Un jour si blanc

Un jour si blanc

Alors que le film commence en suivant une voiture sur la route, la tragédie éclate et la caméra s’immobilise. Le bruit de la voiture sur la route laisse place au silence, au vide dans un hors-champ, à la mort. Le brouillard blanc aspire et engloutit la voiture, tandis que le regard porté le cadre se fige, impuissant. Le prologue est intense, avant que le film ne se dirige plus paisiblement vers une contemplation. Le récit commence véritablement ici, lorsque Hlynur Palmason capte un même espace (une habitation isolée, en plein paysage islandais sauvage) à travers plusieurs saisons. Une succession de plusieurs plans d’un même regard, à plusieurs temps différents. L’abandon de cet espace traverse le temps autant que le deuil s’étend aussi dans le temps.

UN JOUR SI BLANC explore la vie de Ingimundur, qui doit apprendre à vivre avec cette absence. Fonctionnant et progressant comme une chronique, le film est bien plus énigmatique qu’il ne paraît. Le comportement du protagoniste est à la fois intriguant et léthargique. Alors que le temps avance, que la vie se poursuit, Ingimundur semble errer dans une suspension de sa propre vie. Son quotidien ne prend aucune direction précise, versant dans une solitude qui cherche à se raccrocher au peu qu’il lui reste. Une mise en scène qui projette l’état émotionnel du protagoniste, mais qui est constamment coincée dans un seul mouvement. Mais il y a cette part de tendresse, où Ingimundur puise dans l’amour qu’il a pour sa petite-fille Salka. Un moyen de retrouver de la vitalité et de l’innocence au sein de l’ambiguïté et la solitude. Le cadre y est très attentif, dans une pure observation des attitudes et des regards. Laissant complètement la mise en scène s’exprimer par les corps et les regards, laissant les rapports entre les corps se déployer pour créer l’atmosphère, le cadre ne juge jamais les comportements et cherche à ne jamais surcharger dramatiquement les espaces dans lesquels ils s’inscrivent.

Ainsi, le montage se compose de plusieurs plans-séquences, où le réalisme recherché dans le regard n’est autre qu’un rapport austère avec les espaces où se trouvent le protagoniste. Un geste qui se traduit beaucoup par la présence de nombreux silences : le film contient très peu de musiques, et mise surtout sur des dialogues temporisés et des bruits d’ambiance. Comme si cette nouvelle vie est régit par l’accablement forcé, d’où la solitude et l’ambiguïté éprouvées peu importe où le protagoniste se trouve. Une nouvelle vie qui a du mal à s’enclencher, telle une suspension déterminée par le refus du deuil. Une suspension où chaque espace finit par se ressembler, par posséder la même finalité et la même atmosphère éprouvante. Pourtant, le cadre attentif propose de témoigner une période de transition, où Ingimundur cherche la nouvelle direction à suivre. Pour cela, le cadre n’a de cesse de nous rappeler la présence des espaces sauvages qui entourent constamment le protagoniste. Dans cette période de transition, Ingimundur est un personnage robuste qui, malgré la solitude et l’accablement, ne cède jamais à une quelconque rupture de ton ou de comportement. La robustesse de Ingimundur et le cadre fixe attentif sont le même geste, fonctionnent en miroir.

Le cadre attentif montre constamment comment le protagoniste, malgré la période difficile qu’il vit, continue d’avancer et de ne pas faiblir. La reconstruction de sa vie intime est même projetée dans la reconstruction de l’espace où il continue sa vie. Dans cette période de transition, où il transfère tout son amour à sa petite-fille et où il se lance dans une sorte d’enquête, Ingimundur est également en train d’arranger et refaire à neuf son habitation. Au sein de ces espaces sauvages (le paysage de l’habitation, et cette transition solitaire dans le deuil), UN JOUR SI BLANC montre la solidité d’un homme qui soigne l’accablement par la restauration. Un moyen de panser les blessures, dans un cadre qui montre un homme encore debout. Il est cependant bien dommage que le cadre reste trop attentif quand la violence surgit. Dans la seconde partie du film, le dispositif peut rapidement lasser, oubliant que nuancer le langage formel est tout aussi important que le basculement de la mise en scène. Jusqu’à même s’alimenter de quelques passages d’un symbolisme inutile et lourd. Le film est captivant dans la robustesse de son protagoniste face au temps et à son environnement, mais semble parfois trop inerte pour être captivant.


UN JOUR SI BLANC (Hvítur, hvítur dagur) – Un film de Hlynur Palmason – Avec Ingvar Sigurdsson, Ida Mekkín Hlynsdóttir, Hilmir Snaer Guðnason, Elma Stefania Agustsdottir – Islande, Danemark, Suède – Urban Distribution – 1h49 – 29 Janvier 2020

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