So long, my son

So long, my son

Le film débute avec deux jeunes garçons sur une colline, regardant un réservoir près d’une usine dans la fin du XXe siècle. Puis, Haohao tente de convaincre son ami Xingxing de venir avec lui pour rejoindre d’autres garçons en train de nager. Sauf que Xingxing ne sait pas nager, alors il restera au loin pendant que son ami Haohao ira rejoindre les autres. Alors que de nombreux films se contentent d’une première scène d’exposition pour embrayer sur le plus important dans leur récit, Wang Xiaoshuai fait de sa première scène le noyau de son récit. Sauf que rien n’est chronologique dans SO LONG, MY SON. Suivant cette première scène, le montage nous présente un repas de famille avec les parents de Xingxing. Cela nous arrive quelques instants avant de retourner au réservoir et de comprendre qu’une tragédie est survenue, et que le film va nous offrir de nombreux flashbacks dans une temporalité semblable à un film de fantôme(s) / de réminiscences.

SO LONG, MY SON est à la fois un bouleversant mélodrame et une fresque socio-historique de la Chine (des années 1980 à nos jours). À l’instar des films d’époque où l’histoire intime rencontre l’Histoire universelle, Wang Xiaoshuai nous propose plusieurs jonctions entre les récits intimes des personnages et le récit social de la Chine. Le cinéaste explore les récits intimes de deux familles, mais plus précisément de deux couples. Il s’agit d’établir et constater les conséquences intimes d’une politique sociale globale (comme la politique de l’enfant unique). Ainsi, Wang Xiaoshuai développe plusieurs Moments dans la vie des deux couples, des Moments qui influent directement sur leur destin et sur leurs comportements à travers les années. Il y a même un impact plus ou moins important sur les espaces (surtout sur les habitations familiales). Sans révéler rapidement les vérités et les faits, le cinéaste préfère d’abord accrocher le/la spectateur-rice pour ensuite nous immerger dans la sensation du quotidien intime. Le montage nous permet alors de ressentir l’intimité des deux couples, avant de plonger progressivement les conséquences de la tragédie de la première scène.

Et si cette immersion est touchante et bouleversante, c’est parce que SO LONG, MY SON a un regard d’observateur apaisé, presque distant. La caméra n’adopte pas la cruauté, la tragédie, la tristesse et les souffrances que l’on peut percevoir dans la mise en scène des personnages. Il s’agit soit d’une caméra fixe qui regarde paisiblement les comportements, ou une caméra au mouvement léger qui accompagne les mouvements des personnages. Wang Xiaoshuai nous offre donc un pur film de mise en scène, dont la puissance réside dans les émotions pures et instantanées provoquées par un Moment. Ces moments précis qui se détachent dans une narration refoulant toute chronologie linéaire. Grâce à cela, SO LONG, MY SON crée l’authenticité des émotions et permet au cadre de capter toute la beauté des détails des vies intimes. Puis, grâce aux différentes échelles de caméra, le cinéaste travaille sur l’impact des espaces. Il réussit à mettre en opposition les espaces intimes (aux cadres plus serrés) et les espaces universels (aux cadres plus larges). Ces espaces intimes ont tendance à fragiliser les comportements, et à faire ressurgir le passé. Tandis que les espaces universels se concentrent sur un drame social global, où les mouvements sont plus nombreux et les détails distancés.

Malgré cela, SO LONG, MY SON est un film qui veut être trop ample, qui a tendance à vouloir brasser trop de Moments et devient bien trop long pour ce qu’il a à raconter et montrer. Les nombreux sauts temporels deviennent petit à petit très complexes, surtout lorsqu’une ambiance particulière commence à s’installer et que le montage la brise complètement (et soudainement) en développant une nouvelle scène et un nouveau Moment. Comme si le montage provoque un détachement entre chaque époque explorée. Plus le film avance, plus la non-linéarité chronologique perd ses repères spatiaux et temporels. Ce qui permet au montage de continuer à être assez solide, est cet aspect film de fantôme(s). Il n’est évidemment pas question de raconter le film, mais Wang Xiaoshuai a l’idée de créer le trouble parmi les Moments qu’il observe. Grâce à un nom, il réussit à mélanger les figures et à faire revivre des scènes passées, tel un puzzle interminable ou un labyrinthe aux multiples possibilités. Mais voilà, SO LONG, MY SON se noie dans l’ampleur de son observation intime, au lieu de donner davantage de consistance à son regard sur le socio-historique de la Chine.


SO LONG, MY SON (Di jiu tian chang)
Réalisé par Wang Xiaoshuai
Scénario de AhMei, Wang Xiaoshuai
Avec Wang Jingchun, Yong Mei, Qi Xi, Wang Yuan, Du Jiang, Al Liya, Xu Cheng, Li Jingjing, Zhao Yanguozhang
Chine
3h05
3 Juillet 2019

3 / 5

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