Sorry to bother you

Sorry to bother you

Il y a ceux qui sont prêts à monter toute sorte d’images bien pensantes et dogmatiques pour arriver à leur fin, afin que leur message soit bien encré dans la tête des spectateur-rice-s. Et il y a ceux, comme Boots Riley, qui préfèrent aller le plus loin possible dans le délire, pour réussir à rendre un message mémorable. Là où Boots Riley réussit surtout, c’est quand l’absurde devient aussi féroce que la société qu’il dénonce. Et notamment, il faut bien rester jusqu’à la fin, une surprise se cache pendant le générique. Parce que, jusqu’au bout, le cinéaste mêle la cruauté d’un système avec sa capacité à déployer petit à petit un cauchemar fantasmagorique. SORRY TO BOTHER YOU est un voyage au cœur de l’absurde, où celle-ci est une stratégie pour trouver une cohérence dans le développement de la dénonciation. Et même si la bonne moitié des blagues et des gags tombe à l’eau, ce n’est pas si grave, car le propos ne perd pas son objectif.

SORRY TO BOTHER YOU est une aventure physique et mentale dans l’absurde, mais aussi dans l’incompréhension et le doute. Parce que l’absurde nourrit cette quête de sens du protagoniste. Alors qu’il ne souhaite que faire quelque chose d’important, puis ne cherche qu’à pouvoir gagner de l’argent pour avoir la vie qu’il désire, le protagoniste se voit embarqué – par des personnages secondaires, mais surtout par le cinéaste – dans un voyage mental qui cherche le feel-good au sein du militantisme. La mise en scène de Boots Riley est contenue dans son militantisme pacifique, où la fureur, la course physique et l’exaltation sont représentés par de courts moments. C’est également le principal problème de SORRY TO BOTHER YOU. En cherchant les moments brefs de la folie, Boots Riley livre un montage trop retenu, trop sage pour arriver à suivre la folie du récit. Le montage saute d’idées en idées, sans jamais les associer pour en faire un roller-coaster d’énergie.Alors la folie provient essentiellement de l’idée que l’on se fait des personnages : bien que leurs attitudes et postures disent beaucoup sur eux-mêmes, ils et elles sont réduit-e-s à la parole pour remplir le manque de folie du montage.

Néanmoins, Boots Riley a quelques idées esthétiques qui permettent à la folie de trouver une projection fantasmagorique ou une projection tragique. Quand la mise en scène décrit une situation de dénonciation politico-sociale, le cadre est aux couleurs froides dans une recherche du naturalisme. Rapproché des corps, la projection de la tragédie tend à témoigner de l’horreur d’une situation et à faire réfléchir sur l’enfermement physique et moral subit par les personnages. D’un autre côté, il y a toute la dimension absurde et fantasmagorique de la folie du récit. Légèrement perché, le film est traversé par la recherche du relief. En construisant des arrière-plans très fournis, Boots Riley fait de l’esthétique fantasmagorique une sorte d’hallucination.Mélangée à l’esthétique naturaliste, l’esthétique générale de SORRY TO BOTHER YOU montre qu’il faut pouvoir ironiser sur ce qu’il dénonce, que c’est une façon de contourner la violence et de montrer une force imaginative. Le film de Boots Riley se présente donc davantage comme une blague provocatrice que comme un manifeste militant, qui se termine comme une gueule de bois ou un bad trip.


SORRY TO BOTHER YOU
Écrit et réalisé par Boots Riley
Avec Lakeith Stanfield, Tessa Thompson, Jermaine Fowler, Steven Yeun, Armie Hammer, Terry Crews, Danny Glover, Omari Hardwick, Kate Berlant, Robert Longstreet

États-Unis
1h51
30 Janvier 2019 – distribué par Universal

3.5 / 5

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