Une mère incroyable

Une mère incroyable

Deuxième long-métrage de Franco Lolli, qui pose à nouveau un regard sur les enfants au cœur des complexités de la parentalité. Après GENTE DE BIEN sorti en 2015, le cinéaste fait le portrait d’une mère célibataire qui doit naviguer entre sa parentalité, sa mère malade, sa vie professionnelle et sa vie sentimentale. La narration est très bien construite, tant chaque arc dramaturgique se rejoint et dialogue entre eux. Il n’y a jamais de rupture de tons, il n’y a pas de dichotomie dans les problématiques quotidiennes de la protagoniste Silvia (incarnée par Carolina Sanin). Pour deux raisons surtout, la première étant un film qui se compose constamment comme une chronique. Alors que Silvia est le personnage pivot qui permet de développer chaque arc dramaturgique, son fils Antonio (Antonio Martinez) est le véritable centre émotionnel du film. La force de la chronique est l’amour imperturbable et infini de sa famille pour lui, qui rend chaque arc narratif passionnant et dense.

Il y a aussi la performance de Carolina Sanin, et l’écriture ample de son personnage, qui donnent à voir une Silvia forte, qui ne recule devant aucune confrontation, et fait preuve de grande détermination pour ses ambitions personnelles. Elle ne se laisse jamais manipulée ou dirigée par ses proches, son supérieur professionnel, ou son amant. Véritable pivot de la narration, elle agit toujours en faveur de son fils. Ainsi, chaque arc dramaturgique est une escalade de tensions pour cette relation mère/fils. Surtout que Franco Lolli et ses partenaires d’écriture n’hésitent jamais à composer avec des moments cruels, violents, tout en gardant la douceur et la bienveillance de la parentalité. Toutefois, Franco Lolli donne tout à son scénario et ne laisse rien à l’image. Le film est hyper bavard, se révélant être un pur film de fond. Les dialogues sont lâchés de manière très naturaliste, s’appuyant principalement sur la parole plutôt que sur une mise en scène ou des images fortes.

Le point fort, c’est donc le scénario. Le reste est bien trop discret, voire anecdotique. La mise en scène est très minimaliste, privilégiant la parole au rapport entre les corps. Alors qu’il y a une navigation entre plusieurs arcs dramaturgiques, ils sont tous abordés avec la même atténuation. Comme si la mise en scène ne faisait qu’observer les dialogues et le récit, comme si Franco Lolli fige chaque moment de dialogue pour laisser le scénario s’extirper. Même l’image n’arrive à aucun moment à pouvoir se substituer à la parole, tant l’accumulation des gros plans et autres plans serrés (ainsi que les innombrables champ/contre-champ) est d’une fadeur esthétique. L’image ne fait jamais ressentir cet étouffement de Silvia au sein de tous ces arcs dramaturgiques, alors qu’elle le répète constamment. Avec un cadre seulement témoin, le chaos de la chronique ne s’installe jamais à l’image, mais ressemble à un jeu de ricochets naturalistes.


UNE MÈRE INCROYABLE
Réalisation Franco Lolli
Scénario Franco Lolli, Virginie Legeay, Marie Amachoukeli
Casting Carolina Sanin, Leticia Gomez, Antonio Martinez, Vladimir Duran, Alejandra Sarria
Pays Colombie, France
Distribution Ad Vitam
Durée 1h35
Sortie 19 Février 2020

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