Un berger et deux perchés à l'Élysée ?

Un berger et deux perchés à l’Élysée ?

Le documentaire de Pierre Carles et Philippe Lespinasse devait d’abord sortir le 8 Mars 2017, avant le premier tour de l’élection présidentielle française de 2017. Or, comme Jean Lassalle, le cinéma est soumis à des imprévus. C’est donc en 2019 que nous arrive ce documentaire annoncé comme plein d’humour. A travers ce film, Pierre Carles et Philippe Lespinasse savaient ce qu’ils désiraient : un film qui permette de trouver un chemin vers une autre politique, vers (comme ils le disent) un « humanisme progressiste ». Et Jean Lassalle représentait le candidat qui permettait le plus de liberté possible dans l’exécution du projet. Parce qu’avec ce documentaire, Pierre Carles et Philippe Lespinasse façonne l’imagination d’un autre auvenir pour la France. Une sorte d’utopie sociale et politique (avec cette phrase récurrente « la droite la plus progressiste ») vue par le prisme du rocambolesque et de la poésie humaine. Et à force de croire à leur recherche, puis à ce qu’ils filment, Pierre Carles et Philippe Lespinasse deviennent des personnages d’une fiction : celle où Jean Lassalle serait en passe de devenir le prochain président de la république.

Pris au jeu de leur propre narration et des surprises dans les actes de Jean Lassalle, Pierre Carles et Philippe Lespinasse sont pleinement acteurs de la progression de la campagne du candidat et sont – en quelque sorte – ceux qui maintiennent le projet du film en vie. Malgré cela, cela n’empêche pas qu’ils sortent complètement de l’esprit esthétique d’un film. Ils réalisent là un documentaire parfois drôle, qui fait davantage sourire, mais en rien fascinant. L’esthétique est bien trop monotone, fade pour créer quelque chose de cette recherche de l’utopie. S’intéressant davantage au personnage Jean Lassalle plutôt qu’à construire une forme hors témoignage de moments, le documentaire est un périple qui vire rapidement de l’absurde à un ton sérieux assez innattendu. Tout devient à propos de Jean Lassalle, et non de l’incongruité qui animait le film à son postulat. Même si le périple garde un peu d’absurde et de passion grâce à Jean Lassalle même, Pierre Carles et Philippe Lespinasse ne travaillent pas à retranscrire une ambiance politique déprimante sur le moment. Ils n’inscrivent pas leur périple dans un miroir avec le paysage politique du moment. C’est donc une percée qui s’enferme dans le sérieux d’une campagne qui au départ devait se révéler absurde.

Sauf que le documentaire a permis une grande liberté de cinéma à Pierre Carles et Philippe Lespinasse. En filmant le candidat Lassalle, qui est définit par le rocambolesque et la passion de la ruralité, Pierre Carles et Philippe Lespinasse trouvent une possibilité infinie de construire un film, une narration, un propos, etc (sans la forme, donc). Jean Lassalle n’a aucun regard sur le film, et cela participe intégralement à la liberté de cinéma de Pierre Carles & Philippe Lespinasse. Ils peuvent filmer et monter ce qu’ils souhaitent, tout en préservant leur idée de poursuivre une quête de l’humanisme. Toutefois, cette liberté de cinéma ne leur a pas permis de creuser plusieurs points. Cette liberté manque cruellement de regard sur le paysage (point de vue photographique) et sur ce qui entoure Jean Lassalle dans son quotidien (ses collaborateurs, sa famille, ses rencontres, etc). Une liberté qui s’enferme au rocambolesque et à la parole, tout en se privant de faire le miroir avec les idées du candidat. Un documentaire qui se présente malheureusement comme un témoin qui rigole et partage la passion, sans creuser et regarder autour de lui.


UN BERGER ET DEUX PERCHÉS A L’ÉLYSÉE ?
Réalisé par Pierre Carles, Philippe Lespinasse
Scénario de Pierre Carles
Avec Jean Lassalle
France
1h40
23 Janvier 2019

2.5 / 5

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