Rêves de jeunesse

Rêves de jeunesse

C’est bien connu, l’été est la période de rencontres inattendues, d’amours passagères, d’expériences nouvelles, et d’une atmosphère brûlante. C’est le cas dans la déchetterie de RÊVES DE JEUNESSE, où l’étudiante Salomé vient assurer un job d’été. Elle quitte donc temporairement sa colocation étudiante en ville, et part quelques semaines s’isoler dans cette déchetterie au sein du village de sa jeunesse. Mais ce travail ne se déroulera pas tranquillement et dans l’ennui du temps qui passe. Quelques rencontres s’offrent à Salomé : une jeune femme qui rêve de télévision, un ami d’enfance endeuillé, les souvenirs d’un autre ami d’enfance par les objets, un homme désespéré et suicidaire. Toutes ces rencontres participent à une même idée : un nouveau regard et une nouvelle philosophie de vie s’offre à Salomé, qui comme nous spectateur-rice-s écoute les pensées et les humeurs de ces personnages secondaires hauts en couleurs.

RÊVES DE JEUNESSE possède un propos social entre le constat mélancolique et l’envie de changer le monde. Alain Raoust articule son film entre la désillusion du monde contemporain et l’idée d’une utopie. Mais le contexte est déroutant et peu ordinaire, car le cinéaste place cette idée de l’utopie dans un paysage alpin très calme et reculé, loin du mode de vie social qu’il faudrait renverser. Davantage dans l’idée d’éviter ce mode de vie, plutôt que de le faire basculer, donc. Entre le western et le spleen, le film nous permet de contempler des espaces vastes en même temps que les personnages se les approprie pour vivre sereinement et comme bon leur semble. Déambulant librement dans les espaces, malgré une mise en scène parfois trop perceptible et vulgarisée, le cadre montre l’envie de liberté d’une nouvelle génération. Pour cela, quelques paroles au ton assez philosophique sont énoncées, mais le film reste surtout dans un ton davantage décalé.

L’ambiance est brûlante car il y a toujours quelque chose qui accable les personnages, mais l’esthétique est marquée un élan de poésie. Celle où les espaces s’offrent littéralement aux personnages. Dans des cadres souvent larges, Alain Raoust montre qu’il y a la possibilité de construire quelque chose de nouveau, de libérer les attitudes et les esprits. En taclant plusieurs fois la politique et la société contemporaine (clin d’oeil cinglant à l’affaire Rémi Fraisse, suggestion de la télé-réalité, pointer du doigt le monde du travail et ses méthodes, etc…), le cinéaste propose avec ses vastes espaces et sa caméra observatrice (tendance à la caméra fixe, et parfois quelques mouvements légers) de retrouver la poésie dans le quotidien et dans les relations sociales. Au-delà du discours sur la société d’aujourd’hui, RÊVES DE JEUNESSE montre avec beaucoup d’affection et d’attention un amour pour les paysages naturels, pour le caractère sauvage et libre, trop souvent abandonnés et oubliés comme des déchets. Chantons, dansons, rêvons, pour vivre un futur plus poétique.


RÊVES DE JEUNESSE
Réalisé par Alain Raoust
Scénario de Alain Raoust, Cécile Vargaftig
Avec Salomé Richard, Yoann Zimmer, Estelle Meyer, Jacques Bonnaffé, Christine Citti, Aude Briant, Carl Malapa, Iliana Zabeth, Paul Spera, Théo Cholbi
France, Portugal
1h32
31 Juillet 2019

3.5 / 5

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