Sucker Punch

Sucker Punch

Sucker Punch est un film medley, sorte de concentré de fantasmes de geeks (et geekettes) en une oeuvre cinématographique. Problème : pour faire tenir tous ces shots d’adrénaline cyber-fantasy-punk-sexy-game-fight, il faut rogner sévèrement sur le scénario. C’est le choix qu’a donc fait Zack Snyder, en ayant recours à l’excuse ultra-facile de « l’évasion mentale » de son héroïne pour nous servir les meilleures scènes, totalement déconnectées.

Le film nous retrace ainsi les 5 jours que passe Baby Doll, internée dans un asile suite à un piège tendu par son beau-père, avant sa lobotomisation. Elle va tout juste avoir le temps de se faire des amies, de s’inventer un quotidien et donc de « s’évader » grâce à son imagination, pour supporter sa condition. Vous ne comprenez rien à ce que je viens d’écrire, ce n’est pas grave, sachez que ce n’est pas forcément de ma faute. Le meilleur de Sucker Punch se trouve donc dans ces moments alternatifs où Baby Doll se propulse — elle et ses copines — dans différentes situations complexes où elles doivent mener des combats (contre des zombies nazis, contre un dragon, contre des robots, contre des samouraïs…) afin de récupérer des objets (j’ai failli dire « des items ») qui pourraient leur permettre de s’échapper dans la vraie vie. « Y parviendront-elles ?’ semble être l’enjeu du film, dont le spectateur n’a en réalité que faire du moment qu’on lui sert ces scènes d’actions magnifiques, léchées, esthétiques, rythmées, et vraiment brillantes… si vous êtes geek. Ou du moins un sympathisant. Les autres auront plus de mal. Mais qu’importe, Sucker Punch assume son statut et prévient vraiment tout le monde dès sa bande-annonce. Alors, dans quel camp êtes-vous ? Vous avez la réponse quand vous sortez du film.

CRITIQUE DE MG

LEVEL 1

Réalisateur multi sponsorisé pour ses adaptations de 300 ou Watchmen (on fait pire comme CV), le petit Zack Snyder voulait grandir et asseoir son statut d’auteur. Après avoir flirté avec le dessin animé pour enfants shooté à la 3D, le voilà livrant son premier film personnel. Entendez par là que c’est le moment pour lui de livrer un scénario original, non adapté de matériel antérieur, écrit par ses petites mains (avec un peu d’aide) et ses idées. Le voilà, Sucker Punch, le film es Snyder de la nouvelle ère. Le moment de vérité : Zach Snyder est il plus qu’un metteur en image, un réalisateur à part entière?

LEVEL 2

Le défaut de fournir au 5e film (L’Armée des Morts est un remake, 300, Watchmen, Ga’Hoole des adaptations de bouquins antérieurs…) est d’avoir pas mal de gens à attendre un vrai résultat. Et il faut avouer que les réalisateurs adorés de ces dernières années ont eu une vraie envie de tenter le hold-up du moment en concurrençant les franchises au sommet du box office. Après Inception où Nolan nous faisait rêver sur plusieurs niveaux, Snyder a donc lui aussi voulu nous envoyer en l’air. Pari réussi sur la promo, les premières images, aussi stylisées et dynamiques qu’on pouvait s’y attendre de ce réalisateur, nous agrandissait fortement la machoire : Sucker Punch serait donc incontournable début 2011. Voir cinq nymphettes assez courtement vêtues dézinguer du nazi zombie ou des dragons, dans un environnement steampunk à souhait, forcément ça excite.

LEVEL 3

Ne nous faisons pas illusion ; Snyder devait surtout prouver sa capacité à synthétiser un bon film sans l’aide de matériel de base déjà culte. En cela, Sucker Punch, plus que des visuels, était attendu comme la gifle cinématographique 2011. A l’instar de son grand frère Nolan, un poil plus intelligent, Snyder nous emmène dans le monde des rêves, du fantasme. Un peu comme si les grands faiseurs en effets visuels d’Hollywood ne pouvaient se contraindre au monde réel pour raconter leur histoire. Dans des décors gigantesques, très travaillés, on suit donc les pas de Baby Doll, jeune fille orpheline, internée de force, qui se résout à s’évader avec l’aide de quatres ingénues. Entre réel et irréel, chacune de leurs actions vers la liberté se traduit par des scènes gigantesques de combats fantasmées, mise en images par Snyder pour mieux nous faire comprendre leur grand volonté à s’échapper. Dans une volonté de tragédie moderne, le réalisateur s’enfonce dans des sables mouvants, entre film d’action et drame adolescent, multipliant les aller-retour fracassant entre les scènes de la réalité (elles-même maquillées selon les moments) et l’évasion vers des mondes oniriques pour combattre la dureté du monde réel. Jusqu’à un final forcément noir, précipité et à la limite de l’absurde (ou comment supprimer la moitié de son casting en deux minutes avant le générique final) pour terminer sur une bonne intention malheureusement à côté du discours attendu.

LEVEL 4

A trop vouloir se prendre au sérieux, Snyder livre un film à mi chemin entre Moulin Rouge et Matrix, manœuvrant entre une image d’opéra à sa sauce (on le sait visuel, il l’ait, même si l’ampleur du film cache des effets un peu répétés..), et quatre mondes d’aventure et de dangers assez sympathiques. Sucker Punch est au final une grande cinématique de jeu vidéo, sans aucun contrôle dessus, avec une histoire à niveaux, chacun d’eux avec un boss final pas si méchant. Enchaînant les séquences, Snyder en oublie de réellement compliquer les choses ; chaque menace est prétexte à de belles images, mais pas d’émotions. L’héroïne semble même étrangement calme à chaque fois. Un sang froid étonnant qu’on aurait aimé voir explorer, pour basculer dans le film noir, dérangeant, mais qui reste un élément de plus dans un grand film sans réellement prise de risque.

LEVEL 5

Au final, Sucker Punch déçoit plus qu’il ne devrait, se révélant être une succession de plans truqués pour faire plaisir aux gamers et aux geeks en puissance. Au-delà de l’image, on ne saurait trop goûter à cette accumulation de clichés vidéoludiques, qui sans pour autant bouder le plaisir pris à suivre le film, s’oublient aussi vite qu’ils sont vus. Un jeu vidéo sans la partie gameplay ; Sucker Punch est un produit ultra moderne, sans réelle âme. Snyder pourra t-il un jour nous livrer un vrai film dans lequel creuser, sans images tapageuses? Question vaine, si on sait que son prochain sera une reprise de Superman. Au moins ce sera adapté de quelque chose…

3 / 5

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