Ulysse et Mona

Ulysse et Mona

Sébastien Betbeder a donc deux versans dans sa filmographie. Une partie très comédie loufoque (2 AUTOMNES 3 HIVERS, INUPILUK, LE FILM QUE NOUS TOURNERONS AU GROENLAND, LE VOYAGE AU GROENLAND) et une partie très drame mélancolique (LES NUITS AVEC THEODORE, MARIE ET LES NAUFRAGÉS, ULYSSE ET MONA). Ce nouveau film est donc un drame mélancolique, qui côtoie souvent le romanesque. Le cinéaste français ne perd absolument pas sa patte comique, avec quelques touches décalées, mais c’est bien la dimension dramatico-mélancolique qui est au premier plan dans ULYSSE ET MONA. Comme avec MARIE ET LES NAUFRAGÉS, il met en scène un voyage pour ses personnages, en quête d’une émotion perdue. Pierre Rochefort poursuivait son futur dans une romance avec Vimala Pons, et ici il s’agit d’Ulysse qui poursuit ses émotions du passé en compagnie de Mona. Il y a donc toujours un côté romantique, un duo improbable (on parle de personnages) et surtout la mélancolie de quelque chose d’inachevé. Puis, là où ce film rejoint LES NUITS AVEC THEODORE et MARIE ET LES NAUFRAGÉS, c’est avec un petit côté fantastique qui se déploie à nouveau dans la fin, et un retour de la musique électronique. Mais il faut se rassurer, le traitement de la mélancolie est similaire, mais il y a aussi des différences.

Le cadre posé, le format type vidéo de souvenirs, ULYSSE ET MONA est comme un film de fantômes où Ulysse part se remémorer son passé, cicatriser des blessures, tenter de réparer des erreurs, et se souvenir de la joie perdue. Sébastien Betbeder met en scène un voyage imaginaire au coeur de l’intime, avec une esthétique très intime et proche de ses personnages. Tel un sens de la fable légère, avec l’innocence et la croyance qu’apporte l’enfance (d’où le retour d’un arc narratif porté sur le fantastique), pour affronter la mort avec la possibilité de revivre une dernière fois. L’apparition de Mona est comme celle des trois fantômes qui font face à Scrooge chez Charles Dickens : une manière pour Ulysse de sortir de la tristesse et déprime de son manoir, pour voyager au coeur des sentiments et confronter la beauté des souvenirs passés. C’est évidemment douloureux, d’où le choix de Sébastien Betbeder de ne pas plonger dans la comédie, mais plutôt de faire patienter la cruauté de la mort avec une parenthèse sentimentale. C’est donc une errance sentimentale, tel un vagabondage qui tente de récolter ici et là les restes d’une joyeuse vie passée. Dans sa mise en scène, Sébastien Betbeder adopte les attitudes flâneuses et les mouvements fantasques. Les attitudes sont là où portent les émotions et les souvenirs, et les mouvements traduisent le rêve de réparer – le temps d’un instant – une blessure.

Cependant, ULYSSE ET MONA a un petit défaut : Sébastien Betbeder met en scène un voyage intime, mais ne prend pas le temps de regarder les espaces qui environnent ses personnages. Les espaces sont nombreux et tous différents, mais n’apportent pas vraiment quoi que ce soit au voyage. Seul le manoir a quelque chose de très triste et troublant, par son immensité / son isolement / d’être pratiquement vide. Au-delà, c’est la photographie de Romain Le Bonniec qui rend les espaces intéressants. Avec une ambiance photographique où le fantasque se confronte à la réalité mortelle, les espaces se retrouvent tous isolés, comme s’ils émergent des souvenirs intimes d’Ulysse. Sauf que, lorsque les souvenirs s’activent, et qu’Ulysse retrouve les fantômes de son bonheur passé, les espaces s’éteignent et se réduisent dans le cadre. Tout comme Mona, qui devient aussitôt une simple témoin du passé d’Ulysse. Alors que la quête de bonheur de Mona est mentionnée, elle ne se connecte jamais avec le passé d’Ulysse, mais uniquement avec la présence de celui-ci. Manque d’énergie et de mise en scène des espaces, qui n’empêche pas à ULYSSE ET MONA d’être une mélancolie attachante et pleine de tendresse. Il aurait aussi gagné à déployer ses touches ironiques et burlesques, comme la superbe scène de braquage, ou ces improbables agents de police, pour davantage côtoyer le côté rêveur et fantasque du voyage. Touchant, mais loin d’être la meilleure proposition de Sébastien Betbeder.

ULYSSE ET MONA
Écrit et Réalisé par Sébastien Betbeder
Avec Éric Cantona, Manal Issa, Mathis Romani, Quentin Dolmaire, Marie Vialle, Joel Cantona, Micha Lescot, Jean-Luc Vincent, Nicolas Avinée, Jean-Charles Clichet
France
1h22
30 Janvier 2019

3 / 5

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