Viva la liberta

Viva la liberta

Réalisé par Roberto Ando. Écrit par Roberto Ando et Angelo Pasquini. Avec Toni Servillo, Valerio Mastandrea, Valeria Bruni Tedeschi, Michela Cescon, Anna Benaiuto, Eric Nguyen.

<< Enrico Oliveri, secrétaire général du parti de l’opposition est inquiet : les sondages le donnent perdant. Un soir, il disparaît brusquement laissant une note laconique. C’est la panique au sein du parti, tout le monde s’interroge. Son conseiller et sa femme se creusent la tête pour trouver une solution. Ils évoquent le nom du frère jumeau du secrétaire général, un philosophe de génie, atteint de dépression bipolaire. >>

Ce film a sollicité ma curiosité sous deux aspects. Le premier, c’est par son acteur principal. Après La Grande Bellezza, Toni Servillo est devenu un élément sûr. Désormais, dès qu’il apparait, les gens vont le suivre. Peut-être que ce film surfe sur ce buzz (involontaire ?). Mais aussi, Viva la liberta est un film italien. Après les films de Sorrentino, Bellochio, Bertolucci, nous pouvons croire au grand retour du cinéma italien. Mais comme les films de Bellochio et de Bertolucci en 2013, ce film est trop léger, trop vacillant. Il y a les idées, mais l’aboutissement est bancal. On part d’une bonne base, mais le développement peine à évoluer.

Pour preuve, le film de Roberto Ando se veut comme une satire. Au-delà de la satire politique, c’est une vision de l’Italie très ironique. Avantage du film : on comprend très vite où le cinéaste veut en venir. On laisse alors le cinéaste dérouler son intrigue, sans nous inclure totalement dans son discours. Car son approche est trop en retenue. Que ce soit le cadre ou l’esthétique du film, toute sa mise en scène est trop modeste. Le réalisateur se laisse conditionné par les décors. Il se laisse emporter par les situations qu’il a co-écrit. On voit que Roberto Ando prend plaisir à filmer Toni Servillo. Et qu’il a eu l’intelligence de le filmer sous deux approches. Mais voilà, une fois les acquis adoptés, le réalisateur s’y arrêtera. Roberto Ando filme des situations, mais pas des personnages qui valent la peine qu’on s’y attache.

Malgré cela, Toni Servillo confirme son statut. Révélé par La Belle Endormie de Bellochio et La Grande Bellezza de Sorrentino, l’acteur porte le film sur ses épaules. Il doit jouer deux rôles. Deux frères jumeaux, totalement opposés. Le plus intéressant avec lui, c’est qu’il assure le boulot à merveille. Par la précision de ses gestes, par la diversité de son regard, par le placement de ses jambes, etc… l’acteur divise son rôle de La Grande Bellezza en deux. C’est en cela que le film est intéressant. On y retrouve la touche d’humour et la part de mélancolie qu’avait Toni Servillo dans le film de Sorrentino.

La satire du film contient donc deux parties : une dimension mélancolique, provoquant une dimension comique. Tout d’abord, parlons de la mélancolie. Dans cette satire, on y parle de politique. Comme un regard désespéré sur la politique du pays. Là où, dans les dérives des politiciens, s’y trouve une inquiétude du peuple. Sauf qu’on s’aperçoit très vite que Roberto Ando ne sait pas comment tourner ce désespoir. Le réalisateur ne sait pas quel niveau de ton adopter. A ce niveau, la mélancolie devient pantouflarde et réservée. Presque trop encrée intimement pour sortir. Pour que cela passe mieux, quitte à rester en surface.

Dommage, car la comédie fait la part des choses. On sent que Roberto Ando est plus à l’aise dans sa touche comique que dans sa mélancolie. La dérision du film ressort très gentillette. Comme si, on avait voulu mettre le paquet sur ce côté du film. Une sorte de fable humaine où on déguste chaque moment sans prise de tête. Académique au possible, cette partie dérisoire n’évolue jamais. Là où la mélancolie évolue malgré son manque de punch, la comédie se retrouve même être parfois indigente. Dommage, car les deux côtés auraient pu faire un beau mélange. Les seuls points de raccord sont dans l’exposition et dans le dénouement…

Ceci se voit au montage. Qui dit deux personnages (les jumeaux joués par Toni Servillo), dit deux intrigues parallèles à gérer. Le rythme n’est jamais mis en péril. Par contre, on y sent une volonté de ne pas laisser souffler le spectateur. Saccadé à souhait, le montage ne permet pas toujours de se focaliser sur certains détails. Je prends l’exemple de la scène avec l’immense foule venue écouter le jumeau philosophe (qui ici se fait passer pour son frère politicien). Roberto Ando fait plusieurs plans courts, sous plusieurs angles de vue. Mais voilà, le réalisateur ne laisse pas le temps à la rigueur. Il ne permet pas la mise en scène de tous les éléments du plan. Dans cette scène, on comprend qu’une seule chose est à regarder : Toni Servillo. Et rien d’autre.

Encore une fois dommage. Il y avait tant de choses à faire sur l’esthétique (séparer les deux intrigues, par exemple), sur la forme (davantage de plans séquences, juste une idée), etc… Mon avis se reflète également sur la bande sonore. Outre les sons d’ambiances qui auraient gagnés à être plus appuyés, Toni Servillo a toujours le même timbre de voix. Cela vient de la direction artistique. Roberto Ando laisse une même ambiance sonore dans les deux intrigues. Seule l’esthétique fait l’effort (très minimal) de changer quelques détails. Ca se ressent aussi sur la bande originale. Les mêmes thèmes sont utilisés sur les deux intrigues parallèles. A croire que, dans le cinéma italien de ces dernières années, il manque une révolution formelle. Comme s’il manquait une grande idée pour faire décoller le cinéma italien. Si ce cinéma italien survit, ça sera uniquement grâce à ses acteurs.

3 / 5

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