Ray & Liz

Ray & Liz

Richard Billingham est d’abord photographe, avant de devenir réalisateur – dont la première fois remonte en 1998 avec des court-métrages documentaires. Mais il s’agit ici de son premier long-métrage, et il s’agit également d’une fiction. Pour les plus curieux-ses, il est notable que les détails de RAY & LIZ (costumes, décors, couleurs, etc) sont reconstitués à partir de nombreuses photographies de Richard Billingham. Une oeuvre qui a commencé dès son enfance, où il photographiait les membres de sa famille (surtout son père, avec la série Ray’s a laugh) avec tendresse et authenticité. Entre ses souvenirs et ses œuvres photographiques, ce-dernier a donc la facilité pour reconstituer son passé dans une oeuvre filmique. Comme si ses photographies prennent soudainement vie, et se mouvent pour reformer les souvenirs. Mais RAY & LIZ n’a rien de nostalgique. Le film est surtout mélancolique, par sa reconnexion avec une partie de l’enfance dans une période où la mort approche, et aussi par sa manière elliptique de narrer ses souvenirs. Parce que Richard Billingham ne fait pas de chronologie, il se souvient de trois épisodes de son enfance, à trois périodes différentes.

Ce qui apparaît dans chaque épisode, dans chaque période, et surtout dans chaque attitude, est l’oisiveté des parents de Richard Billingham : Ray et Liz. Ce n’est pas pour rien que le titre porte leur nom, car le film est centré sur eux. Le photographe-cinéaste se souvient notamment de la tragédie sociale et économique dans laquelle ses parents sont tombés. Mais Richard Billingham fait de ces souvenirs une chronique intime, à laquelle il nous invite. RAY & LIZ n’est pas un film où le/la spectateur-rice participe, où il y a besoin de s’interroger et/ou de réfléchir. Le film ne cherche pas non plus l’empathie, ne cherche pas à créer de l’émotion. Pourquoi pas, donc, de faire un film où la sensation d’être convié à un quotidien intime est la seule intention. Sauf que Richard Billingham n’apporte aucun point de vue. Alors qu’il s’agit d’une mélancolie au sein même de sa famille, il semble rester en dehors de toute situation. La caméra est constamment en recul, malgré les cadres serrés sur les visages et sur les corps. C’est l’effet d’une mise en scène trop figée : peut-être la définition qu’a Richard Billingham de la mélancolie. Toutes les attitudes sont incomplètes, où tout est marqué par une pose latente et des rapports distants. La mélancolie de Richard Billingham, traduite par un vrai amour et respect envers ses parents, n’est pas présente chez les personnages.

Le photographe-cinéaste n’arrive pas à mettre en scène sa propre mélancolie, alors qu’il tente de construire un film social grave et authentique. Toutefois, tout semble forcé, de la mise en scène jusqu’aux décors. Certes Richard Billingham est très attentif aux détails des espaces, aspect venant de son côté photographe. Mais ces détails doivent prendre vie au cinéma, ils doivent aboutir à quelque chose et surtout ne pas participer à combler les attitudes. Déjà que toute la mise en scène est latente, chaque petit détail des décors n’est qu’un ajout superflu qui fait gagner du temps dans la chronique, et qui ne guide pas l’intime vers quelque chose de plus profond. Pourtant, RAY & LIZ a presque tout pour lui : le travail sur l’espace, le travail sur le temps, mais il lui manque un travail sur le mouvement. Malgré des décors en toc, les espaces créés (même si l’impression du tournage en studio est forte) impressionnent par leur composition. Dans la diversité des couleurs, dans l’aspect photographique, dans l’ambiance apportée à chaque petit recoin, etc… Richard Billingham montre qu’il a à cœur d’être rigoureux dans la composition des cadres au cinéma. Cette composition de l’espace s’inscrit dans le changement temporel, où chaque espace traduit un contexte socio-économique austère (les espaces se rétrécissent et se referment sur Ray). Dommage que le mouvement n’arrive pas à s’y inscrire, n’arrive pas à sortir de l’illustration, car les différents épisodes n’ont rien de mémorable et se déconnectent donc entre eux.


RAY & LIZ
Écrit et Réalisé par Richard Billingham
Avec Justin Salinger, Ella Smith, Tony Way, Patrick Romer, Richard Ashton, Sam Gittins, James Eeles, Michelle Bonnard
Royaume-Uni
1h45
10 Avril 2019

3 / 5

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