Une barque sur l'océan, de Arnold de Parscau

Une barque sur l’océan, de Arnold de Parscau

Bali, Indonésie. Eka est un jeune pêcheur vivant dans un petit village au nord de Bali. Un soir, il rencontre Arthur qu’il reconduit chez lui, dans la luxueuse villa de ses parents. C’est là qu’Eka rencontre également Margaux, sœur d’Arthur, dont il va tomber sous le charme. Par amour il va apprendre le piano, instrument que la jeune femme française exerce, puis à composer des musiques. Cependant, deux mondes séparent Eka de Margaux. Lui est assez pauvre, devant trouver absolument un travail – n’importe lequel – pour survivre. De l’autre, elle et sa famille bourgeoise sont en vacances. Mais Eka va côtoyer cet autre monde, tel le Martin Eden que le cinéaste s’inspire. UNE BARQUE SUR L’OCÉAN est une libre adaptation du roman « Martin Eden », transposé dans cet univers paradisiaque indonésien, pour étudier le choc entre deux cultures et deux classes sociales. Une étude qui se construit grâce à l’utilisation de la musique, dont le film s’appuie comme l’élément central de tout le récit. Sans jamais appuyer son utilisation, la musique accompagne littéralement les personnages dans leur quotidien et dans leurs désirs.

Surtout quand Arnold de Parscau se concentre sur des petits gestes, comme des regards fuyants ou des mains qui apprennent à se mouvoir sur les touches d’un piano. Il y a une grande sensibilité à trouver la beauté du geste artistique et celle du geste sentimental. Loin de chercher à imiter des gestes de l’autre monde, Eka s’adapte (notamment lorsqu’il emprunte une chemise, un pantalon et de belles chaussures) tout en réaffectant le temps qu’il possède dans ses visites dans le monde bourgeois. L’art est alors un pont entre les deux univers, permettant à Eka de rêver d’un ailleurs plus aisé et sophistiqué que son monde. Ce n’est pas tant le piano en lui-même qui fait office de pont, mais bien la création artistique et la profusion d’idées. L’art est un argument rassembleur, dont l’imaginaire se construit sur les mêmes bases. Toutefois, le miroir social et la différence entre les deux univers culturels manque de consistance. Peu importe les espaces, tout est absolument paradisiaque et idyllique. L’esthétique manque terriblement de nuances, si bien que la caméra est simplement fasciné par les paysages. La peinture ambiante ne caractérise jamais la pauvreté de l’univers d’Eka, où tout est juste une affaire de décors suggestifs. Le charme de l’univers de Margaux est justifié. Mais rien ne justifie que le cadre soit tout aussi charmé par l’environnement isolé et pauvre où vit Eka.

Cela n’enlève rien à toute la légèreté et la sensibilité du long-métrage, qui émane de sa dimension mélodramatique. Arnold de Parscau se concentre beaucoup sur de simples moments d’attention, sur la séduction entre personnages et sur la fascination envers le geste artistique. Ensemble, ces deux éléments offrent de beaux moments de rapprochements entre les corps. UNE BARQUE SUR L’OCÉAN est comme un appel, celui de l’art comme élan vers le cœur. Appel de l’enthousiasme pour l’imaginaire : le rapprochement provient des cœurs et des esprits, puisque la chair est empêchée de dépasser cette frontière culturelle. C’est tout de même là que la mise en scène a du mal à prendre l’ampleur, et à embarquer ses personnages vers l’émoi. Les situations dans lesquelles sont placées les personnages sont bien trop immobiles, laissant la parole faire la majeure partie du travail. Le cadre arrive quelque peu à capter cette sensibilité des cœurs et des esprits, mais il y a un cruel manque de mouvement pour se conjuguer à la parole et à la frontière physique.

Ce qui est fort dommage quand, au montage, le film n’a de cesse de revenir vers la nature. Elle a une place extrêmement importante dans cette idée que l’art est un pont entre deux mondes. Au-delà de la musique jouée par Eka et Margaux, qui fait ressortir toute la beauté d’une symphonie au piano, il y a la transcription formelle de la poésie. Bien que le paysage soit presque hypnotique par son côté charmeur constant, Arnold de Parscau arrive à saisir des moments de pure grâce. Que ce soit la présence de toutes ces plantes et ces arbres qui encerclent les corps, ou la présence de l’immensité mystérieuse de la mer, ou même le vent qui souffle sur des brins d’herbes, UNE BARQUE SUR L’OCÉAN fait la part belle à l’envolée lyrique des notes de musique vers le paysage. Ce retour perpétuel aux éléments de la nature est une connexion sauvage et spirituelle pour l’art. Malgré cela, le montage ne cherche pas à l’appliquer à ses personnages, tant le film ne prend pas le temps de s’attarder sur eux. Tout est tellement expédié, que les personnages deviennent progressivement des symboles de leur monde, et des enveloppes organiques pour la musique.


UNE BARQUE SUR L’OCÉAN ;
Écrit et Dirigé par Arnold de Parscau ;
Avec Hari Santika, Dorcas Coppin, Elisza Cahaya, Jean-Pol Brissart, Colette Sodoyez, Rio Sidik ;
France ;
1h35 ;
distribué par Wayna Pitch ;
26 Août 2020