Ralph 2.0

Ralph 2.0

Nous voilà six années après le récit du précédent film, et environ la même durée entre les deux sorties, pour retrouver Ralph et son amie Vanellope. Cette fois, ils ne restent pas dans le monde des arcades, déjà bien parcouru dans le premier film. Cet univers nous a tout montré, comme le suggère le début du film, où chaque personnage voyage entre les jeux, et des liens se tissent entre personnages de jeux différents. Alors, où peut bien se dérouler la nouvelle aventure de Ralph et Vanellope ? Et bien, le film propose de s’immiscer dans l’évolution technologique et numérique, en amenant ses protagonistes dans internet. Dans une époque où les jeux vidéos sont passés (en grande majorité) de supports matériels (console, gameboy, etc) à jouer en ligne sur internet, RALPH 2.0 explore ce changement et la pluralité incessante des choix. Phil Johnston et Rich Moore le font une nouvelle fois avec virtuosité. Après le mélange des genres dans LES MONDES DE RALPH, RALPH 2.0 n’invente peut-être pas grand chose (pour ne pas dire absolument rien), mais réussit à confectionner un internet très intuitif et didactique. Internet comme une immense ville, où les plus gros budgets (Google, Amazon, Facebook, Youtube, etc) sont des tours qui s’élèvent très haut et dont les bâtiments sont très spacieux et volumineux. Mais la ville Internet n’est pas simple, intuitive car tout est à portée de main, mais reste un labyrinthe quand il faut trouver quelque chose de précis. Le tout en simplifiant la diversité et la programmation informatique, en les transformant en une vie constamment en mouvement.

Toutefois, une fois la découverte et l’apprentissage d’Internet passé-e-s, RALPH 2.0 se conforte dans sa forme intuitive. Avant d’en arriver à l’évident défi pour conserver une amitié, le film tombe dans le piège d’un récit ultra narratif et sur-écrit. Dès que le récit doit se lancer dans une urgence temporelle, le film est profondément encré dans la narration et oublie de proposer de nouvelles formes. Avec un rythme qui devient progressivement poussif, le récit ne propose plus grand chose face à l’architecture visuelle d’Internet. Avec énormément de clins d’œil, souvent inutiles (que ce soit pour le récit ou pour la forme), RALPH 2.0 s’essouffle et peine à retrouver un rythme qui lâche légèrement son récit. Parce que l’effet dramatique proposé (réussir à gagner de l’argent via Internet) est tellement surligné et prend de place, que le film ne peut que se reposer dessus pendant un moment. Jusqu’à ce qu’arrive l’intégration du dark web. A partir de ce moment, RALPH 2.0 balaye tout ce qu’il a proposé précédemment, pour se tourner vers le film de genre. Après un court passage dans le film d’horreur (initié par l’apparition du dark web), le film se présente petit à petit comme un film fantastique. Entre l’Homme Sable de Sam Raimi dans SPIDER-MAN 3 et le KING KONG de Merian C. Cooper, RALPH 2.0 présente désormais Internet comme un monde imaginaire où les actes et les paroles d’une personne peuvent devenir néfastes. Mais aussi, un monde fantastique où une personne malintentionnée devient un monstre et peut détruire beaucoup de choses sur son passage.

RALPH 2.0, à travers sa forme intuitive et didactique, puis son passage dans le film fantastique, livre un regard sur le monde virtuel d’Internet. Phil Johnston et Rich Moore parlent et mettent en forme son attractivité, sa complexité, sa diversité, ses dangers. Mais surtout, parce que la saga avec le personnage Ralph tourne autour de l’amitié, alors RALPH 2.0 termine évidemment sur un message à propos d’amitié. Alors que le début du film montre que la différence n’est pas un problème et que la tolérance est reine, le final montre que l’amitié ne nécessite pas un rapprochement physique. Le film montre qu’Internet, malgré ses qualités et ses défauts, a la merveilleuse possibilité de connecter des proches à distance, et de garder le contact avec les gens que l’on aime. Phil Johnston et Rich Moore ne font évidemment pas tout cela dans un ton dramatique, la saga avec Ralph reste sur le ton de la comédie bon enfant. Pour petits et grands, le film doit pouvoir parler à tout le monde. Sans être trop sérieux, le film réussit à traiter un propos sérieux grâce au caractère léger des personnages. Entre apprentissage et divertissement, est davantage un voyage émotionnel entre les protagonistes qu’un voyage physique au cœur d’Internet. Heureusement que les cinéastes n’ont pas grossi la forme d’Internet (malgré les trop nombreux clins d’œil inutiles), pour mieux se servir d’Internet afin de tracer une nouvelle direction pour l’amitié entre Ralph et Vanellope.


RALPH 2.0 (Ralph breaks the internet)
Réalisé par Phil Johnston, Rich Moore
Scénario de Phil Johnston, Pamela Ribson
Avec John C. Reilly, Sarah Silverman, François-Xavier Demaison, Dorothée Pousséo, Gal Gadot, Audrey Sourdive, Taraji P. Henson, Corinne Wellong
États-Unis
1h51
13 Février 2019

3 / 5

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