Une belle fin

Une belle fin

Écrit et Réalisé par Uberto Pasolini. Avec Eddie Marsan, Joanne Froggatt, Karen Drury, Andrew Buchan, Neil D’Souza. Grande-Bretagne. 90 minutes. Sortie française le 15 Avril 2015.

L’idée est séduisante : un homme de l’ombre dont le métier est méconnu, fait revivre la pensée de personnes décédées. Le film suit d’abord son protagoniste sur plusieurs affaires. Puis, à cause de trop de compassion et d’humanité, sa vie va changer complètement. Surtout quand sa prochaine affaire est le décès d’un voisin. A travers ces enquêtes, le protagoniste va exposer sa personnalité et ses habitudes petit à petit. Le problème d’une exposition en cascade, c’est que le propos est surligné. Les actions s’enchainent brutalement au montage, et le texte n’apporte qu’un supplément à ce que l’on voit déjà. Eddie Marsan est fascinant dans son jeu du faux monsieur-tout-le-monde. Mais il est enfermé dans les stéréotypes du solitaire déprimé.

Cela se ressent également dans la mise en scène. Le film est imprégné de tendresse, de délicatesse et de temps-mort. En effet, dès qu’un bouleversement narratif prend fin, le film propose une pause. Souvent en plans fixes, permettant de contempler le protagoniste dans un comportement. Sauf que le film ne décollera jamais de sa délicatesse et sa tendresse. Il y a une retenue dans le tempo, qui provoque une timidité de la mise en scène. Chaque scène est vécue comme une rupture permanente avec les précédentes. L’exemple le plus fort : les répétitions dans le logement du protagoniste, qui sont purement descriptifs malgré leur répétitions.

Pourtant, le découpage veut rendre justice à cette délicatesse et cette tendresse. Il faut même croire que les plans sont la cause de la timidité de la mise en scène. Visuellement, il y une épuration visant à laisser les acteurs faire. De plus, la simplicité des plans permettent de suivre doucement la fragilité du protagoniste. Le personnage et le découpage progressent comme un fil tendu, pouvant se déchirer ou exploser à tout moment. Ainsi, le découpage prône l’argument du calme dans l’ambiance.

Une ambiance assagit de scène en scène, pour toucher le réalisme de plus près. L’esthétique, dans sa lumière et ses couleurs, est d’une grande modestie. Mais à la fois subtile, car le film cherche toujours le réalisme pur dans un langage strict et explicite. Même si le propos est souvent surligné, l’image va toujours à l’essentiel. L’unique soucis de cette esthétique est le manque de contraste. La monotonie du rythme (l’image et le texte combinés) ne fait que guider le regard. Malgré une séquence finale surprenante, tout le développement du film ne prend pas de risque.

Le défaut du film vient de sa timidité de la mise en scène et le trait grossi du propos. De ce fait, l’épuration du découpage ne rend jamais assez justice à la narration. Avec toutes ces affaires, et même avec l’avancée de l’enquête principale, le film propose de multiples tons. Il peut se voir comme une comédie, un drame social voire même un thriller noir. La comédie vient du recul pris sur les points de vue. Les acteurs jouent avec un certain relachement, que leurs actions deviennent presque incongrues. Puis, il s’agit d’un film britannique, donc le regard sur l’environnement social est parsemé de touches d’humour typiquement british.

En parallèle à ceci, le film n’oublie pas de garder le cap sur le drame social. Même si l’enquête est traitée avec une certaine noirceur, il s’agit dun regard tragique sur la condition humaine. Uberto Pasolini ne questionne, dans chaque séquence, sur la dualité individuel et collectif. Le « vivre ensemble » est tellement beau, qu’il est décrit avec joie et humour. Tandis que la vie en solitaire, et le « mourir seul » demeurent des énigmes étranges. Il y a un jeu sur la temporalité dans ce film, devenant l’argument de ce mystère.

2.5 / 5