Une joie secrète

Une joie secrète

S’il fallait résumer le film en une phrase, qui caractériserait le geste (à la fois artistique et politique) de Nadia Vadauri-Gauthier, ce serait avec celle qui est prononcée en voix-off par la chorégraphe au début du film : « sortir du studio de danse ». Cette sortie du studio devient une rencontre entre la chorégraphe et les espaces qu’elle investit pour danser. Une rencontre qui se régénère chaque jour, à l’occasion de chaque nouvelle minute de danse, dans cet élan de besoin de retrouver une poésie. Ces minutes de danse montrent clairement une intention de redonner une poésie, de redonner une nouvelle esthétique à tous les espaces côtoyés. C’est un tout nouveau regard qui se pose sur les rues, sur les espaces publiques, sur les espaces privés, sur les espaces naturels, etc. Un regard poétique, enchanteur et envoûtant, laissant une place à toute autre personne qui est autour de la chorégraphe.

Une manière de rendre les espaces investis encore plus vivants, de les connecter à une émotion et une sensation instantanée. Comme Nadia Vadauri-Gauthier le montre si bien dans une scène où elle recherche un espace pour danser à 21h, il s’agit d’une réflexion sur l’espace mais surtout d’une sensorialité avec ces lieux. Grâce à cette poésie, cette esthétique artistique, il y a un vrai message sur le courage, sur le rapprochement social, sur la joie, sur l’ouverture, etc. Il s’agit bien là de l’un des rares documentaires où nous pouvons voir des policiers sourire… La poésie de la danse fait pourtant tout le travail de mise en scène, car la caméra de Jérôme Cassou ne fait que « suivre » la chorégraphe. Nadia Vadauri-Gauthier crée toutes les formes du film grâce à son geste artistique, la caméra ne participant pas à la création. La caméra ne participe pas, ne crée pas, mais ne fait que témoigner et archiver.

Et le film semble se plaire dans la répétition du témoignage, dans le regard distancé du geste artistique. Cette répétition provient essentiellement dans la couverture temporelle effectuée par le montage. À vouloir couvrir le plus d’espaces possibles, le plus d’événements possibles, le plus de thématiques possibles dans le film, celui-ci va et vient dans le temps, embrassant un temps infini sous forme de boucle interminable. Le film est à la limite de l’archivage, à vouloir sans cesse chercher à expliquer / comprendre / théoriser le geste de Nadia Vadauri-Gauthier. Il y a plusieurs moments de danses très passionnantes, il y a quelques interviews (autre que de Nadia Vadauri-Gauthier) intéressantes, mais leurs grands nombres et certains propos enfoncent le film dans un regard qui parfois sort complètement de la poésie. Parce que vouloir comprendre et théoriser de la poésie n’est pas en créer ! Malgré de beaux moments de transmissions, de partage et de danse collective, le film ressemble parfois à un manuel d’explication du geste poétique. Nous avons même le droit à une nouvelle utilisation des Quatre Saisons de Vivaldi. Décidément, nous l’aurons entendu à toutes les sauces. Heureusement que la poésie arrive à se faire sa place dans le film.


UNE JOIE SECRÈTE
Réalisé par Jérôme Cassou
Avec Nadia Vadauri-Gauthier
France
1h10
11 Septembre 2019

3 / 5

🎙 C'est nouveau et c'est beau : le podcast d'Onlike donne la parole aux artistes et artisans qui font l'actualité de la musique en France et à l'international. Cliquez ici