The Lady in the van

The Lady in the van

Réalisé par Nicholas Hytner
Écrit par Alan Bennett
Avec Maggie Smith, Alex Jennings, Frances de la Tour, Gwen Taylor, Dominic Cooper, James Corden, Roger Allam, Samuel Anderson, Dermot Crowley, Jim Broadbent
Grande-Bretagne
105 minutes
Sortie le 16 Mars 2016

Un homme découvre qu’une femme habite dans sa voiture, qui se trouve être garée dans l’allée de sa maison. Une relation étonnante va alors naître. Il s’agit d’une adaptation du roman d’Alan Bennett, qui a écrit lui-même le scénario du film. On peut aussi retrouver dans ce film des acteurs du film THE HISTORY BOYS du même Nicholas Hytner (sorti en 2006), revenant sous forme de caméos.

Le nouveau long-métrage de Nicholas Hytner ressemble terriblement à son précédent dans tous les points esthétiques et thématiques abordés. Il y a quelque chose d’absolument vrai dans l’approche, dans les comportements : des personnages en proie avec leur environnement, où pourtant il suffit simplement d’être, pour réussir à alimenter un désir. Parce que THE LADY IN THE VAN est une preuve supplémentaire : le cinéma britannique aime explorer des situations pour juste montrer, sans rien résoudre, car le fantasme est meilleur quand il est imaginé.

THE LADY IN THE VAN se propose alors comme une fable, où la part d’humanité alimente chaque séquence, chaque attitude, chaque conversation. Il n’y a pas de jugement, seulement des faits. C’est la poésie du réel que Nicholas Hytner déroule là, dans une double narration qui s’enchaîne logiquement. La mort et la solitude s’opposent dans les intrigues mais se rejoignent dans les sensations. Tout comme la famille et l’amitié ne se rencontrent jamais dans le film, à part dans les émotions et les rapports entre personnages. La double narration permet ici la succession de la tragédie avec le mélodramatique. Même si le récit est coupé en deux, bien que pas si distinctes dans le discours final, il mène toujours à la fluidité et la logique de la vie humaine.

Il y existe une vraie fatalité dans la situation sociale : cette vieille dame qui loge dans sa camionnette, devant plusieurs maisons avant de rester dans l’allée d’un dramaturge modeste. Là où certains penseraient l’art comme une libération, THE LADY IN THE VAN dit peut-être pas. Parce qu’il n’y a pas vraiment de solutions avec le réalisme, avec la difficulté de la vie sociale. Ainsi, le seul remède pour tenir plus longtemps, c’est la ténacité. Dans sa mise en scène, Nicholas Hytner explicite ses retours constants dans les mêmes lieux, qui justifient les habitudes comme la force et la valeur d’une personne. S’accrocher au peu qui nous appartient, pour affirmer sa place.

C’est avec la ténacité, que les films britanniques à caractères sociaux associent souvent une recherche de la dignité. Comme un retour, une nouvelle forme, dont les personnages ont désespérément besoin. En étant en prise avec la société, soumis à une fatalité, ils n’ont pas besoin d’être perçus avec pitié. Ainsi, le film regarde sa protagoniste avec tendresse et amour : sa bienveillance et son franc-parler font d’elle une vraie figure de l’anti-héros. S’intéressant aux petites choses, à l’intimité et au ton des personnages, le long-métrage montre que la situation sociale n’est qu’une étiquette. Sans jugement, la caméra ne crée pas de marges, elle redore le blason de la différence dans un espace commun.

A partir de cette tâche compliquée, mais dont les britanniques ont le secret, Nicholas Hytner peut se permettre quelques moments plus légers. Ce n’est pas un terme à prendre avec négativité, au contraire : il n’y a pas d’absurde ou d’humour noir, mais seulement une cocasserie qui convient parfaitement à l’image de Maggie Smith. Grâce à elle et la mise en scène, l’environnement du village semble toujours plus vivant et plus spontané. Avec une réelle modération dans la cocasserie, les quelques instants comiques (aussi bien dans les répliques que dans les attitudes) sont précieux pour un retour de dignité. Cela permet également de ne pas traverser la fatalité avec trop de sentiment tragique, mais avec une nostalgie de l’humanité.

3.5 / 5

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