Sympathie pour le diable

Sympathie pour le diable

Pas réellement un biopic (et heureusement), le film de Guillaume de Fontenay retrace le parcours du journaliste-reporter Paul Marchand lorsqu’il était en correspondance à Sarajevo lors du siège. SYMPATHIE POUR LE DIABLE n’est pas non plus totalement un film sur le journalisme, ni un film de guerre, ni un film d’époque. Le long-métrage se nourrit de tout cela pour composer son regard et son atmosphère. Le cinéaste se saisit de l’omniscience des journalistes à Sarajevo, pour reconstituer une tragédie humaine et une guerre. Pour cela, sa mise en scène se compose de deux gestes. Il y a d’abord le road trip dans lequel se lancent les journalistes chaque jour, permettant au film d’avoir un vecteur qui entraîne la caméra au cœur de l’action. Une fois que le voyage sur une route est terminé, les journalistes observent et dressent des constats. Le second geste de mise en scène est donc une sorte de film d’action, où le danger est permanent et l’horreur se dessine à chaque recoin des espaces.

Entre le road trip et le film d’action, SYMPATHIE POUR LE DIABLE adopte donc une mise en scène très nerveuse, qui s’inspire de l’incertitude de la découverte, du danger qui rôde et de l’urgence de la situation. Que ce soit dans le road trip avec une voiture qui dépasse sûrement ses capacités, ou dans le film d’action qui reconstitue une époque tragique, il est certain que Guillaume de Fontenay ne peut pas prendre le temps d’observer. Ainsi, l’authenticité et l’intensité de chaque scène forgent l’émotion et la rage envers ce que témoignent les journalistes. Grave, tragique, émouvant à la fois, le long-métrage se construit pourtant comme un récit anti-romanesque. Il n’y a pas le temps de décrire les aventures, de décrire la gravité, ni de décrire les sentiments, car tout cela ne ferait que détourner le regard. Or, l’ambiance est déjà anxiogène et n’a pas le temps d’expliquer : l’urgence prévaut à tout moment. Ainsi, le cadre toujours serré et le format carré, comme s’il s’agissait d’un reportage télévisé des années 1990, permet l’immersion totale dans la nervosité et le danger de la mise en scène.

Avec un montage très porté sur une forte cadence de rythme, SYMPATHIE POUR LE DIABLE tend à saisir l’instantané sans prendre de raccourcis. Grâce à cela, ce film qui n’est pas vraiment à propos de journalisme ni à propos de guerre, a plutôt tendance à interroger la fonction de l’image. Entre la vertue documentaire d’une image (par l’empreinte du réel qu’elle contient) et son caractère représentatif, le film permet à l’image de se substituer la parole, de mettre une image sur ce que les mots ont décrits. Guillaume de Fontenay ne montre que très peu le travail d’écriture, de montage d’images, d’enregistrement des journalistes. Il préfère le traduire en image lors des road trip et des scènes d’action. Et même si le film a parfois tendance à interroger l’implication des journalistes via la complexité du métier (que ce soit au cœur de l’action et dans la transmission des informations), il y a tout de même une grande envie d’explorer le rôle d’observation de ces mêmes journalistes.

Le seul soucis du film, assez important, et d’être très bancal quand il confond ces deux primes de lecture. Que ce soit dans sa mise en scène ou dans son cadre, le cinéaste a parfois tendance à dériver son regard sur l’épreuve personnelle des journalistes, oubliant ainsi tout l’environnement tragique et laissant la guerre dans le hors-champ. Le film est fascinant lorsque les journalistes sont des intermédiaires observateurs et qu’il aborde leur point de vue, et non celui d’un portrait de Paul Marchand. Le film est fascinant lorsqu’il regarde indirectement le journalisme pour regarder l’atmopshère, et non lorsqu’il regarde uniquement le journalisme.


SYMPATHIE POUR LE DIABLE
Réalisation Guillaume de Fontenay
Scénario Guillaume de Fontenay, Guillaume Vigneault, Jean Barbe, d’après l’oeuvre de Paul Marchand
Casting Niels Schneider, Ella Rumpf, Vincent Rottiers, Clément Métayer, Arieh Worthalter, Elisa Lasowski, Diego Martin
Pays France
Distribution Rezo Films
Durée 1h40
Sortie 27 Novembre 2019

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