The Ghost Writer

The Ghost Writer

Roman Polanski aura fait parler de lui dans les journaux ces derniers temps, et pas pour ces films. Son dernier, The Ghost Writer, n’aura pas été le plus médiatisé, mais recèle pourtant d’inestimables qualités qui ont été justement récompensées à Berlin en 2009.

The Ghost Writer, c’est Ewan McGregor, rédacteur de mémoires caché dans l’ombre des noms qu’il dissèque. Lorsqu’il est engagé pour remplacer au pied levé le « nègre » d’un ancien premier ministre anglais (formidable Pierce Brosnan), il tombe au milieu d’un sombre engrenage, entre une possibilité de crimes de guerre pour son client, passé nébuleux et femme attirante. Polanski s’éloigne de ses derniers environnements, revenant dans le contemporain avec force et conviction, signant une œuvre tourmentée et maîtrisée. Torturant à souhait ses personnages sur le plan psychologique, il nous entraîne dans des dédales bien sombres, dans une esthétique moderne sans pour autant renier ses vieilles thématiques. Un vrai voyage au pays de la conspiration, prenant ironiquement pied sur le continent américain.

Le film s’est bâti sur les ruines d’un Pompéi jamais tourné. Le scénariste, Robert Harris, a alors livré à Polanski un script de sa concoction, revenant de manière étrange sur un alter ego fictionnel de Tony Blair. Un ex-Premier Ministre séduisant, proche de la politique américaine, noyé dans un scandale lié à une guerre au Proche Orient, et dont les mémoires seraient un échappatoire au scandale. Arrive alors son « nègre », successeur d’un premier mystérieusement mort noyé. Plongeant dans la vie de son client, de ses origines à sa famille, ses amis, ses alliances, le « ghost » va alors découvrir l’envers du décor, les raisons et les conséquences d’une vie de décision. Jusqu’à soulever des secrets inavouables, et subir des pressions impossibles.

The Ghost Writer est avant tout un thriller, mais un thriller politique, en costumes et belles voitures. Plongé dans les nuits agités de Cape Cod, côte est des Etats-Unis, dans un hiver pluvieux et agité. Dans ce décor de polar, Polanski (pourtant interdit de visite aux Etats Unis) s’emploie à revisiter une vie entière et démonte les rouages qui peuvent s’additionner durant trente ans de carrière. Une réussite sur deux heures, avec un casting parfait et une tension montante. Les derniers instants pourront s’avérer un peu fabriqués, et même si le dernier twist se dévoile un peu facilement, force est d’avouer que Roman Polanski ne manque d’humour et de cynisme pour parler de politique. Se réinventant avec The Ghost Writer, le cinéaste ne manque de surprendre et on l’attend au tournant pour la suite, si elle peut arriver rapidement.

3.5 / 5