Tour de France, une carte postale ratée

Tour de France, une carte postale ratée

Champs Elysées Film Festival / Cannes 2016 / Quinzaine des Réalisateurs

Réalisé par Rachid Djaïdani
Avec Gerard Depardieu, Sadek, Louise Grinberg
France
95 minutes
Sortie le 23 Novembre 2016

Far’Hook est un jeune rappeur de 20 ans. Suite à un règlement de comptes, il est obligé de quitter Paris pour quelques temps. Son producteur, Bilal, lui propose alors de prendre sa place et d’accompagner son père Serge faire le tour des ports de France, sur les traces du peintre Joseph Vernet. Malgré le choc des générations et des cultures, une amitié improbable va se nouer entre ce rappeur plein de promesses et ce maçon du nord de la France au cours d’un périple qui les mènera à Marseille pour un concert final, celui de la réconciliation.

Il est difficile de trouver le bon ton pour une comédie sur un tel thème. Il faut être à la fois subtil et éviter tous les éléments grossiers des évidences ou des clichés qui traversent une majorité des films du thème. Il ne faut pas creuser les soucis par l’extérieur, mais bien par l’intérieur (Philippe Faucon l’a bien compris dans LA DESINTEGRATION). Il ne faut pas non plus traiter les personnages et leurs idées en surface, il faut leur donner une substance et une réelle raison d’exister. Or, le postulat de TOUR DE FRANCE tombe dans tous les mauvais pièges. Il est dangereux de traiter avec des personnages aussi indigents, peints qu’en surface et faciles dans les discours.

Le long-métrage se regarde comme un mauvais road-movie à la carte postale bien pâle. Le fabuleux peintre Joseph Verner et tout ce monde autour du rap, ne sont que brièvement évoqués ici et là, sans qu’ils ne deviennent de véritables acteurs de l’évolution des personnages. Bien que ceux-ci n’évoluent pratiquement pas (ils le devraient chacun, pourtant, et beaucoup) et ne peuvent donc amener ce plus qui serait une véritable aventure au sein d’une pensée, d’une conscience. Les paysages sont pires que de mauvaises peintures, ils restent des décors inutiles vus en surface ; tandis que les objets de culture mentionnés ne sont que des détails survolant les scènes tels des prétextes.

Le road-movie est alors un cycle, une répétition de scènes qui n’ont de différence que quelques mots. Tout est bloqué sur des idées du postulat, comme si rien ne pouvait changer, alors que le long-métrage prétend à une réconciliation. Malgré les efforts humoristiques du metteur en scène, la touchante honnêteté du comédien Sadek, il y a quelque chose qui ne peut pas fonctionner. Dans sa mise en scène, le cinéaste prend toujours soin de marquer la distance entre les deux protagonistes. Du début à la fin, les deux personnages ne peuvent alors être réconciliés véritablement, puisque les positions et les statuts n’évoluent pas avec le regard du metteur en scène. La caméra est un fardeau pour ces protagonistes, car elle sépare inlassablement les deux mondes.

Ainsi, chaque plan de l’aventure devient idéologique (même trop bavard) car le film veut appuyer cette différence des idées et des propos, et veut marquer constamment qu’il y a un soucis dans la société d’aujourd’hui. En le soulignant à chaque fois et l’alimentant même par l’extérieur, le long-métrage ne peut pas faire évoluer ses protagonistes et apporter une mise en scène adéquate. Chaque situation est éphémère et n’apporte pas d’issue possible dans le problème pointé du doigt. Même si l’humour fait parfois son devoir, il ne suffit évidemment pas à former un tout commun. Il y a trop de différences, de froideurs et de distances soulignées dans ce film. Telle une réconciliation forcée.

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