Stoker

Stoker

Imaginez Park Chan-wook, immense réalisateur coréen, récompensé par le Grand Prix au Festival de Cannes en 2004 pour Old Boy, et Wentworth Miller, acteur déchu de la série Prison Break, aux commandes d’un thriller hitchcockien, respectivement à la réalisation et au scénario : Stoker. Une première pour Park Chan-wook qui habituellement écrit les scénarios de ses films et travaillent en Asie, avec des acteurs coréens.

India, adolescente particulière, découvre que son père, tout juste décédé, avait un frère. Ce dernier débarque dans sa vie, quelques heures après l’enterrement, et s’installe avec elle et sa mère dans leur maison isolée. Des tas de questions restent en suspens, entre méfiance et fascination : Pourquoi ignorait-elle son existence ? Pourquoi reste-t-il avec elles si longtemps ?

Récit initiatique plus que chronique sur le deuil, Stoker compte une multitude d’atouts. Son casting semble le plus évident : Nicole Kidman, après quelques parenthèses que l’on préférera oublier, revient dans un rôle taillé pour sa sobre exubérance, accompagnée par Mia Wasikowska, convaincante à chaque film (Restless, Alice au pays des Merveilles) et Matthew Goode, beau brun au charme fou, qui donne aux spectateurs autant de séduction que de torpeur.

Second atout, c’est la mise en scène audacieuse et fabuleuse de Park Chan-wook, mêlant une esthétique à couper le souffle avec quelques motifs récurrents comme l’araignée et les chaussures, que l’on interprétera comme des éléments rappelant le contexte de la mort entourant toute l’histoire de la famille qui nous est présentée.

Le troisième atout est le son. Il est travaillé de façon surprenante et donne beaucoup de sens et de fluidité aux images. Clint Mansell, célèbre compositeur de musique de films, en signe la bande originale.

Quatrième et avant dernier atout, les influences assumées du thriller, entre Hitchcock (à qui il rend un sublime hommage dans une scène de douche assez malsaine) et De Palma, à qui le réalisateur rend un très bel hommage presque amoureux.

Enfin, le dernier atout est le recit, les personnages, leur relation (et notamment celle entre la mère et la fille, où Œdipe sera roi), soignés, captivants et marquants, les mésaventures d’India deviennent indélébiles.

Stoker mérite quelques heures, voire quelques jours, pour être digéré. Mais ce séducteur et effrayant récit initiatique, ce passionnant passage de l’adolescence à l’âge adulte, cette audacieuse métamorphose de la fillette en femme, restera dans votre esprit quelques jours, voire quelques mois, avec le mot virtuosité accroché.

4.5 / 5