Spider-Man: New Generation

Spider-Man: New Generation

Ce nouveau Spider-Man est loin de ce que Sam Raimi, Marc Webb ou Jon Watts nous ont proposé. Il s’agit d’une animation numérique (CGI) qui permet davantage de possibilités esthétiques. Et il faut dire que Phil Lord, Bob Persichetti, Peter Ramsey et Rodney Rothman se lâchent complètement. Chaque scène fait ressentir une écriture et une ambition esthétique rappelant LA GRANDE AVENTURE LEGO de Phil Lord et Chris Miller (2014). Ce nouveau film sur l’araignée humaine est à la fois généreux visuellement, bourré de références et parsemé de moments d’humour et d’auto-dérision. Dès l’introduction, SPIDER-MAN NEW GENERATION revient avec nostalgie et humour sur les faits marquants des précédentes adaptations. Une manière de ne pas prendre le/la spectateur-rice pour un-e idiot-e,et de composer avec ce qu’ils/elles viennent chercher : quelque chose de nouveau. Alors que les films de Sam Raimi, Marc Webb et Jon Watts étaient des explorations du personnage Peter Parker / Spider-Man, SPIDER-MAN NEW GENERATION est davantage un cri d’amour pour les comics, et pour les bandes dessinées plus généralement. Tout est développé selon la création d’une bande dessinée, où chaque image/plan est une bulle de bande dessinée. Si bien que les bruitages sont surlignés par des onomatopées à l’écran (tels que les « PAF », »BIM », « SPLASH », etc). Il y a également l’idée esthétique que plusieurs plans se divisent en cases, tels des split-screens. Mais aussi la gestion des couleurs, parfois avec cette ressemblance à une mauvaise impression, puis toujours dans l’intention de développer un univers fantastique vaste (avec les multiples dimensions).

Bob Persichetti, Peter Ramsey et Rodney Rothman développent donc une esthétique folle dans ce film. Quand on est devant ce film, on comprend tout de suite que l’animation permet (presque) tout ce quel’imagination souhaiterait voir à l’écran. Quand on regarde ce film, on comprend aussitôt que l’animation a toute sa place sur les écrans de cinéma. L’animation est construite autour du mouvement organique des personnages, désirant accompagner constamment le moindre geste qui amène au drame ou à l’action de super-héros.Plein de couleurs, SPIDER NEW GENERATION a un sens incroyable pour appeler aux différentes sensations que peut provoquer le Cinéma.Davantage qu’en faisant appel à plusieurs Spider Persons, le film fait appel à plusieurs tonalités et ambiances dans son esthétique.Les passages du film d’action au film de super-héros, de la comédie au drame, font de SPIDER MAN NEW GENERATION un film pour tous les publics (ou presque). Chaque spectateur-rice épris-e de film fantastique et chaque spectateur-rice épris-e de film de super-héros y trouvera son bonheur. Même jusqu’à son final très psychédélique,le film n’hésite jamais à intégrer de nombreuses couleurs pour développer un style propre à chaque étape de l’apprentissage de Miles Morales (on y reviendra). Toutefois, on peut reprocher à SPIDER-MAN NEW GENERATION le désir de ne pas créer de temps mort.Que ce soit dans le drame, la comédie ou la tonalité « film de super-héros », le montage propose un rythme rapide avec l’impression qu’il y a beaucoup trop à dire et à faire. Vous allez en prendre plein les yeux, votre esprit sera plein en sortant de la salle, car SPIDER-MAN NEW GENERATION préfère la générosité du style « pas de sacrifice, intégration de toutes les idées »plutôt que de temporiser et de diluer certaines intentions. Comme si tout s’empile rapidement, dans un besoin urgent d’innover et de trouver une nouvelle manière de faire un film de super-héros.

Si vous pensez que Spider-Man a eu trop de reboots dans la décennie passée, attention : vous trouvez pas moins de six nouvelles incarnations dans ce film (sept, si on compte la scène post-générique). Cependant, SPIDER-MAN NEW GENERATION n’est pas de ces films choral qui veulent être partout en même temps, et qui veulent faire du sensationnel en ayant plusieurs personnages phares.Ici, les trois cinéastes jouent subtilement avec l’humour et les références. Il y a la nostalgie des précédents films, la nostalgie des comics books, mais surtout une bonne tenue d’une narration dramatique. Parce que SPIDER-MAN NEW GENERATION n’est pas qu’un film de super-héros, il réussit aussi à creuser la veine dramatique de son protagoniste Miles Morales. Au-delà d’être un récit d’apprentissage pour devenir Spider-Man, il est un récit d’apprentissage pour la vie d’adulte. Film de maturité pour Miles Morales, et film de courage pour Spider-Man. Parce que, même si les autres incarnations du Spider-Verse ne sont pas autant développées que Miles Morales, les trois cinéastes et Phil Lord ont réussi à leur conserver une veine dramatique personnelle. Ainsi, SPIDER-MAN NEW GENERATION n’est pas un film sur Spider-Man, mais bien un film qui connecte toutes les aventures du Spider-Verse pour en faire un récit où tout peut arriver et où la liberté de création est plus importante. Même si la présence de plusieurs Spider Persons peut créer le doute, le film arrive à garder une distance nécessaire.Le film est bien à propos de Miles Morales et de son apprentissage vers le sauvetage du monde entier menacé par un grand vilain, mais tout en suivant un regard passionné sur une liberté créatrice autour de Spider-Man. Davantage qu’un film de super-héros, nous avons là un film sur l’ambition artistique.


SPIDER-MAN NEW GENERATION (Spider-Man : Into the Spider-Verse)
Réalisé par Bob Persichetti, Peter Ramsey, Rodney Rothman
Scénario de Phil Lord, Rodney Rothman

États-Unis
1h57
12 Décembre 2018
Distribué par Sony Pictures France

3.5 / 5

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