Vivre et chanter

Vivre et chanter

Dès la première scène, le film fait comprendre que le sujet principal est la culture (à travers l’opéra traditionnel Sichuan). Jusqu’à la dernière scène qui rejoint cette toute première, VIVRE ET CHANTER suggère que l’art et la culture a un caractère fugace dans l’établissement du progrès politique. Johnny Ma parle davantage de sauver la culture, de continuer à la diffuser, et parle moins de ses personnages et du monde politique hors-champ. Pourtant, le film se concentre sur Zhao Li, directrice de la troupe qui vit et joue dans la banlieue d’une ville. Cependant, le quartier est sur le point d’être détruit et le théâtre avec, mais le cinéaste ne montre que rarement la ville (une scène en intérieurs, dans un siège social) et préfère montrer la destruction du quartier. De ce choix purement esthétique, le cinéaste montre à la fois la destruction de l’espace comme la disparition d’une identité, et aussi l’éclatement de la troupe où la question de l’âge et des traditions se posent.

En effet, Zhao Li commence par cacher aux membres de sa troupe que leur théâtre est sur le point de se faire détruire. Non seulement par qu’elle décide de lutter et d’essayer de le maintenir, mais aussi parce qu’elle craint que l’éclatement de la troupe ne provoque aussi sa disparition. La fatalité posée sur l’espace du théâtre se projette alors sur la vie de la troupe. C’est bien l’une des rares fois où la projection ne s’effectue pas sur les espaces, mais dans le sens inverse. C’est un geste très intéressant, qui aurait pu être plus passionnant si la narration ne se concentrait pas purement sur du factuel à force de faire des raccourcis. Délaissant beaucoup trop, malgré quelques moments éphémères, de montrer l’impact de cette destruction sur les individualités, VIVRE ET CHANTER a un impact surtout général et très accentué sur les faits. L’objectif reste le même tout au long du film, et se répète de scène en scène : trouver une solution pour continuer à jouer (empêcher la destruction, puis chercher un nouveau lieu, puis se résigner).

La narration cabotine et a beaucoup de mal à trouver un rythme au-delà du propos général, mais Johnny Ma a un grand sens du cadre et de l’esthétique. En plaçant le théâtre et la culture au centre de son film, le décor très détaillé a une très grande importance sur l’atpmoshère et sur le mouvement. Grâce au soin apporté à chaque partie du théâtre, mais aussi à la représentation d’un quartier sur le point de disparaître, Johnny Ma construit ses plans. La photographie est totalement en accord avec les décors et ses couleurs, permettant donc de montrer à la fois la passion, l’envoûtement, les sensations provoquées par l’art pratiqué, mais aussi de montrer la souffrance, la fatalité, la mélancolie provoquées par la future disparition. Même avec le cadre, où le cinéaste prend soin de toujours réussir à capter simultanément une atmosphère d’évasion & de rêves et des visages concernés & impuissants.

Cependant, le montage se révèle très rapidement être saccadé. Sans beaucoup de transitions, le film passe constamment de faits en faits, de scène en scène, avec peu de fluidité et peu d’intention de s’attarder sur une idée. A tel point sur le montage donne l’impression qu’il y a une hésitation constante entre deux tons : soit le point de vue de l’envoûtement, soit le point de vue de la fatalité sociale. Même s’il y a beaucoup de musiques partout et tout le temps dans le montage, il faut reconnaître à VIVRE ET CHANTER l’intention d’être un geste combatif. Jamais dans le conflit avec ceux qui détruisent (on ne voit jamais les responsables, que les victimes), il s’agit là d’un combat culturel davantage qu’un combat socio-politique. Jusqu’à son final haut en couleurs montrant le désir de célébration plutôt qu’une lamentation, le film est un geste de résistance esthétique qui a du cœur, mais qui ne va pas toujours au bout de ses idées.


VIVRE ET CHANTER
Réalisation, Scénario Johnny Ma
Casting Gan Guidan, Yan Xihu, Zhao Xiaoli
Pays Chine, France
Distribution Epicentre Films
Durée 1h40
Sortie 20 Novembre 2019

3 / 5

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