly étant très observatrice avec quelques intentions où se côtoient la férocité et la désillusion. En parallèle, la mise en scène est beaucoup trop explicative, confondant l’errance intime avec la tentative d’intégration à un groupe. Dommage, le film avait une vraie possibilité d’être davantage qu’un exutoire par la parole.

Nous n’avons malheureusement pas eu l’occasion de voir CORDELIA (Adrian Shergold) et ANIMALS (Sophie Hyde).

Qui dit compétition, dit qu’il y avait un jury, dis-donc. Et qui sont-ils/elles ? Le jury était présidé par l’actrice française Sandrine Bonnaire. Elle était accompagnée de Sveva Alviti (actrice italienne), Sami Bouajila (acteur français), Michael Caton-Jones (cinéaste écossais), Jane Horrocks (actrice anglaise), Raphaël Personnaz (acteur français), Aurélie Saada (chanteuse et cinéaste française), Danièle Thompson (cinéaste et scénariste française) et James Watkins (cinéaste anglais).

Puis, il y avait un jury pour les court-métrages, présidé par Shane Meadows. Il était accompagné de Farah Abushwesha (productrice irlandaise), Phénix Brossard (acteur français) et Diane Gabrysiak (directrice de programmation et d’exploitation française).

Enfin, sans plus attendre, voici le Palmarès complet du 30e Dinard Film Festival :

Hitchcock d’Or Ciné + Grand Prix du Jury : THE KEEPER, de Marcus H. Rosenmüller ;

Hitchcock du Meilleur Scénario Allianz : VS., de Ed Lilly ;

Prix de la Critique : ONLY YOU, de Harry Wootliff ;

Hitchcock du Public : THE KEEPER, de Marcus H. Rosenmüller ;

Hitchcock Shortcuts du Jury (meilleur court-métrage) : WIDDERSHINS, de Simon P. Biggs ;

Mention Spéciale Shortcuts : IN OUR SKIN, de Rosa Beiroa ;

Hitchcock du Public Shortcuts : CAPITAL, de Freddy Syborn ;

Restez à l’affût pour lire les critiques des avant-premières du festival.

À l’année prochaine !

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