Une intime conviction

Une intime conviction

Au moment de présenter UNE INTIME CONVICTION au public à sa projection en festival, le réalisateur a tout de suite débuté par deux éléments : c’est un film de procès, et c’est tiré de faits réels. Aussitôt, l’intention donne des frissons. Le film de procès est bien trop souvent fade et s’enferme à des champ/contre-champ en huis-clos. Alors que l’inspiration de faits réels manque souvent d’incarnation, d’âme et d’intention artistique. UNE INTIME CONVICTION n’échappe pas à ces méfaits, et devient rapidement impersonnel. Surtout quand les répliques lors des scènes en tribunal sont toutes des retranscriptions (ou récital, pourrait-on dire) des paroles du procès dont le film s’inspire. Cependant, Antoine Rimbault ne fait pas que réciter le procès, et intègre à son film une partie totalement fictive. Le personnage de Marina Foïs et tout le récit autour est inventé. Il y a donc une partie judiciaire avec le tribunal, et une partie consacrée à une vie intime. Deux focalisations, qui malheureusement font que le ton hésite constamment entre le judiciaire et l’intime, savoir quelle partie prendra davantage de place. Sauf que c’est le judiciaire qui prend davantage de temps, se voulant être le noyau de tout le reste. Alors qu’Olivier Gourmet joue un avocat complètement désincarné et purement représentatif, le côté maniéré des scènes de procès n’arrangent rien.

Il reste une partie totalement fictive sur laquelle se reposer, ou presque. L’apport dramatique et fictif au film est vraiment touchant et intéressant. Bien que sous-développé, le récit intime autour du personnage de Marina Foïs permet de capter une certaine déstabilisation / une perte de contrôle via l’obsession envers l’affaire étudiée lors du procès. Bien que le récit et la narration ne sont pas abouti-e-s sur la partie fictive, la mise en scène d’Antoine Rimbault apporte une vitalité et une énergie à l’ensemble du film. Dans sa course folle pour la vérité, la mère célibataire incarnée par Marina Foïs navigue constamment entre son obsession et sa vie de famille. Alors que les scènes de procès ne sont qu’un récital sans âme dans la forme, l’urgence provient de la mise en scène de Marina Foïs. Elle investit chaque espace qu’elle côtoie, elle les transforme au gré de son obsession, et ne permet pas de s’y poser. L’idée d’urgence met les corps en danger, mais surtout les fait converger tous vers un même point : le huis-clos du procès. Effacant ainsi tout ce qui se trouve derrière, jusqu’à brouiller toute temporalité de la narration. Sauf que le film manque cruellement de temps dans la partie intime et confinée du domicile familial : l’impact de l’urgence et de l’obsession sur la vie intime est bien trop effacé, pour se concentrer sur l’urgence physique.

Une urgence physique qui se caractérise également par un cadre serré sur les corps et sur les visages des personnages. Une intention qui réussit à projeter formellement l’obsession et l’urgence de la mise en scène, et donc qui est entièrement faite pour la partie fictive. Mais cette esthétique ne correspond pas à la partie judiciaire. Dès que le cadre entre dans les séquences de procès, le cadre serré devient une sorte de témoin où chaque intervenant-e joue sa participation en solo le temps d’un moment. Or, la confrontation et la tension n’existent pas. L’esthétique de la partie judiciaire aurait surement gagnée à se rapprocher d’un style documentaire, pour réellement marquer la différence entre le coeur de l’obsession (puisqu’il y a le choix du récital) et la partie intime fictive davantage dans le vif. A vouloir uniformiser l’esthétique de son film, Antoine Rimbault le rend beaucoup trop impersonnel, et semble forcer sa partie fictive à s’emboîter avec la partie judiciaire. Sauf que ce devrait être l’inverse…


UNE INTIME CONVICTION
Réalisé par Antoine Rimbault
Scénario de Antoine Rimbault, Isabelle Lazard
Avec Marina Foïs, Olivier Gourmet, Laurent Lucas, Jean Benguigui, Armande Boulanger, Philippe Uchan, François Fehner, Steve Tientcheu
France – 1h50
6 Février 2019

2.5 / 5

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