Trois Étés

Trois Étés

Le titre du film suggère parfaitement la temporalité du récit, où la cinéaste Sandra Kogut explore la vie de Mada durant trois périodes différentes, où chacune est très différente des précédentes. Décembre 2015, Décembre 2016 et Décembre 2017, car au Brésil, l’été est durant la période des fêtes de fin d’année : c’est l’hémisphère Sud. Mais surtout, c’est une période de surcharge de travail pour Mada, majordome pour dans une résidence de vacances qui appartient à un couple de riches. La particularité de TROIS ÉTÉS est de se concentrer totalement sur ces trois périodes, sans jamais rien dévoiler des événements qui se déroulent entre chaque été. Pourtant, ce sont dans ces ellipses que les éléments perturbateurs se trouvent. Mais comme Mada, nous sommes dans le flou total et devons construire notre propre réflexion avec ce que nous voyons dans le cadre. Sandra Kogut explore les scandales qui touchent la bourgeoisie brésilienne, mais en prenant uniquement le point de vue de Mada et du reste des employé-e-s.

Le film interroge alors les conséquences des scandales sur les domestiques : que deviennent ces personnes lorsque leurs patron-ne-s atterrissent en prison ? TROIS ÉTÉS ne montre pas seulement la gestion des répercussions par Mada et ses collègues. Sandra Kogut nous propose une superbe mise en scène de l’espace. Divisé en trois parties claires mais jamais explicites (l’exposition avec les patrons riches, le temps de l’arrestation, les conséquences), dans une chronologie linéaire, le montage prend le temps de montrer la transformation de cet espace. D’abord présentée comme lieu de travail, à la fois traversée plusieurs fois mais tellement inaccessible pour les domestiques, la villa devient de plus en plus la responsabilité des domestiques qui finiront par se l’approprier (jusqu’à en profiter et s’y amuser). Découpé comme un véritable labyrinthe, évoquant les nombreuses pièces et l’immense charge de travail qu’il représente, l’espace change petit à petit d’ambiance. Sandra Kogut commence par montrer les artifices bourgeois de l’espace, pour ensuite explorer le tourment de son vide, puis imagine sa reconversion en une source d’argent.

Liée à la gestion et à la vie de l’espace entier, Mada est également au centre du regard de TROIS ÉTÉS. Sandra Kogut met en scène toute l’énergie tendre et dévouée de Mada dans son travail et sa relation avec autrui. Passionnée par son travail, la protagoniste est au centre même de toute l’agitation et de la tension qui composent le ton durant les trois étés successifs. Avec une caméra qui la suit partout, un cadre qui saisit l’incroyable performance de Regina Casé (et notamment un monologue très bouleversant en plan-séquence fixe), c’est toute la vitalité de l’espace qui s’établit dans les images autour de son corps et de son énergie. Le film peut se voir comme une célébration des domestiques et de leur dévotion, mais il montre surtout comment ces espaces seraient monotone, insignifiant et léthargique sans la présence de personnes comme Mada. Elle absorbe et déploie toute la vie de l’espace, faisant du collectif de domestiques une présence à laquelle le cadre éprouve de la bienveillance et du respect. TROIS ÉTÉS, grâce aussi à sa photographie solaire et paisible, est une œuvre remplie de tendresse et de joie dans une période pourtant pleine de souffrance sociale et politique.


TROIS ÉTÉS (Três Verões) ; Un film de Sandra Kogut ; Scénario de Sandra Kogut et Iana Cossoy Paro ; Avec Regina Casé, Rogério Froes, Gisele Froes, Jéssica Ellen, Alli Willow, Otavio Müller ; Brésil / France ; 1h34 ; Distribué par Paname Distribution ; 11 Mars 2020.

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