Searching : portée disparue

Searching : portée disparue

Il y a eu la mode du found footage au Cinéma, qui a permis à de bonnes oeuvres de sortir (LE PROJET BLAIR WITCH ou CLOVERFIELD, par exemples) ou à des bêtises de voir le jour (PROJET X ou PARANORMAL ACTIVITY, par exemples). Maintenant que ce concept s’est épuisé, et a épuisé aussi la créativité des cinéastes et des producteurs, il y a désormais une autre idée. Même si elle est pire. Celle où l’écran de cinéma devient l’écran d’un ordinateur, où Skype, Facetime, Facebook, Whatsapp & consort deviennent les arguments esthétiques et narratifs. Pourtant, Aneesh Chaganty part d’une bonne idée : utiliser cet écran d’ordinateur comme moyen de naviguer dans les souvenirs individuels de chaque protagoniste, afin d’y dresser le portrait d’une famille. Concept popularisé par le film « horrifique » UNFRIENDED en 2014, SEARCHING reprend le même principe mais prouve quelque chose : on ne pouvait déjà pas aller plus loin, on ne peut que répéter le concept et étirer sa monoforme.

D’autant que la narration du film ne tient qu’à la répétition formelle des divers écrans digitaux/numériques. Le récit passe d’une scène à une autre, comme sur un ordinateur on peut fermer une fenêtre pour en ouvrir une autre, en une seconde. Sans jamais de transition entre les scènes donc, elles s’enchaînent radicalement en se basant sur des twists. Outre la compilation des points de vue avec les différents écrans, SEARCHING tente de réfléchir sur la manière dont les gens communiquent aujourd’hui. Sauf que le travail autour des écrans efface tout le reste : les personnages sont des caricatures qui ne servent qu’à élargir la diversité d’écrans, la narration est tellement explicative et académique que le sujet s’enlise dans une alternance des écrans, le cadre cinématographique est rejeté au profit de l’écran omniprésent, la mise en scène est bloquée dans une idée de la communication numérique. Aucun insert, aucun travelling, toute la mise en scène est soumise à la pauvre action que peut proposer l’écran numérique (peu importe de quelle application/site).

A force de rendre les écrans omniprésents, la mise en scène est restreinte à un espace trop petit pour développer des attitudes diverses. SEARCHING se veut être un thriller, mais seulement une scène en caméra de surveillance permet de créer de la suggestion (belle scène à quatre écrans, entre les deux frères). Le reste n’est qu’une focalisation sur les visages, puisque l’outil numérique ne permet pas de voir beaucoup plus. Sauf que les visages servent surtout à déterminer qui est en train d’agir / de parler, et non à réagir instantanément à la narration qui « se construit ». Le plus décevant est du côté de l’esthétique. Il n’y a absolument rien à se mettre sous la dent. A force de cumuler les différentes manières de communiquer et les divers écrans, SEARCHING favorise les couleurs et les lumières de ces écrans. Ces écrans numériques prennent tellement de place (en taille) sur le grand écran de cinéma, qu’il ne reste aucune place pour l’esthétique artistique. La pauvreté de la lumière, des décors bien trop éphémères et communs, puis un cadre cinématographique absent, sont autant d’éléments qui ne permettent pas à SEARCHING de sortir de son propre piège de l’écran numérique. Certainement une diversion du cinéaste faite aux spectateur-rice-s, pour essayer de masquer son manque d’idée artistique.

SEARCHING – PORTÉE DISPARUE
Réalisé par Aneesh Chaganty
Scénario de Aneesh Chaganty, Sev Ohanian
Avec John Cho, Debra Messing, Michelle La, Sara Sohn, Joseph Lee
Pays : États-Unis
Durée : 1 h 41
Sortie française : 12 Septembre 2018

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