Room

Room

Réalisé par Lenny Abrahamson.
Écrit par Emma Donoghue.
Avec Brie Larson, Jacob Tremblay, Joan Allen, Sean Bridgers, Gyongyi Lendvai, Lajos Sarkany, Katalin Toldi.
Irlande / Canada – 118 minutes – 9 Mars 2016
Festival de Cinéma Européen des Arcs 2015 : compétition.

Le réalisateur de FRANK revient avec un nouveau long-métrage, avec une grande ambition : le récit commence avec le kidnapping déjà entamé dans une cabane de quelques mètres carrés. Une jeune femme y vit jour et nuit, depuis sept ans, sans pouvoir en sortir. Elle est avec son petit garçon Jack de cinq ans, qui n’a jamais vu le monde extérieur. Sa pensée du monde est nourrie par des histoires fictionnelles que lui raconte sa mère. De cette manière, la chambre est comme un monde isolé de l’espace-temps, et la télévision est le fruit de la magie de l’apparition physique.

Sensorialité
La magie est cet élément qui entoure les deux personnages pendant toute la première partie du film (une heure, sur les deux) : tel quelque chose qui virevolte bien au-dessus du réel. Ce réel est détruit dès le début, uniquement visible par un Velux, et laisse place à une réalité (donc l’imagination subjective vis-à-vis du réel). Dans la majorité des plans, le cadrage va cherche des angles de vue spécifiques pour se focaliser sur le rapport entre les comédiens et le décor. En prenant le point de vue du petit garçon, le long-métrage opte pour l’innocence et permet de renforcer la sensorialité. En quelque sorte, cette sensorialité est l’élément grâce auquel le jeune Jack accède à la découverte du monde.

La voix off du jeune garçon renforce l’idée de sensorialité et donc de point de vue. Elle guide le spectateur et également le récit à travers un chemin que l’on pourrait parfois qualifier d’initiatique. Sans cynisme, le film appuie la naïveté du jeune garçon pour poursuivre sur la sensorialité. Parce que cet enfant, en s’enfermant dans un placard ou en regardant à travers les barreaux d’un escalier, est l’objet physique qui est en marge du monde, du décor. Avec la sensorialité et la voix off (avec le point de vue de l’enfant), le long-métrage offre l’idée d’un univers complexe mais flou et éloigné. C’est ce qui permet au film d’être aussi touchant, parce que son montage propose la transparence, avec des plans qui frôlent la contemplation.

Une mise en scène sans risque
Avec cette petite dimension contemplative et la sensorialité qui apparaît à plusieurs reprises, Lenny Abrahamson ne fait pas de folie dans sa mise en scène. Assez modeste, parce qu’il pointe tout le temps la tragédie de la névrose et de l’angoisse. Il ne prend jamais de risque et reste ordinaire dans les attitudes des personnages. Dans certaines séquences, notamment dans la première partie et le début de la seconde, il y a un côté très bavard et explicatif sur l’état émotionnel des personnages. Bien que les comédiens soient très touchants par leur façon de se tenir et/ou de se poser, il reste que les répliques passent parfois devant la mise en scène des corps. La sensorialité en prend alors un coup, avant de refaire surface.

La mise en scène a cette facheuse tendance à se reculer par rapport au récit. Parce qu’il s’agit d’une histoire compliquée à traiter, des personnages qui ne doivent pas être renversés dans les clichés, que le film préfère démontrer qu’explorer. Les plans fixes sont peut-être à la limite du contemplatif, mais cela ne suffit pas à côté d’un point de vue fascinant. Après, il faut mentionner que le film s’étale sur deux heures, alors qu’il aurait en tenir qu’une seule. C’est surtout que la névrose et l’angoisse des personnages n’a pas réellement de remède. Alors la mise en scène va, tranquillement, chercher à instaurer la névrose dans le quotidien, par laquelle la sensorialité refera surgir le plaisir du monde extérieur.

4 / 5

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