Vivarium

Vivarium

Le cauchemar horrifique n’est pas toujours une photographie sombre, des sons angoissants et des jump-scares. Il peut aussi être le fruit d’une architecture, d’une conception du mouvement, comme peuvent très bien l’être LA MAISON DU DIABLE (The Haunting) de Robert Wise et THE SHINING de Stanley Kubrick, pour ne citer qu’eux. L’architecture d’un quartier pavillonnaire transformé en labyrinthe, l’uniformisation est l’engloutissement vers la décadence. Dès la pancarte d’entrée le pavillon, il est indiqué le mot « forever » signifiant « pour toujours » (ou « pour l’éternité ») en français. Jolie évocation de l’infini dont est constitué ce décor, qui fait constamment penser à un pur décor d’un plateau de tournage. Tout est une construction, une image d’un univers. Sauf que la magnifique idée est que cette part de fiction n’a pas de frontière, qu’elle se répète avec de longues rues et des maisons identiques, dans une perte d’horizon totale. Les personnages sont isolés du réel grâce à ce pavillon dont on ne possède aucun repère (pas même les personnages). Mais les personnages sont aussi isolés dans la fiction, toujours obligés de revenir au même point central. La vie ne se joue que dans le champ de ce cadre familial, et pas en dehors de l’habitation.

VIVARIUM est un huis-clos, voire un double huis-clos : à la fois dans ce pavillon où sont enfermés les personnages comme les animaux sont enfermés dans un vivarium, et dans cette maison familiale qui les ré-attrape constamment. Durant le film, on pense évidemment aux peintures de Magritte, aux gestes cinématographiques de Lynch, aux travaux de Darwin, ainsi qu’à la série télévisée LA QUATRIÈME DIMENSION. Mais le numéro 9 de la maison dans laquelle sont piégés Imogen Poots et Jesse Eisenberg n’est pas anodin. On pense également à la brillante série britannique INSIDE No9, des virtuoses et génies comiques Reece Shearsmith et Steve Pemberton. Déjà dans cette série britannique, il y a l’idée du huis-clos qui alterne entre la comédie, le thriller psychologique, l’horreur, le fantastique. Le film de Lorcan Finnegan est tout aussi anxiogène et mystérieux qu’un épisode de INSIDE No9, jusqu’à même installer l’abstraction en attendant d’emmener l’ambiance et le récit ailleurs avec un rebondissement. Même si les rebondissements de VIVARIUM sont bien plus prévisibles que ceux de la série britannique, son huis-clos est tout aussi hypnotisant et abstrait dans sa composition photographique. Les éléments de vie réelle sont toujours amenés à rejoindre une argumentation surréaliste.

Cette jonction entre le réel et le surréalisme est établie par une idée de la reproduction. Lorcan Finnegan explore la réaction de ses personnages face à ce huis-clos (question du consumérisme), tout en les étudiant dans leur vie familiale (question de la parentalité), puis travaille leur place dans les codes du cinéma d’horreur (question du point de vue). Grâce à tout cela, VIVARIUM nous propose de réfléchir à la reproduction humaine, à la reproduction des gestes dans notre quotidien, puis à la reproduction des formes dans cet environnement. Évidemment, la mise en scène se dirige petit à petit vers un retour au caractère sauvage, vers une sensation de l’aliénation individuelle. Non dénué de vrais moments de grâces et de vertiges esthétiques (une fabuleuse scène de danse, un brouillard dérangeant, etc), le film connecte l’image fantastique à l’image mentale (des personnages). Cependant, dans une notion du temps assez brouillée et très abstraite, le film se complaît totalement dans un traitement purement graphique de l’image. Le montage ne fait qu’étirer inutilement le concept surréaliste, jusqu’à devenir lui-même une reproduction du postulat. Les images et les personnages sont donc condamné-e-s à être péniblement dans la même forme abstraite et surréaliste, peu importe le temps / moment donné, sans être amené ailleurs malgré l’évolution du récit.


VIVARIUM ; Dirigé par Lorcan Finnegan ; Scénario de Garret Shanley ; Avec Imogen Poots, Jesse Eisenberg, Jonathan Aris, Eanna Hardwicke, Senan Jennings ; Irlande / Belgique / États-Unis ; 1h38 ; Distribué par Les Bookmakers / The Jokers ; 11 Mars 2020.