Smuggling Hendrix

Smuggling Hendrix

LES ARCS FILM FESTIVAL 2018 – Compétition

Au départ, SMUGGLING HENDRIX était écrit et pensé comme un court-métrage. Puis, l’idée est devenue un long-métrage. Cela se perçoit dans la construction du film, où le cinéaste Marios Piperides en parle comme une comédie. Sauf qu’il y a réellement une première partie pleinement cocasse avec sa part d’absurde, puis une seconde partie davantage axée sur la dramaturgie du récit. Cela ne rend pas le film moins bien, mais le changement de traitement ne permet pas de tenir la promesse tenue au début du récit. On s’attend donc à une aventure pleine de petites folies absurdes et amusantes, mais la mise en scène prend un virage opposé. Le film reste tout de même très poétique, dans sa manière de prendre soin de chacun de ses personnages, de leur prêter à chacun une attention particulière. Ils ont tous droit à leur moment d’émotion, et se caractérisent tous par une personnalité forte. Le quator qui se dessine est un véritable panel de figures de cinéma : il y a le musicien solitaire qui part à l’aventure et qui ne demande qu’à être tranquille, il y a la femme déterminée et forte qui prend les risques, il y a le père de famille qui n’a rien demandé à personne et se retrouve embarqué dans une aventure qui l’inquiète à chaque instant, puis il y a l’homme gros bras qui au fond tente d’échapper aux problèmes et patiente. Puis, il y a un cinquième personnage important, surement le plus important : le chien Jimi. Celui par qui l’aventure commence et continue, mais surtout un personnage dont l’absence sert de moteur au mouvement des quatre autres personnages.Le chien Jimi, par son côté attachant et drôle, est le noyau de la tentative de reconnexion entre les deux zones.

SMUGGLING HENDRIX est un film qui s’adapte à ses personnages. La mise en scène se caractérise par leurs évolutions au sein de cette aventure entre la zone libre et la zone occupée de Chypre. Marios Piperides fait de cette aventure une angoisse et un moment touchant (le récit s’étale sur quatre jours). La plupart du temps en mouvement, les personnages sympathisent et s’entraident grâce à la menace du hors-champ. Mais surtout, la mise en scène de Marios Piperides se constitue de deux éléments : le premier est de filmer les personnages toujours de face ou de côté, et donc de créer une direction dans le mouvement. Ce mouvement est celui qui va toujours de l’avant, qui essaie des’infiltrer par tous les moyens, de tenter de reconnecter les deux zones séparées. Le second élément important de la mise en scène concerne à nouveau le corps. Non pas dans son mouvement, mais dans la façon dont il prend des risques. SMUGGLING HENDRIX est un film où les corps sont à l’épreuve, le physique est travaillé comme le principal soucis. La présence du corps dans la zone occupée est premier défi, le premier danger, que doivent traiter les personnages. Ce qui permet à Marios Piperides de travailler sa mise en scène sur l’isolement, sur l’enfermement, et de faire de la zone occupée un piège.

Ce danger du hors-champ, ces corps en danger rien que par leur présence,cet étau qui se resserre autour de Yiannis (le musicien solitaire qui veut retrouver son chien), est également évoqué dans l’esthétique. Dans les plans larges, les personnages sont souvent prisonniers de couleurs sombres (la nuit, des ruelles vides, etc) et dans les plans serrés, ils sont confrontés à des personnages secondaires qui veulent les stopper ou faire preuve de violence. Avec une musique aventureuse et dynamique (vive le rock !), il y a toujours un aspect défi physique dans l’esthétique. La caméra fait en sorte que le relief s’arrête, que l’horizon s’efface et que la mise en scène laisse paraître un sentiment de mystère et detout-peut-arriver dans chacun des espaces visités. Lorsque le mouvement est enclenché, le cadre utilise cet effacement de relief et le mystère par des travellings assez lents, pour à la fois encrer le/la spectateur-rice dans l’espace mais aussi pour saisir pleinement la détermination du mouvement des personnages. De plus,il y a quelques plans fixes, souvent en champ/contre-champ, qui apparaissent dans le montage. Souvent quand il s’agit de moments dialogués, ces plans fixes démontrent que SMUGGLING HENDRIX sait gérer la relation entre ses personnages, mais surtout que le cinéaste sait temporiser son rythme au sein d’une ambiance tendue. Dommage, pourtant, que le mouvement perde la cocasserie, réservée aux plans fixes dans la partie plus axée sur la dramaturgie et sur l’aventure.


SMUGGLING HENDRIX
Écrit et Réalisé par Marios Piperides
Avec Adam Bousdoukos, Fatih Al, Özgür Karadeniz, Vicky Papadopoulou, Pepper, Toni Dimitriou, Marios Stylianou, Andreas Phylactou

Chypre
1h32

3.5 / 5

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