Vita & Virginia

Vita & Virginia

Peu importe les efforts, même si on aime énormément le cinéma britannique, il y a toujours certains films totalement dénués d’intérêt cinématographique (ou dénués d’intérêt, tout simplement). Malgré toute la bonne volonté du monde à chercher une raison, VITA & VIRGINIA n’a absolument rien à offrir ni à proposer. C’est déjà alarmant quand l’on sait que le scénario est une adaptation d’une pièce de théâtre, mais où sont intégrés des phrases issues des correspondances écrites entre Vita Sackville-West et Virginia Woolf. C’est encore plus alarmant quand on apprend que la cinéaste Chanya Button (dont c’est le second long-métrage) n’est pas associée à l’origine du projet, qu’elle est arrivée une fois que le projet et un premier scénario étaient prêts. Il ne faut absolument pas y chercher des éléments typiques du cinéma britannique, on se croirait dans un biopic hollywoodien dont le marketing se résume à la réputation hors-film des personnages. Et justement, il n’y a rien d’autre que cela dans le film…

Il n’y a rien à sauver dans VITA & VIRGINIA. L’esthétique du cadre est entre le classicisme et l’académisme, en permanence. Le découpage est d’un tel ennui, que l’on sait à quoi s’attendre avec les plans serrés lorsque les émotions veulent se dévoiler, avec des champ / contre-champ lors de dialogues, des plans fixes moyens ou larges pour les déplacements, etc… Un cadre absolument pas inspiré, qui va de paire avec une mise en scène très pauvre. Si bien qu’il n’y semble pas avoir la moindre conception de mouvement, tellement les attitudes des personnages sont très majoritairement statiques. Le film donne l’impression que des statues on été érigées et que des ventriloques les font parler. On ne mentionnera que brièvement les expressions du regard terriblement surjouées. Un comble, surtout que le film de Chanya Button mise tout sur le scénario et les répliques, tellement il est bavard – si bien que les dialogues deviennent très pénibles par leur manque de réalisme, avec cet étrange mélange de fiction et de sources parmi les lettres.

De plus, il est terrible de voir que même les espaces sont à ce point inexploités. Chaque espace tente de dévoiler une ambiance propre, en vain… Les décors sont beaucoup trop anecdotiques, tels des décors en carton qui ne servent qu’à se repérer géographiquement, ou alors à bien faire comprendre qu’il s’agit d’un film d’époque. Rien de plus. Même les corps semblent totalement détachés et à distance de tout le décor, tant il n’y a aucune interaction avec celui-ci. L’émancipation des personnages féminins est donc seulement une idée, un élément du scénario qui ne se projette ni à l’image ni aux espaces (l’isolement n’est pas une émancipation), mais ne s’applique qu’à l’écoute des bavardages mélodramatiques. Parce que VITA & VIRGINIA n’est autre qu’un n-ième mélodrame académique, éclipsant complètement les personnalités artistiques pour faire un portrait purement sentimental. Les personnages ne se définissent que par leur rapport entre eux, et donc uniquement par leur romance. La créativité de ces célèbres femmes est sous-exploitée, c’est dommage de ne pas creuser dans leur vision du monde et de leur environnement, et de tout miser sur le mélodrame.


VITA & VIRGINIA
Réalisé par Chanya Button
Scénario de Eileen Atkins, Chanya Button
Avec Gemma Arterton, Elizabeth Debicki, Isabella Rossellini, Rupert Penry-Jones, Peter Ferdinando, Emerald Fennell, Gethin Anthony, Rory Fleck Byrne, Karla Crome, Adam Gillen, Nathan Stewart-Jarrett
Royaume-Uni
1h50
10 Juillet 2019

1.5 / 5

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