Ricordi ?

Ricordi ?

Le cinéma de Valerio Mieli est connu pour ses histoires d’amours tourmentées, des romances interrompues et qui renaissent après plusieurs revirements et difficultés. Mais RICORDI ? joue sur les souvenirs, comme son titre l’indique (que l’on peut littéralement traduire par « Te souviens-tu ? »). Le récit n’est pas donc pas chronologique, le montage n’explore pas la romance sur un temps linéaire. Valerio Mieli développe son histoire d’amour entre les souvenirs du passé, les affres du présent et les désirs du futur. Les espaces se confondent, se répètent, se découvrent et se re-découvrent, se connectent, tout comme l’histoire d’amour. De la beauté au drame, de la joie à la colère, des rapprochements à la distance. Au montage, le cinéaste traduit tout cela par une temporalité morcelée, permettant aux images de hanter les esprits des personnages et de montrer aux spectateur-rice-s l’importance de Moments.

Ces images hantent les personnages car ils sont les Moments de grandes sensations, les Moments de projection physique des sentiments. Le montage est comme une chorégraphie de l’amour, avec ses efforts authentiques / sa composition en plusieurs Moments et sa souffrance pour y parvenir. On trouve même des effets de superposition et de slow-motion au montage, appuyant vraiment l’idée de réaliser une romance poétique et focalisée sur les sensations et sur les sentiments. Ce type de montage n’est peut-être pas nouveau, mais il s’allie parfaitement à une romance qui ici se repose sur les altérations du temps. Valerio Mieli n’écrit pas une romance qui se construit par les sentiments, mais qui se construit grâce au temps. Ainsi, le cadre peut définir plusieurs points de vue, plusieurs nuances de mêmes souvenirs, plusieurs influences des espaces selon le temps et le personnage. L’altération du temps et des espaces permettent au montage de voir la romance comme un enchantement sensoriel et intemporel. Ce n’est innocent si les personnages n’ont pas de prénom, définis comme Lui et Elle.

Il s’agit de la partie décevante de RICORDI ?, où Valerio Mieli appuie constamment sur une volonté d’universalité. Sans jamais nommer ses deux protagonistes, et même quelque part en altérant le temps et les espaces, le cinéaste italien exagère le montage pour qu’une certaine philosophie de la romance voit le jour dans les images. Une manière de simplifier l’identification des spectateur-rice-s dans les protagonistes. Cette dimension universelle n’est heureusement pas très pesante dans les Moments vécus par les personnages, préservant les caractères intime et singulier de Lui et de Elle. En quelque sorte, c’est par leur romance que le récit devient universel, et non l’inverse (tant mieux). Et même si son côté philosophique est parfois pénible, le film reste très beau, lumineux et solaire tout en naviguant sur un ton tragique. Valerio Mieli a une écriture très romanesque, avec ce ton tragique, qui pourtant arrive à ne pas accentuer dans la mise en scène. Même si le mélodrame est très bouleversant, la mise en scène se focalise sur la sensualité des corps et sur leur dévotion pour la passion et le désir. RICORDI ? a une atmosphère très idyllique, mais dont la perception des espaces dépend du temps et des personnalités des protagonistes. L’ambiance est joyeuse et chaude pour Elle, mais sombre et froide pour Lui, tout en gardant le caractère naturel et poétique de l’été.

D’autant que le ton se transforme en même temps que les personnages se transforment également avec le temps. Les deux protagonistes se complètent via leurs personnalités, leurs affects et leur façon de voir la vie. Ainsi, le montage est totalement justifié pour rendre compte d’un environnement à la fois léger mais aussi sombre. Valerio Mieli n’indique jamais quelles sont les images du présent, du passé ou du futur. Cette ambiguïté permet de développer l’imagination et la participation du/de la spectateur-rice, qui se retrouve à vivre une expérience romantique de l’intérieur. Entre fantasme, fantaisie, intimité et authenticité, RICORDI ? construit sa romance depuis des espaces qui ne disparaissent jamais et restent toujours dans un coin du cadre (qui est l’image du souvenir). Si certaines personnes pourront y voir un film très mental sur le sentiment amoureux, le montage / la photographie et la mise en scène des espaces prouvent qu’il s’agit davantage d’un film purement esthétique et sensoriel.


RICORDI ?
Écrit et Réalisé par Valerio Mieli
Avec Luca Marinelli, Linda Caridi, Giovanni Anzaldo
Italie, France
1h47
31 Juillet 2019

4 / 5

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